Affaire des blogueurs de la diaspora : Vivement la transparence !

7 October, 2026 - 23:06

L’arrestation récente de proches du blogueur Sidi Mohamed Kmache, un cyberactiviste mauritanien établi aux États-Unis, met en lumière les zones d'ombre d'une guerre de l’information sans merci. Accusés d’avoir servi de relais pour des transferts d’argent orchestrés par des personnalités locales afin d’acheter le silence du blogueur ou de s’en prendre à des rivaux politiques, ces proches se retrouvent au cœur d’un scandale d’État. Cette affaire dépasse le simple cadre judiciaire et pose de lourdes questions sur la gouvernance, la corruption et le rôle de l'information en Mauritanie.

 

Des chiens de garde ?

Depuis quelques années, une poignée de cyberactivistes diffuse des informations hautement sensibles. Vie privée du Président, dénonciations de la gabegie financière de ministres ou de proches du pouvoir : rien n'échappe à leurs canaux. Face à une classe politique traditionnelle et une opposition officielle murées dans un silence quasi-complice, ces blogueurs ont endossé le rôle de chefs de file de la contestation.

Cette influence grandissante a poussé le pouvoir et ses soutiens à réagir. Pour contrer cette menace virtuelle, certains ministres se sont entourés de véritables « bataillons» de blogueurs et de journalistes grassement rémunérés. Une partie des media et des activistes de l'intérieur du pays ont par ailleurs pris le parti du gouvernement, pour tenter de discréditer les voix de l'exil. La crédibilité d’une partie de la presse est ainsi sérieusement mise en doute.

Des journalistes avaient commencé à être traités de peshmergas dès 2001, lors de la visite de l’ex-Président Taya au Tagant. Et depuis, la situation n’a fait que se dégrader, le conflit basculant dans une guerre ouverte de déballage. On notera ici que ce grand épanchement provoque, au passage, une mauvaise publicité pour les banques locales et leurs applications de transfert d’argent, transformées, malgré elles, en instruments financiers de cette guerre d'influence.

 

Les bonnes questions à se poser

Au-delà de la traque des intermédiaires comptables, le cœur du problème reste soigneusement éludé. Qui sont ces personnalités de l’ombre qui fournissent des informations aux blogueurs ? Pourquoi sont effectués les paiements et contre quelles garanties ?

Pendant que l'attention se focalise sur les arrestations et l’enquête, l’essentiel passe au second plan : le suivi des investigations sur la corruption. Les rapports de l’Inspection Générale d’État (IGE) et de la Cour des Comptes dorment souvent dans les tiroirs, malgré la révélation récente d’énormes préjudices financiers subis par l’État. En Mauritanie, le constat est amer : au lieu de sévir contre les auteurs de détournements, le système tend à les promouvoir ou à les recycler rapidement, après un limogeage de façade.

Le contraste est saisissant dans le quotidien des Mauritaniens. Alors que des fonctionnaires et des officiers mènent un train de vie somptueux, sans que l'origine de leur richesse ne soit interrogée, de mystérieuses saisies de drogue ont lieu, et l'identité des personnes arrêtées n’est jamais dévoilée. L’opacité reste la règle.

 

Le cri d’alarme du Raïs

Cette offensive judiciaire et médiatique contre les blogueurs intervient dans un contexte politique particulier : préparation du dialogue, appels à un 3ème mandat, révélations sur les fortunes suspectes et visite du Président en Adrar et en Inchiri au cours desquelles il a exposé ses réalisations et les perspectives prometteuses du pays, sans oublier cependant de poser publiquement une question lourde de sens : « Où va la Mauritanie ? »

Une interrogation qui résonne aujourd'hui comme une confession ou un aveu d'impuissance pour celui qui dirige le pays depuis plus de sept ans et qui connaît les hommes et les rouages du système dirigeant. Le chef de l'État avait-il vu venir la tempête ? Entre la déliquescence morale de certaines élites prêtes à financer le chantage et l’incapacité des institutions à punir la gabegie, la réponse à sa question se trouve peut-être dans les dossiers de cette affaire de mœurs politiques et financières. La transparence dans la gestion des deniers publics, elle attendra, elle…

 

Dalay Lam