Lycée de Garçons, Lycée National : pour la petite histoire.Par Ahmed Salem Elmoctar-Cheddad

13 July, 2026 - 11:06

À l’occasion de la Journée de l’excellence organisée par l’Amicale des anciens élèves du Lycée National, une réflexion s’impose.
Je n’y étais pas convié. Pourtant, si cet établissement porte aujourd’hui le nom de « Lycée National », c’est aussi grâce à une autre institution qui l’a précédé d’une bonne décennie : le Lycée de Rosso, ancien Collège Xavier-Coppolani.
Bien avant la création de Nouakchott et de son Lycée de Garçons, devenu par la suite Lycée National, les premières générations de hauts fonctionnaires, de cadres de l’administration et de gradés de l’armée nationale sont presque toutes passées par le Lycée de Rosso. Celui-ci constitue donc une véritable matrice de l’élite mauritanienne.
En 1969, j’ai effectué un court séjour à Nouakchott pour une consultation médicale au nouvel Hôpital national. J’étais accompagné de mon ami Ahmedou Ould Houthmane. Nous fûmes hébergés au Lycée de Garçons, qui ne portait pas encore le nom de Lycée National.
Selon plusieurs témoignages, les premiers élèves du secondaire de Nouakchott furent d’abord accueillis dans les locaux du Cours complémentaire des Jeunes Filles, aujourd’hui Lycée des Jeunes Filles, le temps que s’achèvent les bâtiments du Lycée de Garçons.
Cette appellation de « Lycée National » mérite d’ailleurs d’être interrogée aujourd’hui, alors que le pays compte désormais un grand nombre de lycées répartis sur l’ensemble du territoire. Ce nom avait une signification particulière à une époque où il s’agissait pratiquement du seul grand établissement secondaire de la capitale.

 

Intense agitation scolaire

Le Lycée National était situé entre les locaux de Radio Mauritanie et la première École normale des instituteurs. Il demeure un lieu important de notre mémoire collective.
Cette période fut également celle d’une intense agitation scolaire. Le mensuel L’Élève mauritanien titrait un jour : « Bâ Alassane, bas les mains devant le secondaire ! »
Le ministre de l’Éducation de l’époque, Bâ Alassane — à qui nous souhaitons une longue vie — avait promis au président Mokhtar Ould Daddah de résoudre la crise scolaire par le dialogue. C’est ainsi qu’il fut surnommé « Dialogue », ou El Hiwar en arabe. Excellent bilingue et polyglotte, il entreprit une tournée des établissements du pays afin d’apaiser les tensions.
À cette époque, le Lycée de Rosso était à l’avant-garde du mouvement. Il fut le seul établissement secondaire à refuser tout dialogue tant que les élèves précédemment exclus n’auraient pas été réintégrés.
Après consultation entre le ministre et le président Mokhtar Ould Daddah, alors de passage à Rosso, cette revendication fut immédiatement satisfaite. On peut même se demander si la présence du chef de l’État n’avait pas précisément pour objectif de soutenir son ministre dans cette mission délicate auprès de l’établissement le plus combatif du pays.
J’étais alors le seul élève exclu resté sur place auprès de mes camarades élèves afin de les encadrer. J’ai ainsi participé, de manière indirecte mais réelle, à la conduite de ce dialogue jusqu’à son aboutissement. Puis j’ai immédiatement repris ma place dans la classe avant.
Après avoir brillamment réussi le BEPC et accédé en seconde, j’ai rejoint Nouakchott et intégré l’ancien Lycée de Garçons, désormais baptisé Lycée National. Par la mise en place d’un Lycée National regroupant tous le secondaire du pays, les autorités espéraient casser et mieux contrôler la compatibilité du mouvement scolaire. Pour l’occasion, le Lycée de Rosso avait perdu sa section secondaire, transférée à Nouakchott, tandis que sa section collège demeurait sur place.
Avant ce départ, je me suis volontairement absenté pendant un mois afin d’organiser la relève militante parmi les élèves de Rosso. Parmi ceux qui poursuivirent cet engagement figuraient notamment l’actuel avocat Brahim Ould Ebety, son cousin feu Sidiya Ould Cheikh, le futur colonel de l’armée nationale qui fut plus tard garde du corps du président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Tous deux étaient également proches parents du président Mokhtar Ould Daddah.

 

Préserver les noms historiques

Ainsi, un Lycée de Rosso particulièrement combatif comptait de nombreux militants originaires de Boutilimit, la ville qui a vu la naissance du président Mokhtar. Une réalité que beaucoup de nos dirigeants actuels, souvent prisonniers de considérations essentiellement tribales de notre histoire, peinent encore à comprendre.
À mon arrivée au Lycée National, faute d’une classe composée principalement d’élèves mauritaniens, je fus affecté en seconde C2, où étaient regroupés de nombreux enfants de rapatriés français. Nous n’étions que cinq Mauritaniens sur près d’une quarantaine d’élèves, parmi lesquels les militantes Djilitt Mint Zeine et Eslemhoum Mint Abdelmalik. Tous le secondaire réuni comptait à peine une vingtaine de filles mauritaniennes.
Aujourd’hui, avec toute la modestie qui s’impose, je considère qu’il serait légitime que mon nom retrouve sa place dans la mémoire de cette épopée militante.
Plus largement, il conviendrait de préserver les noms historiques de nos établissements. Le Lycée National devrait conserver cette appellation, tandis que l’établissement ayant succédé au Lycée de Rosso pourrait retrouver un nom davantage lié à son histoire propre plutôt que d’effacer celle de son prédécesseur.
Il est préoccupant de constater que nos générations de dirigeants effacent progressivement les noms qui constituent les symboles de notre histoire nationale.
Les véritables repères immuables de notre mémoire collective sont le nom de notre pays, notre premier hymne national, notre premier drapeau et ses couleurs, ainsi que les noms de nos premiers établissements scolaires, bâtiments publics et grandes artères.
Altérer ces symboles, c’est peu à peu effacer le visage de notre pays et ensevelir une part essentielle de son histoire.

 

Des vues des premiers lycées de notre pays: Le Lycée de Rosso(encore Collège Coppolani)au tout début des années 50 et Le Lycée de Nouakchott dit Lycée national des années 1960/70