
Deux femmes se disputaient en français ou en langue française ou dans le français pour ne laisser aucune chance à un certain détracteur qui m'a interpellé pour me demander s'il faut dire : parler français ou parler le français. L'une de nos deux femmes disait à l'autre qu'elle était grosse et courte. Tandis que la deuxième disait de la première qu'elle était longue et noire. L'une répondit qu'elle était fière de sa grossesse et de sa couture. L'autre qui, selon elle ne "discontinuait" pas et serait même contente de sa longévité et de son noirage. L'essentiel, comme aimait à dire un de mes professeurs de l'ENS, est de comprendre le message puisque la fonction principale d'une langue est de communiquer. Quand on réussit à se faire comprendre et à faire rire. C'est tout simplement cérise sur le gâteau. Alors notre tout nouveau ministre de la culture pouvait bien candidater au secrétariat général de la Francophonie pour faire une circulaire instruisant les pays membres de l'organisation de ne plus correspondre qu'en Hassaniya ou en Wolof ou en Lingala. Encore cette histoire de langue arabe ou de langue française ou de langue berbère ou wolof ou Soninké ou pular. Ou bambara ou espagnol ou russe. Imaginez si tous les Mauritaniens parlaient, écrivaient et "poétisaient" en Arabe le plus raffiné ou s'ils parlaient tous Swahili. En quoi cela allait faire d'un Peul de Dara Halaybé un Arabe de Damas ou un berbère des environs de Guérou? Ou de cet Arabe ou berbère qu'il ne le serait plus puisque moi ou un autre avons écrit une note en français! Excellence Monsieur le nouveau ministre de la culture, un grand penseur disait que la culture est ce qui reste quand on a tout oublié. Et, visiblement, nous sommes de ceux qui ont du mal à oublier une vieille histoire de plusieurs siècles ravisée par des cohortes de vulgaristeurs de quelques idéologies nationalistes aux relents négationistes. Excellence Monsieur le Ministre, beaucoup de Mauritaniens connaissent plus Moliére que Abou Teyib El Moutenebi. Beaucoup ont appris au temps de la dictée de contrôle. De la rédaction. Beaucoup ont assimilé toutes les règles de grammaire, de l'orthographe d'usage et maitrisent l'analyse grammaticale et l'analyse logique. Beaucoup ont lu l'odyssée de Homère et récitent par coeur des dizaines des fables de la fontaine. Beaucoup ont appris du temps du procédé Lamartiniere, des cahiers de roulement, du symbole, de l'encrier, du porte-plume et du buvard. Du temps de moi monsieur ou de moi madame. Du temps du résumé du texte ou de son commentaire composé et de la dissertation. Beaucoup connaissent la versification. Ils connaissent l'alexandrin, l'hémistiche et la strophe. Mais ils connaissent aussi qui ils sont : Arabes ou berbères ou Peuls ou Wolofs ou Soninkés. Qu'ils parlent ou qu'ils discutent ou qu'ils correspondent en Arabe ou en toute autre langue, cela ne change rien. N'avance en rien. N'impressionne en rien. Circulaire ou pas Circulaire. Circulez. Circulez. Y a rien à changer. Salut!
Sneiba El Kory




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