
Le statut des femmes mauritaniennes a connu de profondes transformations au cours des deux dernières décennies, aux niveaux juridique, social et institutionnel, grâce à un processus de réforme graduel mené par le président de le République, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, depuis son accession au pouvoir en 2019. Ce processus, qu'on pourrait qualifier de « révolution silencieuse », a redéfini le rôle des femmes au sein de la famille et de la société, les faisant progressivement passer d'une position de subordination à une pleine participation à la construction de l'État et à la gestion de ses affaires.
Cette transformation ne s'est pas limitée à des slogans ou à des tendances politiques passagères, mais s'est concrétisée par une série de réformes législatives et institutionnelles touchant divers aspects de la vie des femmes et de la famille à la protection juridique et à la représentation politique, aboutissant à leur entrée dans des domaines professionnels longtemps réservés aux hommes. Bien que ces réformes aient permis des avancées significatives, le processus se poursuit afin de suivre l'évolution de la société et de consolider une véritable égalité.
L'année 2023 a marqué un tournant décisif dans la réforme avec l'adoption du nouveau Code de la famille. Ce code a constitué une rupture nette avec plusieurs pratiques juridiques traditionnelles qui régissaient les relations familiales, instaurant une vision plus équilibrée de la famille, fondée sur le partage des responsabilités entre époux, plutôt que sur la domination de l'un sur l'autre. Parmi les innovations les plus importantes introduites par ledit code, figure l'instauration du principe d'égalité dans la gestion des affaires qui est passée sous la responsabilité conjointe des deux époux, et non plus soumise à l'autorité exclusive du mari, comme c'était le cas auparavant.
Le texte a également introduit d'importantes réformes concernant le divorce, le contraignant à un contrôle judiciaire, afin de réduire les séparations arbitraires et instituant la procédure pour « incompatibilité d'humeur » comme mécanisme légal de résolution des conflits familiaux dans un cadre protégeant les droits des deux parties. Les réformes ont également porté l'âge légal du mariage pour les filles à 18 ans, une mesure visant à freiner les mariages précoces et à renforcer la protection des mineurs. Les femmes se sont également vu accorder le droit de décider elles-mêmes de leur mariage, une évolution juridique majeure qui a rétabli le respect de leur indépendance et de leur droit à disposer de leur corps.
Ces amendements ne se limitaient pas à des modifications techniques des textes de loi ; ils représentaient un changement profond dans la philosophie du Droit de la famille, visant à instaurer un nouvel équilibre fondé sur le partenariat et la responsabilité mutuelle. L'adoption de la Constitution de 1991 a marqué une étape majeure dans la promotion des droits des citoyennes, en stipule que les hommes et les femmes jouissent de droits et libertés civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux égaux.
La Constitution a également consacré le principe de parité entre les sexes comme un objectif que l'État s'efforce d'atteindre. Cela a constitué un changement qualitatif dans le cadre constitutionnel régissant les droits des femmes, transformant le principe d'égalité d'une simple orientation politique ou sociale en un principe constitutionnel guidant les politiques publiques et la législation future. Ce nouveau cadre ouvert la voie à une série de politiques et de programmes visant à renforcer la participation des femmes à la vie publique, que ce soit dans les sphères politique, économique ou sociale.
Lutte contre les violences faites aux femmes
Dans le cadre du renforcement de la protection des femmes, notre pays a adopté plusieurs lois relatives à la lutte contre les violences faites à celles-là. Ce texte législatif a été considéré comme une avancée importante dans la lutte contre les différentes formes de violences sexistes. Pour la première fois, il a criminalisé toute une série d'actes non clairement définis par la législation précédente, notamment le harcèlement sexuel, le mariage forcé et le détournement de biens matrimoniaux. Il a également prévu des sanctions décourageantes pour les auteurs de ces actes, afin de renforcer la dissuasion juridique et de protéger les femmes contre diverses formes de violence.
Cette loi ne se limitait pas aux seules mesures punitives ; elle prévoyait également des dispositifs pratiques de soutien aux victimes. Ces dispositifs incluaient la mise en place de structures d'accueil et d'orientation au sein des tribunaux, des hôpitaux et des centres de sécurité, ainsi que la fondation d'unités spécialisées pour traiter ces cas et apporter un soutien juridique et psychologique aux victimes. Malgré les débats entourant l'adoption de cette loi autour de certains de ses aspects pratiques, elle a représenté une avancée significative vers la reconnaissance institutionnelle du phénomène de la violence à l'égard des femmes et sa prise en charge par des mécanismes juridiques clairs.
Parallèlement aux réformes juridiques, ces dernières années ont été marquées par une évolution remarquable de la présence des femmes dans plusieurs professions traditionnellement réservées aux hommes. L'une des évolutions les plus marquantes a été la décision de 2018 d'autoriser les femmes à exercer les professions relatives à l’adl (notaire et juge) qui consiste à rédiger des contrats et qui fut historiquement associée à une jurisprudence dominée par les hommes pendant des siècles. Cette décision a confirmé l'ouverture des domaines juridique et religieux à la participation des femmes dans des institutions qui leur étaient auparavant fermées.
Le domaine religieux a également connu un développement significatif avec la mise en place de programmes de formation de guides religieuses féminines au sein d'institutions spécialisées. Ces institutions visent à impliquer les femmes dans la construction du paysage religieux de la société et à contribuer à la diffusion d'un discours religieux modéré.
Dans les secteurs de la sécurité et de la défense, la présence des femmes s'est renforcée au sein de diverses agences. Elles sont désormais présentes dans les rangs des Forces armées et de la Sûreté nationale à différents grades et pour différentes responsabilités, reflétant les transformations qui s'opèrent dans la société mauritanienne quant à la répartition des rôles professionnels.
Présence croissante aux postes de décision
La participation des femmes à la vie politique a également connu des progrès remarquables ces dernières années, notamment suite à l'adoption du système de quotas féminins. Ce système vise à garantir un niveau minimal de représentation féminine au Parlement et dans les conseils locaux. Il a contribué à accroître le nombre de femmes élues et a ouvert la voie à l'émergence de nouvelles figures féminines sur la scène politique mauritanienne.
Sur le plan économique et social, la question des femmes issues des communautés tribales a été l'un des domaines les plus marquants ayant connu des réformes significatives. Après des années d'exclusion, le droit des femmes de ces communautés à bénéficier de terres communales au même titre que les hommes a été reconnu. Cette réforme a permis à des milliers de femmes de faire valoir leurs droits sur ces terres, que ce soit par la culture, par une compensation liée aux transferts de terrains ou par l'investissement.
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, la question des droits des femmes a continue de faire l'objet d'une réforme dynamique. Face à l'évolution rapide de la société, plusieurs défis ont émergé concernant la mise en œuvre de certaines dispositions du Code de la famille, justifiant une révision. Le président de la République a appelé à plusieurs reprises à celle du Code de la famille afin de l'adapter à l'évolution de la société mauritanienne tout en préservant l'équilibre et la stabilité des ménages. Les discussions en cours portent sur plusieurs questions sensibles, notamment le partage des biens acquis pendant le mariage, la tutelle légale sur les enfants et le mariage de ceux-ci. Ces questions figurent parmi les principaux défis que devront relever les réformes en cours.
Cheikh Ahmed ould Mohamed
Ingénieur
Chef du service Études, aménagement et développement
Établissement portuaire de la Baie du Repos (Nouadhibou)




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