
Dans un contexte marqué par des ressources limitées et des besoins urgents en compétences opérationnelles, les nouvelles orientations de l’enseignement supérieur suscitent de plus en plus d’interrogations. En privilégiant une approche fortement axée sur la recherche scientifique théorique, ces réformes semblent s’éloigner des réalités économiques et sociales d’un pays où l’employabilité des jeunes demeure un défi majeur.
Au cœur du débat figure la création de cycles de doctorat au sein d’instituts et d’écoles d’enseignement supérieur. Ces établissements ont pourtant, depuis leur création, une mission bien définie : former des cadres directement opérationnels, capables de répondre efficacement aux besoins immédiats du marché du travail. L’introduction de formations doctorales dans ces structures apparaît ainsi comme un glissement stratégique dont les conséquences restent incertaines.
Traditionnellement, la formation doctorale relève de l’université, qui dispose des conditions nécessaires à la production scientifique : un encadrement académique solide, des ressources documentaires adaptées et une diversité disciplinaire essentielle. A l’inverse, les instituts et écoles d’enseignement supérieur sont conçus pour offrir des formations à forte dimension pratique, reposant sur des ateliers, des stages et l’intervention de professionnels expérimentés issus du terrain.
Cette évolution pose dès lors une question fondamentale : faut-il transformer des établissements à vocation professionnelle en centres de recherche théorique, au risque de compromettre leur efficacité dans la formation de compétences directement mobilisables ?
Au-delà de cette controverse, une problématique plus large s’impose : comment repenser l’enseignement supérieur face aux mutations technologiques, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies ? L’enjeu dépasse désormais la simple production de diplômés. Il s’agit de former des profils capables de s’adapter, d’innover et de répondre à des problématiques concrètes.
Cela implique une transformation profonde des approches pédagogiques, fondée sur une meilleure articulation entre théorie et pratique, l’intégration des outils numériques et de l’intelligence artificielle, le renforcement des partenariats avec les entreprises, ainsi que la valorisation des compétences techniques et professionnelles.
Plutôt que d’opposer formation théorique et formation pratique, nous plaidons pour un modèle complémentaire : à l’université reviendraient les missions de recherche, d’innovation et de formation doctorale, tandis que les instituts et écoles se concentreraient sur l’apprentissage, l’expérimentation et l’insertion rapide dans l’emploi.
Dans un contexte de ressources limitées, l’efficacité du système d’enseignement supérieur repose avant tout sur une spécialisation claire des établissements et une allocation stratégique des moyens disponibles.
Les orientations actuelles ouvrent ainsi un débat essentiel sur l’avenir de la formation et de la recherche. Entre ambition académique et contraintes économiques, l’équilibre reste à trouver. Car au-delà des choix institutionnels, une question centrale demeure : comment former, aujourd’hui, des compétences utiles, durables et adaptées à un monde en mutation rapide ?
La réponse à cette question déterminera, sans doute, la capacité du système d’enseignement à accompagner le développement économique et social dans les années à venir.
Salem Abeidna




.gif)








.gif)