Rapport sur les incendies de la SOMELEC : Radiographie d'un naufrage collectif

11 October, 2026 - 13:35

Les 21 et 22 Août 2026, les postes-sources Est (Toujounine) et Nord (Tevragh-Zeïna) de la SOMELEC étaient ravagés par des incendies, plongeant Nouakchott dans le noir pendant trois à cinq jours. Au-delà du préjudice économique majeur — évalué à plus de 363,9 millions de MRU de coûts directs et de remise en état (soit 0,07 % du PIB du troisième trimestre 2026) —, ce sinistre a révélé une crise de gouvernance profonde. Le rapport de la Commission d’Enquête Indépendante (CIEIS), présidée par l’ancien ministre Mamadou Ousmane Kane, dresse un réquisitoire implacable qui place les autorités mauritaniennes face à un choix historique : engager des sanctions réelles ou consacrer l’impunité.

 

Fiasco technique et défaillances systémiques

L'enquête établit un lien direct entre le sinistre et la mise en service précipitée de nouvelles liaisons 33 kV. Le feu s'est déclaré en raison d'un échauffement localisé ou d'un défaut à la terre mal éliminé, aggravé par l'absence d'agents sur place, la faiblesse des systèmes anti-incendie et les fausses directions logistiques transmises aux pompiers.

Le rapport de la Commission Kane segmente les responsabilités à trois niveaux. 1 - Responsabilité institutionnelle et ministérielle : le ministre de l'Énergie, Mohamed ould Khaled, et son secrétaire général, Ali Cissé Soumaré, sont épinglés pour un pilotage « à vue ». La commission fustige l'absence totale de dispositif effectif de contrôle et de suivi technique sur un projet d'une telle sensibilité stratégique. 2 - Responsabilité fonctionnelle de la SOMELEC : de l'ancien DG, Sidi Ould Salem à l'actuel, Khrombali ould Lahbib, la gestion est jugée défaillante. Le projet a été lancé sans études préalables sur un calendrier irréaliste (4 mois au lieu de 12). Le directeur de la distribution, Mohamed ould Dhehbi, a validé des câbles non conformes sans tests valides et a omis d'appliquer les pénalités de retard. 3 - Responsabilité contractuelle et des marchés : la Commission des marchés a attribué le contrat à la société CTM Batima alors qu'elle était inéligible et présentait une offre non conforme, appuyée par un document non authentifié par la SNIM. CTM a changé de fabricant en toute opacité, tandis que le bureau d'études IRAF a autorisé la mise sous tension malgré des réserves majeures.

Ce fiasco est le symptôme de défaillances structurelles bien ancrées en Mauritanie. Il illustre d'abord une culture de l'impunité où la précipitation politique supplante la rigueur technique. Il révèle ensuite la capture des marchés publics, caractérisée par le favoritisme et le contournement des cahiers des charges au profit d'intérêts croisés. Enfin, il expose une perte de compétence institutionnelle face aux grands projets d'infrastructures.

 

Épreuve de vérité pour le pouvoir

Pour les citoyens mauritaniens, habitués aux rapports de l'Inspection Générale d'État (IGE) et de la Cour des Comptes, restés sans effet ou utilisés comme leviers politiques, la suite donnée à ce document est cruciale. Si les personnalités citées ne subissent que des réaménagements de poste, le signal envoyé sera dévastateur pour la crédibilité de l'État.

Pour dépasser le scepticisme ambiant, les recommandations de la commission tracent une feuille de route stricte. Sur le plan judiciaire et contractuel, la transmission immédiate du dossier à la justice pour faute lourde, la résiliation des contrats de CTM Batima (avec poursuites pour l'usage du faux document de la SNIM) et l'interdiction de soumissionner aux marchés publics. Sur le plan structurel, le retrait de la gestion des grands projets à la SOMELEC, au profit d'une structure spécialisée, et l'assistance par un opérateur public de référence pour moderniser la maintenance. La commission Kane a agi avec rigueur. La balle est désormais dans le camp de l'exécutif pour prouver que la ‘’tolérance zéro" n'est pas qu'un slogan politique.

Dalay Lam

 

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Précisions sur les deux observations concernant l’actuel directeur général de la Somelec

Le rapport de la commission d’enquête formule deux observations concernant l’actuel directeur général de la SOMELEC : la non-application des pénalités de retard et le suivi de la réception et de la mise sous tension du câble. Au regard des précisions communiquées sur les procédures contractuelles et la chronologie des opérations, ces deux observations ne paraissent pas établir de manquement personnel de sa part, selon une source autorisée proche de lui.

Des pénalités dont le montant définitif reste à déterminer

Selon les éléments communiqués, l’article 108 du décret n° 2022-083 prévoit que le calcul définitif des pénalités tient compte de la date de réception ainsi que des éventuelles suspensions ou prolongations de délai dûment justifiées. La réception provisoire n’ayant pas encore été prononcée, la durée définitive du retard reste à établir.
Le solde restant à payer représente 13 % du montant du marché, tandis que le plafond des pénalités est fixé à 10 %. D’après la procédure décrite, leur déduction intervient lors du règlement final, après détermination de leur montant. L’absence de déduction à ce stade ne saurait donc, à elle seule, être assimilée à une renonciation à les appliquer.

Une réception en usine antérieure à sa prise de fonction

La réception du câble en usine a eu lieu le 13 juin 2025, alors que l’actuel directeur général a pris ses fonctions le 3 juillet suivant. Cette opération est donc antérieure à son entrée en fonction.
Quant au suivi technique de la réception et de la mise sous tension, il relève, selon les précisions fournies, des équipes compétentes, en coordination avec l’ingénieur-conseil et le coordinateur du projet. L’appréciation des responsabilités doit ainsi tenir compte des missions de chaque intervenant et des dates des opérations concernées.

 

 

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Mise au point du docteur Sidi Salem Mohamed El Abd, ancien Directeur général de la Holding SOMELEC

Mis en cause dans le rapport de la commission d'enquête sur les incendies des postes HT/MT de Nouakchott, le docteur Sidi Salem Mohamed El Abd, ancien Directeur Général (DG) de la Holding SOMELEC, a publié une mise au point pour éclairer l’opinion. Dans son texte, il a exprimé sa surprise face à des « contradictions notoires » et des « conclusions incongrues ». L’ancien DG de la société conteste formellement les responsabilités qui lui sont attribuées pour sa période de gestion (14 Août 2024 – 24 Juin 2025). L’homme réfute les accusations et fournit les explications suivantes. D’abord  sur les études techniques préalables : il précise que le plan d'urgence de 100 jours était un projet ministériel initié et conçu par le ministère de l'Énergie avant sa nomination, la SOMELEC n'agissant, de fait, qu’en tant que maître d'ouvrage délégué. De plus, il rappelle que ces études ne constituent pas des documents juridiquement obligatoires, mais de simples référentiels méthodologiques.

Relativement au dispositif de contrôle, l’ex-DG souligne avoir saisi très tôt par écrit le ministre de l'Énergie pour réclamer ce recrutement, qui a été retardé par des contraintes de financement du plan. A propos de l’attribution du marché, il dénonce le flou de ce reproche en rappelant que la passation du marché à l'entreprise CTM Bat s'est déroulée dans le strict respect du code des marchés publics, avec des rapports et procès-verbaux validés par la Commission des Marchés (CMI) et publiés. Quant au changement de fabricant, Sidi Salem conteste toute validation irrégulière, soulignant qu'une modification contractuelle exige un avenant formel autorisé par la CMI et signé par le DG et le ministre, ce qui n'avait jamais été accordé ni finalisé à son départ le 24 Juin 2025. A propos des essais, il qualifie ce grief d'infondé et imprécis, relevant qu'aucun nom, objectif, date ou lieu n'est mentionné pour étayer l'autorisation d'une telle mission.

En conclusion, l'ancien DG pointe du doigt un décalage entre les conclusions du rapport et les déclarations initiales de son président (qui a souligné que le câble posé non conforme différait par son origine et sa section). Il appelle à identifier les véritables responsabilités et à examiner d'éventuels conflits d'intérêts au sein de la chaîne de décision et de réalisation.