
J’ai visité le Cap Blanc à Nouadhibou il y a quelques jours, là où s’achèvent les frontières géographiques du pays et où commencent des interrogations troublantes. Le paysage y apparaît triste, malgré sa beauté naturelle, et peu conforme à ce que l’on pourrait attendre, dans la mesure où près de la moitié de la petite presqu’île de Nouadhibou échappe au contrôle national. Cette minuscule virgule de terre enfoncée dans la mer est trop exiguë pour être partagée entre deux Etats. Une situation, pour le moins inconfortable, qui enferme notre capitale économique dans un espace restreint et place nos installations minières — poumon de l’économie nationale — à un jet de pierre d’un espace ne relevant pas directement de notre autorité.
Je pense que cette question, qui touche à la souveraineté nationale, devrait figurer parmi les priorités de nos autorités dans le cadre du règlement du dossier du Sahara occidental, et que notre « neutralité positive » ne saurait signifier une posture de simple spectateur, sans implication ni intérêt.
Sous un angle plus large, une autre question politique mérite d’être posée : Pourquoi aucun des nombreux partis d’opposition mauritaniens, à ma connaissance, ne revendique — ne serait-ce que symboliquement — le rattachement du Sahara occidental à la Mauritanie, ou au moins, la réintégration de la région du Rio de Oro, comme c’était le cas avec une large reconnaissance, y compris celle du Royaume du Maroc, à la suite des Accords de Madrid de 1975, avant que le gouvernement militaire issu du coup d’État de 1978 n’y renonce sans contrepartie ?
Notre Constitution interdit-t- elle une telle revendication ? Son coût politique est-il trop élevé ? Ou bien cela ne constitue tout simplement pas un enjeu électoral significatif ?
Pourtant, certains partis marocains et non des moindres, continuent d’exprimer, de temps à autre, des revendications en faveur de l’intégration de la Mauritanie au Royaume du Maroc dans le cadre de ce qu’ils appellent le « Grand Maroc ». Bien que cette position ne reflète pas la ligne officielle du Royaume, qui reconnaît la Mauritanie depuis 1969, le sujet demeure toutefois présent dans les discours politiques et médiatiques.
Personnellement, je ne verrais aucun inconvénient à une telle forme d’intégration, de fusion ou d’union , quelle que soit l’appellation, souvent perçue comme taboue. Qu’il s’agisse d’une intégration de la Mauritanie au Maroc ou l’inverse, sous une nouvelle dénomination et une architecture institutionnelle adaptée et consensuelle, le résultat sera potentiellement formidable : l’émergence d’une puissance régionale, ouverte sur deux façades maritimes — l’Atlantique (3 700 km) et la Méditerranée (500 km) — s’étendant jusqu’au fleuve Sénégal sur une vallée d'eau douce longue de 600 km, à la jonction de l’Afrique au sud et de l’Europe au nord de cet empire potentiel disposant de tous les atouts pour la croissance, le développement et la prospérité. Qui ne rêverait pas d’appartenir à un tel espace, et pourquoi ?
Dahane Taleb Ethmane




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