M. Ba. Mamadou Moustapha, président du Parti de la Renaissance pour Vivre Ensemble (PAREN-VE) : ‘’La question d’un éventuel troisième mandat n’a jamais constitué le centre de gravité de notre réflexion politique’’

18 August, 2026 - 12:56

Le Calame : Monsieur le président, au lendemain de la réception du récépissé provisoire de votre parti le PAREN-VE, vous avez tenu une conférence de presse pour un premier contact avec les militants et sympathisants.  Quel premier bilan dressez-vous de l'accueil et des réactions du peuple mauritanien face à cette nouvelle ?

Ba Mamadou Moustapha : Je dresse un bilan particulièrement positif et encourageant de ce premier contact avec les citoyens mauritaniens. Au lendemain de la réception du récépissé provisoire du PAREN-VE, nous avons souhaité nous adresser directement à l’opinion publique, à nos militants et sympathisants, ainsi qu’à l’ensemble des Mauritaniens, afin de présenter officiellement notre formation politique, sa vision et ses principales orientations programmatiques.

La mobilisation a largement répondu à nos attentes. Nous avons enregistré une participation importante, diversifiée et représentative de la pluralité nationale mauritanienne. Des représentants de l’ensemble des régions du pays ont pris part à cette activité, y compris des citoyens issus des zones les plus éloignées. Pour une formation politique nouvellement dotée de son récépissé provisoire, cette mobilisation constitue un indicateur significatif et particulièrement encourageant.

Nous avons également été honorés par la présence de nombreux acteurs de la scène politique mauritanienne, ayant répondu favorablement à notre invitation. Au-delà des appartenances partisanes et des sensibilités politiques, leur participation traduit l’intérêt suscité par l’émergence du PAREN-VE et souligne la nécessité de consolider, dans notre pays, un espace de dialogue politique apaisé, structuré et constructif. Cette rencontre ne se limitait pas à une conférence de presse. Elle constituait également la présentation officielle de notre projet politique et de l’ensemble de nos orientations stratégiques. Nous avons ainsi exposé clairement notre identité politique, nos propositions, ainsi que la vision de la Mauritanie que nous entendons contribuer à construire.

Les réactions recueillies depuis lors sont globalement très positives. Elles émanent aussi bien de nos militants et sympathisants que de citoyens issus de divers horizons politiques. Cela confirme l’existence d’une attente réelle pour une approche renouvelée de l’action politique, fondée sur la proximité, la responsabilité, le rassemblement et la formulation de propositions concrètes, plaçant le citoyen, la cohésion nationale, la justice sociale, l’égalité des chances et le vivre-ensemble au centre de l’action publique.

Nous accueillons néanmoins cet engouement avec la plus grande humilité, dans la mesure où le récépissé ne constitue pas une finalité, mais le point de départ d’une responsabilité politique accrue. Le véritable défi s’ouvre désormais : aller davantage à la rencontre des populations sur l’ensemble du territoire national, écouter leurs préoccupations, porter leurs aspirations et contribuer à la structuration progressive d’une dynamique politique nationale inclusive. Le PAREN-VE ambitionne d’être une formation politique présente sur l’ensemble du territoire, à l’écoute des citoyens et engagée au service d’une Mauritanie réconciliée, inclusive et tournée vers le développement.

 

- Vous avez longtemps défendu, notamment depuis la fondation de la CVE, l’idée du regroupement des forces politiques et sociales plutôt que leur dispersion. Pourquoi avoir finalement choisi de fonder un nouveau parti ? Est-ce que cette formation ne constitue pas, en quelque sorte, un renoncement à la stratégie de regroupement que vous avez vous-même préconisée ?

 - Je voudrais être très clair sur ce point : la fondation du PAREN-VE n’est ni un reniement, ni une rupture avec ma conception du rassemblement. Elle en est, au contraire, le prolongement politique. Je suis, et je demeure, un homme de rassemblement. Non pas par opportunité électorale, mais par conviction. J’ai toujours considéré que la dispersion des forces politiques affaiblit les combats collectifs, réduit leur efficacité et, surtout, entretient des divisions dont notre pays n’a pas besoin. Mon parcours politique permet d’ailleurs d’en juger sur les faits.

J’ai œuvré à la constitution de plusieurs cadres de convergence, notamment la CVE qui a voulu dépasser les logiques de chapelle pour placer la question du vivre-ensemble au cœur du débat politique national. Lors des élections législatives, municipales et régionales de 2023, j’ai été l’un des principaux acteurs de l’établissement de la coalition qui a accompagné l’AJD/MR, avec d’autres formations politiques. Cette stratégie de rassemblement a produit des résultats politiques concrets : quatre députés ont été élus, ainsi que plusieurs conseillers municipaux et régionaux. En 2024, la même logique nous a conduits à participer à la constitution de la coalition Biram 2024, à laquelle nous avons largement contribué, avec la CVE.

Il y a donc une constance dans mon parcours. Et c’est précisément pour cette raison que je récuse l’idée selon laquelle la fondation du PAREN-VE constituerait un renoncement au rassemblement. Une coalition répond généralement à une conjoncture, à une convergence ou à une échéance déterminée. Elle rassemble des sensibilités différentes autour d'un objectif commun. Mais elle ne peut pas toujours se substituer à une organisation politique durable, disposant d’une doctrine, d’une vision, d’un projet de société, d’une implantation nationale et d’une responsabilité clairement identifiable devant les citoyens. C’est précisément là que se situe la raison d’être du PAREN-VE.

Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il ne suffisait plus de participer aux regroupements des autres ou de construire des coalitions à chaque échéance. Il fallait désormais assumer notre propre vision, lui donner une architecture politique et offrir aux Mauritaniens un projet clairement identifiable. Fonder le PAREN-VE, c’est donc passer d’une logique de contribution à une logique de proposition et de responsabilité politiques. Nous voulons également rompre avec une certaine manière de concevoir la politique en Mauritanie : celle des positionnements circonstanciels, des alliances sans contenu, de l’opposition systématique ou, à l’inverse, des soutiens dépourvus d’esprit critique.

Notre conception est différente. Nous défendons une opposition responsable et républicaine : suffisamment libre pour dénoncer ce qui doit l’être, suffisamment lucide pour reconnaître ce qui sert l’intérêt national et suffisamment ambitieuse pour proposer une alternative, lorsque les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des attentes du pays. Le PAREN-VE n’a donc pas été établi pour ajouter artificiellement un parti supplémentaire au paysage politique mauritanien. Fonder un parti uniquement pour exister politiquement n’aurait aucun sens. Nous l’avons édifié parce que nous estimons porter une lecture de la société mauritanienne, une méthode politique et des propositions qui méritent d’être confrontées directement au jugement des citoyens. Et surtout, avoir sa propre identité politique ne signifie pas s’isoler.

Le rassemblement ne signifie pas l’effacement des identités politiques ; il suppose au contraire des forces organisées, conscientes de ce qu’elles représentent et capables de se retrouver autour de l’essentiel. Le PAREN-VE conservera donc sa pleine autonomie politique, mais il restera disponible pour toutes les convergences sérieuses autour de l’intérêt supérieur de la Mauritanie. Je n’ai donc pas changé de conviction : j’ai changé d’instrument. Hier, nous avons construit des coalitions pour rapprocher des forces dispersées. Aujourd’hui, avec le PAREN-VE, nous construisons une force politique capable de porter sa propre vision et, demain, de contribuer à des rassemblements encore plus larges. Le PAREN-VE n’est pas la négation du rassemblement. Il entend en être l’un des acteurs, l’un des moteurs et, lorsque l’intérêt national l’exigera, l’un de ses artisans.

 

- La Mauritanie compte déjà un nombre très important de partis politiques. Certains estiment que cette multiplication de telles formations contribue davantage à la fragmentation de l’opposition qu’au renforcement du jeu démocratique. Qu’est-ce que le PARVEN entend apporter de fondamentalement différent par rapport aux formations existantes ?

- Je récuse d’abord l’idée selon laquelle la pluralité des partis politiques serait, par nature, responsable de la fragmentation de l’opposition. C’est une lecture réductrice de la démocratie. Le pluralisme politique n’est pas un dysfonctionnement qu’il faudrait corriger : c’est un principe démocratique qu’il faut protéger. Une démocratie vivante ne se mesure pas au faible nombre de partis, mais à la liberté d’expression politique, à la diversité des projets et à la capacité des citoyens à choisir entre des alternatives crédibles. Vouloir assimiler la multiplication des sensibilités politiques à une faiblesse reviendrait, paradoxalement, à considérer l’ouverture du champ politique comme un problème. Pour nous, c’est exactement le contraire : plus le champ politique est ouvert, plus la démocratie respire.

Il faut surtout mettre fin à une confusion : l’unité n’est pas l’uniformité, et le rassemblement n’exige pas la disparition des identités politiques. On peut appartenir à des formations différentes, défendre des sensibilités différentes et néanmoins construire des convergences fortes lorsqu’il s’agit de démocratie, de justice, de cohésion nationale ou de défense de l’intérêt supérieur du pays. Le problème de la Mauritanie n’est donc pas qu’elle compte trop de partis. Le véritable problème est la faiblesse de l’offre politique, l’insuffisance du débat programmatique et la perte de confiance d’une partie importante des citoyens dans l’action politique. C’est à cette crise de crédibilité qu’il faut répondre.

Le PAREN-VE n’a pas été fondé pour ajouter un sigle à la liste des partis existants. Nous sommes venus défendre une ligne politique clairement identifiable : faire du Vivre Ensemble, de la cohésion nationale, de la réconciliation, de l’égalité citoyenne et de la justice sociale le cœur d’un véritable projet de société. Nous voulons également rompre avec une certaine manière de faire de la politique : celle des postures, des appartenances circonstancielles et des oppositions mécaniques. Nous défendons une politique de conviction, de responsabilité et de proximité, capable de dialoguer sans renoncer à ses principes, de reconnaître ce qui mérite de l’être et de combattre avec fermeté les injustices et les dérives.

Enfin, je reste profondément attaché au regroupement des forces politiques et sociales. Mais je crois au regroupement des convictions, pas à l’effacement des convictions. Les coalitions solides se construisent entre forces politiques qui existent, qui assument leur identité et qui choisissent librement de conjuguer leurs efforts autour d’objectifs communs. Le PAREN-VE ne demande donc pas à être jugé sur son existence, mais sur son utilité politique. Ce ne sera pas le nombre de partis qui décidera de l’avenir démocratique de la Mauritanie, mais la qualité des idées, la crédibilité des engagements et la capacité de chacun à proposer aux Mauritaniens une véritable perspective nationale. Nous ne sommes pas venus occuper un espace politique. Nous sommes venus porter un projet.

 

- Votre formation sera-t-elle perçue comme un parti essentiellement représentatif des communautés négro-mauritaniennes, alors même que les nouvelles exigences de parrainage imposent une implantation dans différentes wilayas et auprès de plusieurs composantes de la population ? Quelle est votre conception de la représentativité du PARVEN : communautaire ou véritablement nationale ?

-  Rien ne permet de présenter le PAREN-VE comme un parti à vocation communautaire ou essentiellement représentatif des communautés négro-mauritaniennes. Une telle lecture est en contradiction avec la réalité de notre formation, sa composition et le projet national qu’elle porte. Rien que par son nom, le PArti de la Renaissance pour le Vivre ENsemble affirme une conception profondément nationale de l’engagement politique. Le Vivre Ensemble ne peut appartenir à une communauté particulière : il suppose précisément la rencontre, le respect et la participation de toutes les composantes de la Nation mauritanienne. La diversité du PAREN-VE est une réalité concrète. Toutes les composantes nationales y sont représentées et notre implantation couvre les différentes régions du pays. Le processus de parrainage imposé par la nouvelle législation, avec ses exigences de représentativité territoriale et de diversité, en a d’ailleurs apporté une démonstration objective. Nous avons été capables de mobiliser des citoyens dans différentes wilayas, issus de territoires, de milieux sociaux et de composantes nationales différents.

Mais je voudrais aller plus loin : notre représentativité nationale ne résulte pas simplement d’une obligation légale. Elle procède d’un choix politique fondamental. Nous n’avons pas attendu la loi pour croire à la diversité de la Mauritanie. Elle constitue l’ADN même du PAREN-VE. Nous refusons une conception de la politique en laquelle chaque communauté devrait avoir « son » parti et chaque formation politique « sa » communauté. Cette logique conduirait à institutionnaliser les fractures que nous voulons précisément dépasser. La Mauritanie n’a pas besoin d’une juxtaposition de communautés politiques ; elle a besoin de citoyens capables de construire ensemble un projet national commun.

Notre parti accueille donc tous les Mauritaniens sans distinction d’origine, de communauté, de langue, de région ou de condition sociale. Chacun doit pouvoir s’y reconnaître avec son identité, mais personne ne doit y être enfermé dans son identité. C’est précisément notre conception du Vivre Ensemble : reconnaître notre diversité sans en faire un instrument de division, assumer nos différences sans renoncer à notre appartenance commune à la Nation. Le PAREN-VE n’est donc pas un parti communautaire. C’est un parti national, profondément pluriel dans sa composition, républicain dans sa conception et rassembleur dans son ambition. Notre projet n’est pas de représenter une partie de la Mauritanie face à une autre. Notre ambition est de contribuer à construire une Mauritanie dans laquelle chaque citoyen, quelle que soit son appartenance, puisse se sentir pleinement représenté, respecté et partie prenante de son avenir.

 

- On observe aujourd’hui une opposition organisée en plusieurs coalitions et regroupements, avec des stratégies parfois différentes, notamment autour du dialogue national. Cette diversité des cadres de concertation ne risque-t-elle pas d’affaiblir davantage la capacité de l’opposition à parler d’une seule voix face au pouvoir ?

- Je pense au contraire que cette configuration peut être une force. Deux grands pôles de l’opposition se sont constitués autour du dialogue national. Malgré des sensibilités et des approches différentes, ils ont jusqu’ici su préserver une convergence sur l’essentiel. La cohésion demeure intacte dès lors que l’intérêt supérieur du pays est en jeu. Pour le PAREN-VE, il ne faut pas confondre pluralité des positions et division de l’opposition. Des cadres différents peuvent parfaitement poursuivre des objectifs communs. L’essentiel est de savoir se retrouver sur les grandes questions nationales.

Notre conception du dialogue est, à cet égard, très claire : le dialogue doit être un espace de décision politique, et non un exercice de circonstance. Il doit permettre de traiter les questions qui nécessitent un consensus suffisamment large pour engager durablement la Nation. Nous ne concevons donc pas le dialogue comme un rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, mais comme un mécanisme républicain permettant aux différentes forces politiques de rechercher des solutions sur les sujets qui dépassent leurs intérêts immédiats.

Le PAREN-VE y participera avec ses convictions, ses propositions et sa liberté d’appréciation. Nous privilégierons toujours la recherche du consensus lorsqu’il sert la Mauritanie, sans considérer que le consensus exige l’effacement des différences. Notre ligne est simple : dialoguer sans se renier, converger sans se confondre, et placer l’intérêt national au-dessus des positionnements politiques.

 

- Où situez-vous précisément le PAREN-VE dans ce paysage politique ? Êtes-vous disposés à rejoindre une coalition existante ou envisagez-vous de construire un nouveau cadre de concertation avec d’autres forces politiques ?

 - Le positionnement du PAREN-VE ne souffre pas d’ambiguïté. Nous sommes politiquement issus de l’espace de la Coalition Vivre Ensemble (CVE), dont je suis coprésident et au sein de laquelle une partie importante de nos cadres a construit son expérience politique. D’autres responsables du parti proviennent d’horizons différents, ce qui élargit naturellement notre assise politique. De ce fait, le PAREN-VE se situe aujourd’hui dans la mouvance de la CVE et participe également à la dynamique de la Coalition Anti-Système. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, de rechercher artificiellement un nouveau cadre politique alors que nous appartenons déjà à des espaces de concertation clairement identifiés.

Toutefois, il convient de distinguer l’appartenance à un cadre de concertation politique de la stratégie électorale d’un parti. Ce sont deux niveaux qui ne répondent ni aux mêmes temporalités ni nécessairement aux mêmes logiques. Le PAREN-VE conserve, à cet égard, son entière autonomie d’appréciation et de décision. Les prochaines échéances électorales ouvriront nécessairement une nouvelle phase de recomposition et d’alliances. Nous ne souhaitons pas l’anticiper par des engagements prématurés. Nous observerons l’évolution du rapport des forces, la configuration du paysage politique et la nature des convergences qui se dégageront. Le moment venu, les instances du PAREN-VE détermineront souverainement s’il convient de consolider les alliances existantes, d’en élargir le périmètre ou d’envisager d’autres formes de coopération. En politique, une alliance pertinente n'est pas celle que l'on décrète longtemps à l'avance, mais celle qui réunit, au moment décisif, les conditions politiques permettant de transformer une vision en capacité d'action.

 

- Le dialogue national annoncé ou envisagé reste au centre des débats politiques. Quelles sont les principales attentes du PAREN-VE à son égard ? Quelles garanties et quels engagements considérez-vous indispensables pour qu’il puisse produire des résultats concrets ?

- Pour le PAREN-VE, l’enjeu essentiel n’est plus de démontrer l’utilité du dialogue, mais de déterminer les conditions de son efficacité et de sa crédibilité. La Mauritanie a connu suffisamment de concertations politiques pour que nous puissions aujourd’hui distinguer le dialogue de principe, du dialogue capable de produire des transformations durables. Notre première exigence porte sur la méthode. Le processus doit être inclusif, transparent et suffisamment autonome pour permettre à chaque partie d’exprimer librement ses positions. Son ordre du jour doit résulter d’un accord suffisamment large entre les participants et aucune question déterminante pour l’avenir politique du pays ne doit être, par principe, soustraite du débat.

Notre deuxième exigence concerne la portée des conclusions. Le dialogue ne peut se réduire à l’adoption de recommandations dont l'application resterait incertaine. Les accords obtenus par consensus doivent être clairement identifiés, formalisés et accompagnés d’un calendrier réaliste de mise en œuvre. La troisième garantie indispensable est donc le suivi. Nous estimons nécessaire de prévoir, dès le départ, un mécanisme pluraliste chargé d’évaluer périodiquement l’exécution des engagements. C’est une condition essentielle pour restaurer la confiance dans la parole politique et éviter que le dialogue ne soit perçu comme une simple parenthèse.

Enfin, le PAREN-VE souhaite que ce dialogue permette de dégager un socle politique commun sur les grandes règles du jeu démocratique et les orientations essentielles de l’État, au-delà des alternances, des majorités et des oppositions du moment. Notre position est donc simple : nous sommes favorables au dialogue, mais à un dialogue de résultats, assorti d’engagements vérifiables et d’une obligation politique de mise en œuvre. Le succès de ce processus ne se mesurera pas au nombre de participants ni à la durée des discussions, mais à une question beaucoup plus fondamentale : qu’est-ce qui aura réellement changé dans le fonctionnement de notre République, une fois le dialogue achevé ?

 

- Après plusieurs reports, divergences et prises de position au sein de la classe politique, êtes-vous convaincu que ce dialogue se tiendra effectivement ? Et surtout, pensez-vous qu’il puisse déboucher sur des décisions consensuelles plutôt que sur de simples recommandations ?

- Nous demeurons convaincus que le dialogue national doit se tenir, parce qu’au-delà des reports, des divergences et des positionnements tactiques, la Mauritanie a besoin d’un espace politique capable de traiter lucidement les questions de fond qui engagent son avenir collectif. Mais pour le PAREN-VE, la véritable question n’est plus de savoir si le dialogue aura lieu. Elle est de savoir s’il aura la capacité politique de produire des décisions et le courage institutionnel de les appliquer.

Notre pays a suffisamment connu de concertations dont les conclusions, parfois pertinentes, ont été progressivement diluées dans le temps. Un dialogue qui se limiterait à produire des recommandations supplémentaires ne répondrait ni aux attentes des Mauritaniens ni à l’urgence des défis auxquels la Nation est confrontée. Le dialogue ne doit pas devenir un rituel politique destiné à gérer les désaccords sans jamais résoudre les problèmes qui les produisent. Nous attendons donc un dialogue inclusif, exigeant et orienté vers des résultats, capable de dégager des consensus solides sur les grandes questions nationales : la cohésion nationale, l’État de Droit, la gouvernance démocratique, les libertés publiques, la justice sociale, les questions mémorielles, l’égalité citoyenne et la consolidation de nos institutions.

Il faudra surtout que les conclusions retenues soient accompagnées d’engagements précis, d’un calendrier de mise en œuvre et de mécanismes crédibles de suivi. Car le consensus n’a de valeur politique que lorsqu’il produit des effets concrets dans la vie des citoyens. Le PAREN-VE aborde donc ce dialogue avec espérance, mais sans naïveté ; avec disponibilité, mais sans complaisance. Nous voulons croire que l’ensemble des acteurs saura dépasser les calculs immédiats pour placer l’intérêt supérieur de la Mauritanie au-dessus des intérêts de pouvoir, de partis ou de circonstances.

La réussite d’un dialogue ne se juge pas à la qualité des discours prononcés autour d’une table, mais aux transformations qu’il rend possibles après que cette table a été quittée. Notre souhait est précisément que ce rendez-vous constitue un moment de vérité politique, capable de restaurer la confiance, de produire des compromis historiques et d’ouvrir une nouvelle étape dans la construction d’une Mauritanie réconciliée avec elle-même, plus juste et véritablement inclusive.

 

- Le débat sur une éventuelle modification de la Constitution permettant au président Mohamed Cheikh El Ghazouani de briguer un troisième mandat continue d’alimenter les controverses. Pensez-vous que cette question sera définitivement évacuée du prochain dialogue ou risque-t-elle, une nouvelle fois, d’en devenir le principal sujet de confrontation ?

- Au PAREN-VE, la question d’un éventuel troisième mandat n’a jamais constitué le centre de gravité de notre réflexion politique. Non pas que les questions constitutionnelles soient négligeables — elles sont, par définition, essentielles à l’équilibre démocratique —, mais nous refusons de réduire l’avenir politique de la Mauritanie à une interrogation sur la succession des hommes au pouvoir. Notre préoccupation est plus fondamentale : comment consolider une nation encore traversée par des fractures, restaurer la confiance entre l’État et les citoyens, garantir l’égalité, renforcer la justice et construire durablement la cohésion nationale ? À nos yeux, ce sont ces questions structurelles qui devraient occuper le cœur du dialogue national.

Je dois d’ailleurs reconnaître avoir assez mal vécu la place démesurée accordée, par le passé, au débat sur les mandats. Certains en ont fait un préalable absolu, jusqu’à transformer une hypothèse politique en ligne rouge ; d’autres s’en sont servis pour légitimer leur absence du dialogue. Dans les deux cas, le débat sur les personnes a fini par prendre le pas sur le débat concernant la société elle-même. Et c’est précisément là que réside, à mon sens, l’une des faiblesses récurrentes de notre culture politique. Par moments, notre classe politique semble davantage préoccupée par la succession au sommet de l’État que par les transformations profondes dont la société mauritanienne a besoin. Nous débattons passionnément de celui qui pourrait gouverner demain, alors que nous devrions d’abord nous demander quelle Mauritanie nous voulons gouverner demain.

Cette inversion des priorités est politiquement préoccupante. Une démocratie ne se mesure pas uniquement à l’alternance des hommes ; elle se mesure également à la solidité de ses institutions, à l’effectivité des droits, à l’égalité devant l’État et à la capacité de la République à faire société. Lorsque les institutions sont suffisamment fortes, la succession cesse d’être une crise existentielle : elle devient une procédure démocratique ordinaire.

Cela ne signifie nullement que la Constitution puisse être relativisée. Elle doit être respectée, et toute éventuelle modification doit relever des mécanismes prévus par l’ordre constitutionnel et d’un débat démocratique transparent. Mais il serait, à mon sens, politiquement réducteur de faire, d’une hypothèse de troisième mandat, l’alpha et l’oméga du prochain dialogue. Le PAREN-VE souhaite donc que ce dialogue échappe à la personnalisation excessive du débat politique. La question décisive n’est pas seulement de savoir qui exercera le pouvoir demain, mais de savoir quel État, quelles institutions et quelle société nous voulons transmettre aux générations futures.

Car, au fond, les hommes passent, les mandats s’achèvent et les majorités se succèdent ; mais les fractures que la politique refuse de traiter finissent, elles, par devenir l’héritage des générations suivantes. C’est à cette hauteur que le PAREN-VE entend placer le débat national.

 

- L’’officialisation ou de la promotion du pulaar, du soninké et du wolof demeure une revendication de leurs locuteurs. Quelle place ces langues doivent-elles occuper dans les institutions, l’Administration et le système éducatif mauritanien ? S’agit-il pour vous d’une revendication culturelle, d’une exigence d’égalité citoyenne ou d’une véritable réforme institutionnelle ?

- Pour le PAREN-VE, cette question doit être définitivement soustraite aux lectures folkloriques, communautaires ou simplement culturelles auxquelles elle est trop souvent réduite. L’officialisation du pulaar, du soninké et du wolof relève à la fois d’une exigence d’égalité citoyenne et d’une réforme institutionnelle devenue nécessaire. Une république ne peut durablement proclamer l’égalité de ses citoyens tout en maintenant une partie de son patrimoine linguistique national à la périphérie de ses institutions. L’égalité juridique perd une partie de sa substance lorsqu’elle ne se traduit pas par une égalité réelle d’accès à l’État, au savoir, à l’Administration et à l’espace public. La question linguistique touche donc directement à la qualité même de notre citoyenneté.

La position du PAREN-VE est, à cet égard, sans ambiguïté : nous sommes favorables à l’officialisation du pulaar, du soninké et du wolof, aux côtés de l’arabe, langue officielle de notre république islamique. Il ne s’agit ni de contester la place de l’arabe ni d’organiser une concurrence artificielle entre les langues. Il s’agit de reconnaître institutionnellement la pluralité linguistique qui constitue, depuis toujours, la réalité historique et humaine de la Mauritanie. Mais nous refusons également une officialisation purement déclarative. Une langue que l’on proclame nationale, mais qu’on maintient durablement hors de l’Administration, de l’enseignement et des institutions demeure, dans les faits, une langue insuffisamment reconnue par l’État.

L’officialisation doit donc ouvrir la voie à une politique linguistique rigoureuse, progressive et réaliste : formation des enseignants et des cadres, production pédagogique et scientifique, présence accrue dans les media publics, introduction organisée dans l’Administration et développement des instruments terminologiques nécessaires à leur usage institutionnel. Il faut surtout sortir d’une conception selon laquelle reconnaître une langue nationale reviendrait à satisfaire une communauté particulière. Le pulaar, le soninké et le wolof ne sont pas la propriété exclusive de leurs locuteurs respectifs ; ils appartiennent au patrimoine de la RIM tout entière, de la même manière que chaque composante de notre histoire nationale appartient à l’ensemble de la Nation.

Au fond, le débat linguistique pose une question beaucoup plus profonde : quel rapport voulons-nous établir entre l’État et la diversité constitutive de la société mauritanienne ? Nous pouvons continuer à gérer cette diversité comme une difficulté, avec les frustrations et les crispations que cette approche entretient, ou décider enfin d’en faire un des fondements assumés de notre unité nationale. Pour le PAREN-VE, le choix est clair : l’unité nationale ne se construit pas par l’effacement des différences, mais par leur reconnaissance équitable dans un cadre républicain commun. L’officialisation du pulaar, du soninké et du wolof n’est donc ni une faveur, ni une concession politique, encore moins une revendication identitaire accessoire. C’est une question de droit, d’égalité républicaine et de cohérence institutionnelle. Une république sûre d’elle-même n’a pas peur de ses langues : elle les reconnaît, les organise et en fait des instruments de cohésion nationale.

 

- La question du passif humanitaire demeure l’un des dossiers sensibles de la vie politique mauritanienne. Quelle approche le PAREN-VE préconise-t-il pour parvenir à un règlement durable de ce dossier, tout en préservant l’unité nationale et la cohésion sociale ?

- Pour le PAREN-VE, le passif humanitaire ne peut être ni occulté, ni instrumentalisé, ni indéfiniment repoussé. Il constitue une blessure profonde de notre histoire nationale dont le règlement durable est une condition essentielle de la réconciliation et de la consolidation du vivre-ensemble. Notre approche repose sur un principe fondamental : il ne peut y avoir de véritable cohésion nationale sans vérité, sans justice ni reconnaissance de la dignité des victimes. Préserver l’unité nationale ne signifie donc pas organiser l’oubli. Au contraire, une unité bâtie sur le silence ou le déni demeure nécessairement fragile.

Le PAREN-VE préconise une démarche de justice transitionnelle, conduite dans un cadre national apaisé, crédible et inclusif. Elle doit permettre d’établir les faits, de reconnaître officiellement les préjudices subis, de restaurer la dignité des victimes et de leurs familles, d’apporter les réparations appropriées et de générer les conditions d’une réconciliation véritable. Cette démarche ne doit être dirigée contre aucune communauté, aucune institution ni aucune génération. La responsabilité est individuelle ; elle ne saurait être ethnique ou collective. Il faut précisément sortir de toute logique de culpabilisation communautaire, car elle ne ferait que reproduire les fractures que nous cherchons à dépasser.

Malheureusement, la Mauritanie n’est pas le seul pays à avoir traversé des périodes marquées par de graves violations, des injustices et des traumatismes collectifs. Confrontées à des pages tout aussi douloureuses de leur histoire, d’autres nations ont eu le courage politique et institutionnel de les regarder en face, d’établir la vérité, de reconnaître les victimes et d’engager des mécanismes de justice, de réparation et de réconciliation.

La Mauritanie peut et doit s’inspirer intelligemment de ces expériences, non pour les reproduire mécaniquement, mais pour construire son propre modèle, adapté à son histoire, à ses réalités sociales et à ses équilibres nationaux. Chaque société doit trouver la voie de réconciliation qui correspond à son histoire et à ses réalités. Le temps est donc venu de sortir de l’alternative stérile entre l’oubli et l’instrumentalisation permanente du passé. Une république responsable ne nie pas ses blessures et ne les entretient pas davantage : elle les affronte, les traite et produit les conditions permettant de les dépasser.

Nous considérons également que la réconciliation ne peut être décrétée administrativement. Elle suppose un travail de mémoire, une reconnaissance institutionnelle et des garanties de non-répétition. L’État doit générer les conditions permettant à la société mauritanienne de regarder lucidement son histoire, afin de pouvoir enfin la dépasser. Notre objectif n’est donc ni d’entretenir les blessures du passé ni de les ensevelir sous une amnésie officielle. Il s’agit de les traiter politiquement, juridiquement et humainement pour qu’elles cessent d’hypothéquer l’avenir.

Pour le PAREN-VE, l’ambition doit être claire : parvenir à un règlement juste, digne et durable du passif humanitaire afin de solder définitivement cette page douloureuse de notre histoire nationale, sans effacer la mémoire des victimes. La cohésion nationale ne se construit pas contre la vérité : elle se construit par la vérité, la justice et la réconciliation. C’est à cette condition que nous pourrons refermer dignement ce chapitre douloureux et permettre à la Mauritanie d’avancer vers une république véritablement réconciliée avec elle-même et confiante en son avenir.

 

 - Vous avez vécu et travaillé aux États-Unis et connaissez donc particulièrement bien la situation de la communauté mauritanienne qui y réside. Quelle est aujourd’hui, votre appréciation de la situation des mauritaniens vivant là-bas, notamment ceux qui pourraient être concernés par les politiques américaines de contrôle de l’immigration et les risques d’expulsion ?

- Ayant vécu, étudié et travaillé aux États-Unis pendant de nombreuses années, je connais de très près la réalité de notre communauté mauritanienne qui y réside. Aujourd’hui, la situation suscite une profonde inquiétude. Des milliers de nos compatriotes, notamment des jeunes, vivent dans l’angoisse et l’incertitude. Certains ont construit leur vie aux États-Unis, y travaillent, y ont fondé une famille et contribuent à l’économie américaine tout en gardant des liens avec la Mauritanie. Pourtant, pour ceux dont la situation administrative est précaire, chaque durcissement migratoire fait naître la même question : que peut-il leur arriver demain ? J’appelle donc l’État mauritanien à s’impliquer davantage et à renforcer l’accompagnement de ses ressortissants.

Une préoccupation particulière concerne les nombreux jeunes arrivés par la « route du Nicaragua », après un parcours long et difficile à travers plusieurs pays. Aujourd’hui, une partie de ces jeunes vit dans une incertitude administrative et juridique profonde. Entre procédures en cours et crainte des expulsions, beaucoup vivent dans l’attente et l’angoisse. Derrière les débats sur l’immigration, il y a des vies marquées par l’inquiétude, surtout une jeunesse pleine d’espoir. Le PAREN-VE considère que l’État mauritanien ne peut pas rester spectateur. La protection de nos citoyens doit s’étendre au-delà des frontières. Nos services consulaires doivent être plus présents, mieux informer et accompagner nos compatriotes dans le respect du droit américain et des conventions internationales. J’appelle donc à un renforcement concret de ces mécanismes.

Il faut aussi rester lucide : les États-Unis sont souverains en matière d’immigration. Mais cela n’empêche pas la Mauritanie de défendre avec dignité et responsabilité ses ressortissants. La « route du Nicaragua » nous interpelle également sur le plan national : pourquoi tant de jeunes prennent-ils des risques aussi extrêmes pour partir ? Ce phénomène révèle le chômage, le manque de perspectives et une crise de confiance. La réponse doit donc être globale : diplomatique, mais aussi économique et sociale. Il s’agit non seulement de protéger ceux qui sont en difficulté à l’étranger, mais aussi de produire les conditions pour qu’ils n’aient plus à partir dans de telles conditions. Pour le PAREN-VE, la diaspora est une richesse nationale. Tout Mauritanien à l’étranger reste un citoyen à part entière, et la république doit veiller sur lui, surtout dans les moments d’incertitude. La jeunesse constitue le socle de notre engagement.

 

Propos recueillis par Dalay Lam