
Née d’un constat lucide sur soixante-six ans d’indépendance, une nouvelle mouvance pour l’égalité citoyenne propose un pacte national fondé sur la justice, la dignité et l’égalité des chances. Retour sur les idéaux et objectifs d’un mouvement qui se veut fédérateur, avec un éclairage sur la cause haratine, symptôme et test de la réconciliation mauritanienne.
Un diagnostic sans complaisance
« L’esprit de l’État reste encore latent chez nous, enfoui sous le sable. » C’est par cette formule forte que s’ouvre la Charte pour l’égalité citoyenne, texte fondateur d’un mouvement qui refuse de se laisser enfermer dans les clivages ethniques, tribaux ou régionaux. Portée par des intellectuels, des acteurs de la société civile et des citoyens de toutes les composantes, cette mouvance affirme une vérité tue : la Mauritanie souffre d’une grave déviation structurelle. La corruption, la mauvaise gouvernance, la persistance d’une hiérarchie sociale héritée du Moyen Âge et l’absence de justice ont transformé l’État en instrument de privilèges au service d’un cercle étroit, au détriment de la grande majorité.
Pourtant, les rédacteurs de la charte refusent le misérabilisme ou la surenchère identitaire. Leur pari est celui du « vivre-ensemble » sur la base d’un contrat social renouvelé, où la citoyenneté – et non l’appartenance à une tribu, une ethnie ou une caste – devient le seul titre de légitimité.
Les trois piliers des idéaux : Justice, Égalité, Citoyenneté
La philosophie de la mouvance repose sur trois piliers indissociables :
1. La justice sociale avant tout : elle ne se limite pas à l’égalité formelle devant la loi, mais exige une redistribution équitable des richesses nationales (mines, gaz, terres, ressources halieutiques). L’économie rentière et clientéliste doit céder la place à une économie productive créatrice d’emplois décents pour la jeunesse.
2. L’égalité réelle : elle implique de reconnaître et de corriger les injustices historiques. La mouvance appelle à des mesures temporaires de discrimination positive pour les catégories longtemps exclues, sans jamais tomber dans la logique victimaire ou le repli communautariste.
3. La citoyenneté fédératrice : refusant toute instrumentalisation politique des différences, la mouvance promeut une identité nationale ouverte, assumant la triple appartenance du pays – arabe, africaine et islamique – comme une richesse, non comme un champ de bataille.
Focus : Les droits des Haratines, révélateur de la crise et clé de la réconciliation
Parmi les blessures historiques les plus profondes figure la condition des Haratines, ces populations affranchies de toutes formes d’esclavage mais toujours victimes d’une marginalisation systémique. Le mouvement ne se présente pas comme un porte-parole exclusif des Haratines, mais il affirme haut et fort que leur sort concerne tous les Mauritaniens.
Sur le plan politique : l’exclusion des Haratines des instances de décision, des postes à responsabilité et des avant-postes diplomatiques est criante. La mouvance exige une révision des mécanismes de nomination, un quota temporaire dans les institutions représentatives (Parlement, gouvernement, administrations) et la fin des pratiques tribales de cooptation.
Sur le plan économique : les Haratines concentrent les poches d’extrême pauvreté, les insalubres et le chômage endémique. La mouvance propose des programmes spécifiques : accès prioritaire à la propriété foncière, aides à la création d’entreprises, formation professionnelle et filets sociaux. Mais elle insiste : ces mesures n’auront de sens que dans le cadre d’une politique nationale de développement équilibré bénéficiant à tous les déshérités.
Sur le plan social et culturel : l’héritage de l’esclavage se lit encore dans les mariages, les quartiers, les écoles. La mouvance milite pour une réforme curriculaire qui enseigne honnêtement l’histoire de l’esclavage en Mauritanie, pour des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes de castes, et pour des espaces de mixité (logements sociaux, écoles, loisirs) qui brisent les ségrégations héritées.
Un appel à tous les Mauritaniens, sans exclusive
La force de la mouvance est de refuser toute instrumentalisation politicienne. Il ne s’adresse ni aux Haratines seulement, ni aux Arabes, ni aux communautés négro-africaine (Pulaar, Soninké, Wolof), mais à l’ensemble des citoyens qui refusent que la Mauritanie continue de s’enfoncer dans la médiocrité et les tensions. Comme le dit la charte : « Les nations ne récoltent que ce qu’elles sèment, et on n’attend pas du semis d’épines la récolte de fleurs. »
À l’heure où la région est secouée par les coups d’État, l’extrémisme et les conflits identitaires, la Mauritanie a une fenêtre de tir historique. Le mouvement Egalité Citoyenne appelle à une mobilisation pacifique, patiente et déterminée. Son pari : qu’une société unie dans la justice est la seule digue contre l’effondrement.
« L’avenir ne s’attend pas, il se construit. » En posant les jalons d’un État de droit, d’une école émancipatrice et d’une réconciliation assumée avec son passé, cette mouvance offre un horizon d’espoir à une jeunesse mauritanienne qui n’a connu que l’injustice. Le chemin est long, mais la boussole est claire : la dignité de chaque citoyen fait la force de la patrie.
Seyid Mohamed Beibakar
Colonel à la retraite




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