
Le Calame : Après plusieurs mois de blocage, le coordinateur du dialogue national vient de convoquer les responsables des pôles politiques. Quelles sont vos attentes concrètes pour cette réunion de la dernière chance ?
Nouredine Mohamedou : Il s'agit d'une invitation adressée aux présidents respectifs des trois pôles dialoguistes pour se réunir avec le coordinateur du dialogue mercredi prochain (3 Juin NDLR). Le cadre de cette réunion semble informel. Toutefois, nous nous attendons qu'il y ait tentative de débloquer le processus du dialogue en essayant de trouver une issue au blocage provoqué délibérément par certaines parties de l'alliance du pouvoir, par leur volonté d'incruster la question vague des mandats dans le projet de feuille de route dudit dialogue. Chose que l'opposition a déjà refusé formellement et officiellement à maintes reprises.
-Les discussions avaient achoppé sur la question de la limitation des mandats présidentiels, un sujet poussé par certains partis de la majorité. Cette question constitue-t-elle toujours une ligne rouge indépassable pour l’opposition ?
- Oui. La question de limitation des mandats présidentiels, entre autres, est considérée comme acquis démocratique, aussi récent qu'important, par l'opposition dialoguiste, et de ce fait elle devra être strictement évitée pour ce dialogue.
-Si la majorité persiste à vouloir inscrire les réformes constitutionnelles à l’ordre du jour, quel avenir prévoyez-vous pour l'ensemble du processus politique ? Le boycott est-il sur la table ?
-L'opposition dialoguiste n'est pas contre toute réforme constitutionnelle pour ce projet de dialogue. Néanmoins, elle avait identifié quelques lignes rouges, à ne pas dépasser, dont la durée et le nombre des mandats présidentiels, mais aussi l'intervalle des âges pouvant accéder à la magistrature suprême du pays. Si le pouvoir ou sa "majorité" continue de s'entêter sur le vouloir de tripoter ces questions, nous considérerions en ce moment qu'il ne veut plus dialoguer avec nous. En tel cas, toute option démocratique manifestant notre désaccord sera plausible, dont le boycott.
-L’opposition a réussi son pari en mobilisant massivement contre la vie chère et le recul des libertés. Comment « Mauritanie en Avant » entend-il capitaliser sur ce mécontentement populaire pour faire bouger les lignes ?
- Le parti "Mauritanie en avant", entend continuer sa protestation grandissante contre l'effacement des classes moyennes, la destruction massive du pouvoir d'achat des mauritaniens, par la dilapidation de ses budgets, par les nominations clientélistes, le déboussollement décisionnel du pouvoir en place et de son gouvernement. Ainsi, notre parti accompagne cet élan populaire très légitime en étroite collaboration avec ses alliés du pôle l'opposition démocratique.
-Les prix du gaz butane et du gasoil asphyxient les ménages. Pensez-vous que l'entrée en production des futures ressources gazières du pays permettra enfin de faire baisser durablement le coût de l'énergie pour les Mauritaniens ?
-Non, tant qu'il n'y ait pas de changement profond des mécanismes de gouvernance, il n'y aura aucun impact positivement significatif sur les indicateurs de vie des mauritaniens, quels que soient l'envergure des ressources naturelles et le rythme de leur exploitation. Au contraire, un risque d'appauvrissement supplémentaire est à craindre, par la multiplication des malversations et de corruption dans tous les départements "gabegistes" de l'Etat.
-Le renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale figure parmi les thèmes clés du dialogue. Que recouvrent exactement ces concepts pour votre parti, et quelles solutions concrètes préconisez-vous ?
-Le thème de l'Unité Nationale et la cohésion entre les différentes cultures de notre pays constitue le second pilier fondamental, après la réforme judiciaire, sur laquelle repose la politique générale de notre parti, depuis sa création en mai 2017. Le même thème occupe une position majeure dans la plateforme proposée par notre pôle de l'opposition pour le dialogue. Nous y proposons des pansements salvateurs pour nos problèmes, parfois très douloureux et récurrents, de l'unité nationale. Parmi lesquels des réparations définitives, mais aussi des réformes historiquement drastiques pour donner à chacune de nos composantes culturelles la place qu'il lui revient dans son pays: linguistiquement, éducativement, économiquement, socialement, etc. En effet, pour la pérennisation d'une cohésion nationale et d'un vivre-ensemble permanent et joyeux dans ce pays, le Parti "Mauritanie en avant" préconise de linéariser courageusement tous les aspects de la justice égalitaire et originelle dans, absolument, toutes les structures de l'Etat, à commencer par l'appareil judiciaire lui-même, puis l'éducation nationale et l'administration publique.
-L’arrestation de deux députés de l’IRA a relancé avec vigueur le débat sur la question et l’identité haratine. Quelle lecture faites-vous de l'intensité de ce débat sur les réseaux sociaux, et comment apaiser ces tensions récurrentes ?
-Effectivement, deux députés du parti Sawab ont été malheureusement arrêtées récemment, en plus de certains activistes de réseaux sociaux et d'associations droit-de l'hommiste. Sans vouloir commenter les décisions de la justice, nous réclamons que celle-ci soit établie définitivement et uniformément à l'égard de tous, sans exception aucune. Car nous considérons que dans un vrai Etat de droit, tous les individus doivent demeurer justiciables, quels que soient leurs statuts et leurs causes; Par ailleurs, je pense que la multiplicité des causes et des questions d'ordre culturel, ethnique, discriminatoire ou protestataire, ... est une conséquence directe de l'arbitraire, et de la mauvaise gouvernance, induisant le sentiment d'amertume de part et d'autre, poussant inéluctablement aux excès et au radicalisme violent, verbal et physique. Seule la justice vécue et témoignée réellement par tous peut endiguer ces formes de travestissement du tissu social national.
Propos recueillis par Dalay Lam




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