
Le Port de Los Angeles aux Etats Unis a annoncé avoir bloqué plus de 120 millions de tentatives de cyberattaque au cours du seul mois d’août 2026. Les menaces comprenaient des tentatives d’intrusion, l’exploitation de réseaux, le vol d’identifiants, des malwares et des rançongiciels.
Cette actualité internationale est porteuse d’un enseignement important pour la Mauritanie : les ports ne sont plus seulement des infrastructures physiques. Ils sont devenus des systèmes numériques critiques dont la disponibilité et la sécurité conditionnent directement le commerce, l’approvisionnement et la stabilité économique.
Le Port autonome de Nouakchott, une infrastructure vitale
Le Port autonome de Nouakchott, dit Port de l’Amitié, occupe une place centrale dans l’économie mauritanienne. Il constitue une porte d’entrée stratégique pour les importations, les équipements, les denrées alimentaires, les matériaux, les produits énergétiques et de nombreux biens essentiels à la vie économique et sociale du pays.
Il est également au cœur des échanges commerciaux avec les partenaires régionaux et internationaux. Autour de ses activités gravitent les autorités portuaires, les douanes, les armateurs, les transitaires, les consignataires, les opérateurs logistiques, les transporteurs, les banques, les assureurs et les administrations publiques.
La modernisation du port, la dématérialisation des procédures et l’interconnexion des acteurs apportent des gains considérables en efficacité, en transparence et en rapidité. Mais elles créent parallèlement une surface d’exposition accrue aux cybermenaces.
Une attaque cyber peut devenir une crise économique
Une attaque réussie contre une infrastructure portuaire peut aller bien au-delà d’une panne informatique. Elle peut retarder le traitement des navires, perturber la gestion des marchandises et des conteneurs, bloquer les procédures documentaires ou douanières, affecter les paiements, désorganiser les transporteurs et compromettre des données commerciales sensibles.
Dans un pays où le port joue un rôle déterminant dans l’approvisionnement national, un incident cyber majeur peut avoir des conséquences en cascade: retards, surcoûts logistiques, difficultés d’approvisionnement, pertes financières pour les entreprises et atteinte à la confiance des partenaires.
Le risque cyber doit ainsi être traité comme un risque opérationnel, financier, logistique et réputationnel. Il relève autant de la gouvernance et du management des risques que de la technologie.
Un écosystème à sécuriser dans son ensemble
La menace ne vient pas toujours du système central du port. Elle peut résulter d’un compte utilisateur compromis, d’un mot de passe volé, d’un message de phishing, d’un accès distant insuffisamment sécurisé, d’un logiciel non mis à jour ou d’un prestataire connecté aux systèmes portuaires.
C’est pourquoi la cyber-résilience du Port autonome de Nouakchott ne peut reposer sur une seule équipe informatique. Elle doit associer la direction générale, les équipes opérationnelles, la sécurité, la gestion des risques, les achats, les prestataires et les partenaires de la chaînelogistique.
La cybersécurité doit être intégrée à l’ensemble du cycle de gestion des risques :
Cyber Risk → Business Continuity → Supply Chain Risk → Assurance → Crisis Management
Cette approche permet de relier le risque numérique à la continuité des opérations, aux dépendances envers les fournisseurs, à la couverture assurantielle et à la capacité de gestion de crise.
Les priorités pour renforcer la cyber-résilience portuaire
Pour faire face à l’évolution des risques, plusieurs priorités méritent une attention particulière :
• identifier les systèmes numériques et opérationnels
critiques pour l’activité portuaire ;
• cartographier les dépendances envers les fournisseurs technologiques et logistiques ;
• renforcer la gestion des identités, des accès privilégiés et des accès distants ;
• séparer et protéger les réseaux informatiques et les réseaux opérationnels ;
• assurer une surveillance continue des événements de sécurité ;
• tester régulièrement les plans de continuité et de reprise après incident ;
• intégrer des exigences de cybersécurité dans les contrats avec les prestataires ;
• mettre en place des exercices de crise impliquant les principaux acteurs de l’écosystème portuaire ;
• développer les compétences nationales en cybersécurité maritime et industrielle.
La coopération est également essentielle. Un mécanisme structuré de partage d’informations sur les menaces entre le port, les administrations compétentes, les opérateurs privés et les partenaires de sécurité permettrait d’améliorer la détection
précoce et la réponse collective.
Un enjeu de souveraineté économique
La Mauritanie poursuit ses efforts de modernisation et de développement économique. Dans ce contexte, la sécurisation des infrastructures critiques doit accompagner chaque projet de digitalisation.
Protéger le Port autonome de Nouakchott, c’est protéger la continuité des échanges commerciaux, l’approvisionnement du pays, les intérêtsdes entreprises et la confiance des partenaires internationaux.
Hier, protéger un port signifiait principalement protéger les quais, les navires, les marchandises et les accès physiques.
Aujourd’hui, il faut également protéger les données, les réseaux, les systèmes de gestion et l’ensemble des connexions numériques qui font fonctionner le port.
L’exemple du Port de Los Angeles doit être compris comme une alerte. Les cyberattaques sont désormais permanentes et massives. La question n’est plus de savoir si une tentative aura lieu, mais s’il l’organisation est suffisamment préparée pour la détecter, la contenir et poursuivre ses opérations.
La cyber-résilience du Port autonome de Nouakchott doit devenir un pilier de la sécurité économique et de la souveraineté numérique de la Mauritanie.
Note : Je precise que cet article ne signale aucun incident au Port autonome de Nouakchott : il tire les enseignements d’une alerte internationale pour promouvoir la cyber-résilience des infrastructures critiques mauritaniennes. Le chiffre de 120 millions est une alerte internationale, et non un incident survenu au Port autonome de Nouakchott.
Références et repères
1. Organisation maritime internationale (OMI), Guidelines on Maritime Cyber Risk Management, MSC-FAL.1/Circ.3/Rev.2, 2021.
2. International Association of Ports and Harbors (IAPH), Cybersecurity Guidelines for Ports and Port Facilities.
3. NIST Cybersecurity Framework 2.0 : Govern, Identify, Protect, Detect, Respond and Recover.




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