
Le Calame : La réunion préliminaire entre les pôles politiques et le coordinateur national du dialogue a été interrompue, puis reportée quelque temps plus tard. D’abord, sur quoi devait porter cette première rencontre entre les différents pôles et le coordinateur ? Puis, à qui imputer la responsabilité de ces péripéties ?
Abdessalam Horma : L’objectif de cette réunion était de se mettre d’accord sur le cadre général et le programme dans lequel le dialogue allait se dérouler et, surtout, d’établir un ordre du jour définissant les thèmes et les points à discuter. En effet, toute concertation nécessite de déterminer clairement les sujets à aborder, d’autant plus que le coordinateur des discussions a tenté de produire un document de synthèse des propositions, ce qui demeure, malgré son importance, insuffisant dans le cadre d’un dialogue national attendu depuis des années par des parties entre lesquelles régnait, auparavant, un climat de rupture. Quant à la responsabilité de la suspension des séances, nous ne l’attribuons à aucune formation en particulier, mais plutôt à l’absence de consensus sur les sujets à inclure, pour certains, et ceux à écarter, pour d’autres.
- Beaucoup de Mauritaniens espéraient connaître enfin la date du démarrage de l’évènement en gestation depuis plus d’une année. Les divergences apparues lors de cette première rencontre ne font-elles pas craindre l’échec de ce dialogue et donc renforcer le camp des sceptiques et des faucons du pouvoir hostiles à tout changement ?
-Je ne pense pas que le pessimisme doit aller aussi loin. Il existe certes des obstacles, mais il est possible de les surmonter. Nous, dans l’opposition, nous l’espérons, car nous avons adhéré à ce projet, en le considérant comme une voie appropriée pour notre pays, afin d’apaiser certaines tensions et de discuter de dossiers en suspens qu’aucune partie ne peut résoudre seule. Les laisser sans solution nous ferait tous payer le prix en termes d’unité, de stabilité, de développement du pays et d’évolution de son expérience démocratique.
- La question du troisième mandat que l’opposition considère comme une ligne rouge, alimente les débats depuis que certains responsables de la majorité ont mis les pieds dans le plat. Pensez-vous que l’opposition restera unie face à la volonté de la majorité présidentielle et quelles peuvent être les implications d’une telle éventualité ?
- Je pense que l’opposition, dans toutes ses composantes, est unie sur les questions essentielles, et elle l’a clairement exprimé. Ce qu’elle cherche aujourd’hui, c’est que tous, y compris la large frange qui boycotte, participent à ce dialogue, dès lors qu’ils seront assurés qu’il ne vise aucun des objectifs implicites que l’opposition redoute habituellement, notamment une quelconque atteinte au système politique pluraliste et à ses principes liés à l’alternance pacifique au pouvoir.
- Depuis quelques jours, le gouvernement a pris des mesures visant à endiguer les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Vous avez, à ce titre, rencontré le président de la République. Comment appréciez-vous ces mesures, particulièrement celles relatives à l’augmentation des prix des produits de grande consommation ?
- Les mesures adoptées jusqu’à présent par les autorités nous semblent insuffisantes, en particulier en ce qui concerne le soutien au pouvoir d’achat des citoyens, à un moment où les prix du gasoil ont fortement augmenté et ceux du gaz de cuisson ont doublé. Nous craignons de faire face à une crise d’approvisionnement qui menacerait le marché et aggraverait les conditions de vie des citoyens. Nous espérons que le gouvernement prendra conscience de ce danger et agira en conséquence, loin des slogans, des promesses et des chiffres qui ne reflètent pas la réalité.
- Pour avoir appelé les Mauritaniens à manifester afin de faire reculer le gouvernement, un président d’un parti politique a été convoqué à la direction de la Sûreté. Un commentaire ?
- Nous rejetons totalement cette mesure et exprimons notre solidarité avec notre collègue. Nous la considérons comme un recul des libertés publiques et du droit de manifester garanti par la Constitution. Tout parti politique a le droit d’appeler ses partisans à se rassembler et à manifester, à condition d’en informer les autorités, afin qu’elles prennent les dispositions nécessaires. Toute autre attitude constitue une atteinte aux libertés et à la loi sur le pluralisme.
Propos recueillis par Dalay Lam




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