Le secteur informel en Mauritanie : l’organiser plutôt que le combattre

4 November, 2026 - 10:42

Le secteur informel occupe une place essentielle dans l’économie mauritanienne. Petits commerces, transport, artisanat, élevage, pêche, bâtiment, restauration et services divers permettent à des milliers de familles de vivre.
Selon la Banque africaine de développement, ce secteur emploierait plus de 63 % de la population active. Il constitue donc une importante source de revenus et d’emplois, particulièrement pour les jeunes et les femmes.
Mais cette économie reste fragile. La plupart de ses travailleurs ne disposent ni de contrat, ni de retraite, ni d’assurance maladie. Les petites activités accèdent difficilement au crédit bancaire, aux marchés publics et aux programmes de soutien. De son côté, l’État perd une partie de ses recettes fiscales.

Des actions engagées par l’État

L’État mauritanien a pris plusieurs mesures pour soutenir l’emploi et faciliter la création d’entreprises.
Le guichet unique de l’Agence de promotion des investissements en Mauritanie — APIM — a simplifié les formalités de création d’entreprise. Des programmes comme PEJ, PNIME, VADAAT et MEHENTI ont également apporté des formations, des financements et un accompagnement à des jeunes, des professionnels et de petits entrepreneurs.
Selon le rapport gouvernemental sur la mise en œuvre de la SCAPP en 2024, ces différentes actions ont contribué à la création directe de 4 674 emplois, à l’accompagnement de 739 entrepreneurs et à plus de 49 000 possibilités de formation ou de stage.
Le gouvernement a aussi annoncé un guichet unique de l’entrepreneuriat, un « Small Business Act mauritanien », ainsi que 3 000 prêts à travers la CDD et la ROCAPEC. Ces initiatives vont dans la bonne direction, mais certaines restent en préparation et leurs résultats doivent être régulièrement évalués et publiés.
Surtout, ces programmes sont encore dispersés. Ils ne constituent pas encore une politique nationale clairement consacrée au passage progressif du secteur informel vers l’économie formelle.

S’inspirer des pays voisins

Le Sénégal, le Mali et le Maroc connaissent eux aussi un secteur informel important. Ils ont mis en place des programmes de microcrédit, de formation et d’aide à l’entrepreneuriat. Le Maroc a notamment créé un statut simplifié d’autoentrepreneur.
Ces expériences montrent cependant que l’enregistrement administratif ne suffit pas. Pour convaincre un petit commerçant ou un artisan de se formaliser, il faut lui offrir des avantages concrets : accès au crédit, assurance maladie, retraite, formation et possibilité de participer aux marchés publics.

Pour une formalisation progressive

La Mauritanie devrait regrouper les initiatives existantes dans une stratégie nationale cohérente. Celle-ci pourrait prévoir un statut très simple pour les petites activités, une inscription peu coûteuse dans les communes ou par téléphone, une fiscalité légère pendant les premières années et un accès progressif à la protection sociale.
Il ne s’agit pas de combattre le secteur informel ni de lui imposer brutalement de nouvelles taxes. Il faut plutôt l’accompagner afin qu’il devienne plus productif, mieux organisé et plus protecteur pour ceux qui y travaillent.
Le secteur informel représente une réserve considérable d’entrepreneurs, de compétences et d’emplois. Sa transformation peut contribuer à réduire le chômage, élargir les recettes de l’État et soutenir le développement économique du pays.
Il est donc nécessaire d’ouvrir un véritable débat national sur son avenir. Ce débat devrait réunir le gouvernement, le Parlement, les communes, les banques, les organisations professionnelles et surtout les commerçants, artisans, transporteurs, pêcheurs, éleveurs, femmes et jeunes directement concernés.
C’est par l’écoute, le dialogue et des mesures progressives que la Mauritanie pourra transformer cette économie de survie en un véritable moteur de développement.

Abidine Cheikhou Beyrouck
Retraité, ancien cadre supérieur RH - SNIM