Dar El Barka : Une délégation présidentielle enquête sur un scandale foncier à 4 millions d’euros

13 July, 2026 - 10:50

La commune de Dar El Barka, située dans la moughataa de Boghé relevant de la Wilaya du Brakna, est actuellement le théâtre d'un conflit foncier de grande ampleur autour du projet agro-industriel « Oulad Mansour ».
L'affaire, désormais portée devant les tribunaux, s'envenime sur fond d'accusations de falsification de documents et de plaintes croisées entre les différentes parties.
Une transaction à 4 millions d'euros au cœur de la discorde.
Selon les informations disponibles, ce litige oppose les populations locales du village d'Oulad Mansour à l'homme d'affaires Moulaye Ould Bamba, originaire de Chinguetti.
Ce dernier aurait vendu le domaine contesté à un investisseur français pour un montant de quatre millions d'euros.
Cependant, la transaction a tourné au bras de fer : l'investisseur français et Ould Bamba ont déposé des plaintes réciproques auprès de la justice.
Par ailleurs, l'administration locale a refusé d'accorder les autorisations nécessaires à l'investisseur étranger pour le démarrage des travaux, le statut de la propriété foncière restant suspendu à une décision judiciaire.
Face à la gravité de la situation, la présidence de la République a dépêché une mission d'enquête de haut niveau pour faire la lumière sur cette affaire, dans une région historiquement marquée par des tensions foncières (à l'instar du conflit d'Ingerjan dans les années 1990, sous le mandat du wali El Hassen Ould Mouloud).
Cette commission interministérielle et sécuritaire est composée :
-       D'inspecteurs du ministère de l'Intérieur, de la Décentralisation et du Développement local ;
-       D'inspecteurs du ministère de la Justice ;
-       D'un commissaire régional de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) ;
-       D'un colonel, chef du deuxième bureau de la Gendarmerie nationale.
La mission a débuté ses investigations le mercredi 1er juillet par une visite de terrain sur le site du projet, en présence du hakem de Boghé, du chef du centre administratif de Dar El Barka, du maire de la commune et du commandant de la brigade de gendarmerie locale.
Du jeudi 2 au dimanche 5 juillet, la commission a mené des auditions intensives au Centre des producteurs ruraux de Boghé, réunissant les parties en conflit ainsi que les populations riveraines. Après un bref retour à Nouakchott pour un compte-rendu, les enquêteurs sont revenus à Boghé pour poursuivre leurs travaux.

Racines historiques et graves soupçons
Selon les témoignages des notables locaux, le village initial d'Oulad Mansour se situait historiquement près du fleuve, abritant des puits, un cimetière, une école et un bureau de vote éponyme.
À la suite des crues dévastatrices des années 1990, les habitants ont été réinstallés plus au nord, dans l'actuel village d'Er-Rabi', le long de l'axe routier Rosso-Boghé.
Les contestataires évoquent également un autre contentieux lié aux «Karoulat » (concessions foncières), datant du mandat de l'ancien maire de Dar El Barka, M. Tijani.
L'affaire prend également une tournure politique et administrative. De graves soupçons pèsent sur l'ancien wali de la Wilaya et l'ancien hakem de Boghé, tous deux admis à la retraite depuis 2025.
 Ils sont accusés par les populations d'avoir fait preuve d'une partialité flagrante en faveur de l'homme d'affaires, biaisant ainsi la gestion initiale du dossier.
Les habitants du Brakna placent désormais leurs espoirs dans les conclusions de cette enquête présidentielle.
Ils réclament une justice transparente et équitable, capable de protéger les droits des populations rurales les plus vulnérables, dont la subsistance dépend exclusivement de l'agriculture et de l'élevage.
 

Brahim Ould Ely Salem

CP Le Calame au Brakna