Dialogue : mercredi de tous les dangers ?

4 June, 2026 - 20:21

Après plusieurs mois de blocage, le dialogue politique pourrait enfin reprendre. Le coordinateur national, Moussa Fall, a convié les chefs des trois pôles politiques à une rencontre cruciale mercredi prochain à son bureau. L'objectif est de leur présenter de nouvelles propositions pour débloquer le processus. Pour rappel, les discussions butent sur les réformes constitutionnelles, en particulier le nombre et la durée des mandats présidentiels. Cette clause, introduite par la majorité présidentielle, suscite la controverse, alors même que celle-là s'en défend. Pour l'opposition, cette question constitue une ligne rouge non négociable.

Face à ce blocage flagrant, le président de la République a affirmé au coordinateur qu'il n'était pas intéressé par un troisième mandat. Cette déclaration n'a pas suffi à convaincre les deux pôles de l'opposition. Ces derniers refusent toujours d'inscrire cette question sur la feuille de route du dialogue. La tension est montée d'un cran lorsque le ministre de l'Intérieur a tenté une médiation. Peu apprécié par la majorité de l'opposition, il a rencontré plusieurs chefs de partis reconnus pour trouver un compromis. L'opposition a fermement rejeté cette démarche, rappelant que le chef de l'État est son unique interlocuteur. Par la suite, l'appel à la sagesse lancé par Jemil Mansour est lui aussi resté vain.

Conscient de l'importance que le Président accorde à la réussite de ce dialogue, le coordinateur national continue de chercher une issue. Cependant, l'attitude de la majorité interroge les observateurs et l'opposition. Comment celle-là peut-elle s'accrocher à un point de la feuille de route sans l'aval du gouvernement ou du Président ? Ce retard prolongé nuit gravement à la dynamique politique. Dans une interview accordée au journal Le Calame, le président des FPC, Samba Thiam, a déploré cette perte de temps qui « a porté un coup à la crédibilité du processus »…

Comment sortir de cette impasse ? Interrogé sur ces espoirs concernant la prochaine rencontre, l'analyste Nourdine Mouhamedou reste prudent et déclare « attendre de voir ». Tous les regards sont désormais tournés vers la réunion de mercredi prochain. Moussa Fall a-t-il trouvé la solution-miracle pour décrisper les relations entre les deux camps ? La majorité acceptera-t-elle enfin de faire bouger ses lignes ? En tout état de cause, l’opinion publique attend des réponses claires et ne veut plus être prise pour le dindon de la farce.

 

Dalay Lam

 

 

 

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Encadré

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Que font nos media pour renforcer l'unité nationale et la cohésion sociale ?

En Mauritanie, les discours sur la consolidation de l’unité nationale et de la cohésion sociale tournent en boucle depuis des années. Ces thématiques figurent d'ailleurs en bonne place dans la feuille de route du dialogue politique en préparation. Ce constat traduit un malaise profond dans le vivre-ensemble, gangrené par le « passif humanitaire », la question de l’officialisation des langues nationales et les défaillances du système éducatif que les autorités tentent de réformer depuis plus de trois ans à travers le projet d’École républicaine. Bien que les acteurs politiques et les militants des droits de l’Homme s'en saisissent constamment, aucune solution idoine n'a encore été trouvée.

Parmi les leviers de changement, les media publics et privés devraient jouer un rôle de pont entre des communautés qui ne partagent pas la même langue. Pourtant, la traduction, lors des réunions et meetings politiques, reste un problème majeur. Il n’est pas rare de voir des pans entiers de responsables politiques, de militants et de sympathisants quitter les lieux dès la fin des discours en arabe. Certains élus se désintéressent des traductions, voire les refusent, ce qui génère de vives frustrations. Force est de constater que la diversité culturelle est loin d’être valorisée, malgré les effets de manche.

Au sein des media publics (Radio-Mauritanie, TVM), la part réservée aux langues nationales (pulaar, soninké et wolof) demeure dérisoire. À l’époque, la HAPA (Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel), alors dirigée par l’actuel ministre de la Culture, avait invité ces media à refondre leur grille de programmes pour refléter la diversité culturelle du pays. Malheureusement, la situation a peu évolué, malgré la prolifération des chaînes publiques et privées. L’octroi des licences de diffusion est jugé sélectif par certaines communautés qui se sentent marginalisées. Certes, on peut saluer les efforts des autorités pour rapprocher les media des citoyens, via l'ouverture de stations régionales et départementales. Toutefois, une partie importante de la population ne s'y reconnaît pas et se tourne vers les chaînes étrangères, notamment celles des pays voisins.

Récemment, Radio-Mauritanie a inauguré une station à Boghé, mais les citoyens de la zone s'interrogent encore sur son apport réel en termes de développement et de connaissance de leur propre pays. La TVM a un rôle immense à jouer, mais elle accuse un retard considérable. Ses programmes accordent une place congrue aux langues nationales, mais ses images ne valorisent que très peu la diversité culturelle. En conséquence, son audimat s'effondre : les téléspectateurs mauritaniens préfèrent les chaînes arabes du Golfe ou les media occidentaux.

De plus, les grands événements nationaux – comme les festivités de l’Indépendance, les festivals culturels ou les allocutions du président de la République et du Premier ministre – ne bénéficient d’aucune traduction. Une large frange de citoyens se retrouve ainsi exclue de ces messages-clés. Par ailleurs, ces chaînes publiques n’accordent qu'un espace minime à l’opposition, alors qu’elles ont le devoir de garantir un accès universel à l’information, de couvrir tout le territoire et de refléter fidèlement la ligne officielle d’unité nationale. Pour élargir leur audience, les radios et télévisions misent aujourd’hui sur les réseaux sociaux, plutôt que de diversifier leurs langues de diffusion (pulaar, soninké, wolof) pour inclure tous les citoyens.

Les media publics et privés devraient prioritairement produire des documentaires historiques mettant en avant notre histoire partagée et le vivre-ensemble mauritanien. Ils doivent offrir une visibilité équitable à toutes les communautés et s'engager activement contre les discours de haine, un fléau que la « loi sur les symboles » n’a pas réussi à endiguer. Récemment sur une télévision privée, un journaliste appelait les media à soutenir les efforts du chef de l’État et du gouvernement dans la lutte pour l'unité nationale, la cohésion sociale et contre la corruption. Mais une telle dynamique ne peut porter ses fruits si elle ne s'exprime que dans une seule langue, laissant les autres composantes de la nation sur le carreau.

Une évaluation sérieuse de l’impact des stations régionales sur le quotidien et le vivre-ensemble des populations est devenue indispensable. La HAPA doit pleinement assumer son rôle de régulateur, en rappelant à chacun ses obligations constitutionnelles. Enfin, l’octroi des licences et la mise en place de mécanismes de financement pour les media indépendants doivent désormais obéir à des critères stricts d’équité et d’inclusivité.

DL