
En ce 11 septembre 2026, je me retrouve assis au même endroit, à la même date qu’il y a vingt-cinq ans, le 11 septembre 2001, sur le lit traditionnel de ma tante maternelle, au cœur du village de Teichtayatt.
Un poste de radio Philips diffusait, comme à l’accoutumée, les informations internationales sur le canal de la BBC arabe. La journée avait commencé dans le calme, enveloppée par une légère brise matinale.
Brusquement, une voix annonça : « Hayaâtou el-Idhaati el-Britaniya » — « Ici la radio britannique », comme on s’appelait à l’époque. La programmation fut interrompue. Les informations cédèrent la place à des bruits de fracas et au vrombissement assourdissant de moteurs d’avions.
Nous sentons immédiatement qu’un événement exceptionnel était en train de se produire quelque part dans le monde, sans encore savoir de quoi il s’agit.
Puis la nouvelle tomba, brutale, inimaginable : une sorte d’« Apocalypse Now » venait de s’abattre au cœur même des États-Unis.
Toutes nos activités de la journée furent suspendues.
Nous suivîmes, minute après minute, par la voix de la BBC arabe, le déroulement de cet événement hors du commun, au cœur de la première puissance mondiale. Notre sentiment dominant était celui d’un monde qui basculait vers l’inconnu. Nous avions la conviction — peut-être l’intuition — que plus rien ne serait jamais comme avant.
Pour la deuxième fois dans l’histoire moderne, depuis l’attaque du Pearl Harbor, les USA sont l’objet d’une attaque extérieure d’envergure.
À tort ou à raison, un sentiment de réjouissance inexpliquée de l’événement nous traversa. À tort ou à raison, nous pensions — ou plutôt, nous souhaitions — que certaines injustices flagrantes puissent trouver leur solution à travers cet événement, lui-même marqué par une injustice flagrante.
Mais cette réaction contradictoire ne m’empêchait pas de penser aux milliers de victimes innocentes, de toutes nationalités, qui étaient en train de perdre la vie. Je pensais, dans le même temps, aux millions d’innocents à travers le monde qui subissaient quotidiennement diverses formes d’agressions, de privation, d’oppression et d’arbitraire délibéré.
Le lendemain, nous nous empressâmes de rentrer à Nouakchott.
Une trentaine de kilomètres de piste non bitumée nous séparaient encore de Mederdra. L’hivernage avait été bon. Les herbes fraîches recouvraient les espaces entre les arbres et donnaient au paysage une douceur inhabituelle.
Une image, ce jour-là, attira particulièrement mon attention. Elle ne m’a jamais quitté.
Quelques familles nomades étaient en train d’installer leurs tentes dans l’étroite clairière d’une dune, non loin de notre piste. Leurs animaux s’agitaient et vociféraient tout autour d’eux. Rien, dans cette scène, ne semblait troubler la quiétude du lieu.
Un sentiment étrange, de jalousie réelle, me foudroya : Ma conviction était qu’ils n’étaient nullement au courant de l’événement qui nous troublait depuis hier. Si seulement nous n’avions pas été au courant du 11 septembre, comme eux !
Pourquoi, mon Dieu, nous priver d’un tel état de bonheur paradisiaque ?
Eux ne savaient rien. Manifestement même l’ignorance a parfois ses avantages!
Eux, les plus que chanceux, ignoraient que, très loin de là, à des milliers de kilomètres de leurs modestes tentes, le monde était en train de basculer.
Ils ignoraient aussi que cet événement allait bouleverser durablement les relations internationales, redessiner les rapports de force, provoquer des guerres, nourrir de nouvelles formes de violence et, surtout, faire entrer le monde dans une longue période d’incertitude.
Eux avaient encore leur journée.
Nous, nous venions de perdre une part de notre innocence.
Un quart de siècle après, le monde est pour l’essentiel demeuré le même. La guerre dite contre le terrorisme, décrété alors par l’oncle Sam, avait causé plus de dégâts qu’elle a donné de résultats attendus. Les peuples ne perdent pas espoir. Leurs luttes multiformes ne cessent de gagner du terrain.




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