La guerre en cours au Proche-Orient, consécutive à l’agression israélo-américaine contre l’Iran et dans le prolongement du génocide toujours en cours à Gaza, invite à une réflexion approfondie sur les dynamiques du système international contemporain. Ces dynamiques révèlent les tensions persistantes entre les principes normatifs proclamés – notamment en matière de droits humains – et leur mise en œuvre effective.
Double standard et perte de crédibilité
L’attitude des puissances occidentales illustre un « double standard » permanent. Les violations supposées des droits humains sont dénoncées avec vigueur lorsqu’elles concernent certains pays, et certains intérêts, mais minimisées ou justifiées lorsqu’elles sont commises par des alliés stratégiques. Ce décalage entre discours et action mine la crédibilité des institutions internationales et nourrit une défiance croissante.
Les grands médias occidentaux jouent un rôle central dans cette construction des représentations. Leur empressement à relayer à chaque fois les versions israéliennes contribue à façonner des perceptions collectives qui influencent directement les décisions politiques. L’exemple de l’hôpital de Chifa au tout début de l’agression israélienne sur Gaza est révélateur : la présence supposée de militants du Hamas dans ses sous-sols fut utilisée pour légitimer une attaque meurtrière, ouvrant la voie à une campagne militaire répressive d’une ampleur dévastatrice sans précédent.
Une continuité historique des interventions
Les tensions actuelles avec l’Iran s’inscrivent dans la continuité des politiques d’intervention menées par les États-Unis depuis la seconde moitié du XXe siècle. Du Vietnam à l’Irak en passant par l’Afghanistan, ces guerres ont illustré une stratégie constante de projection de puissance et d’hégémonie.
La présidence Trump marque une rupture dans la forme, sinon dans le fond : ses prédécesseurs avaient mené des politiques similaires avec davantage de cynisme et de calcul stratégique, tandis que lui a ajouté une dimension d’improvisation et d’individualisme inquiétante pour une puissance mondiale censée incarner stabilité et rationalité.
Fragmentation des équilibres mondiaux
La montée du populisme et la personnalisation du pouvoir dans plusieurs démocraties accentuent l’instabilité. Dans ce contexte, l’ascension rapide de la Chine et la résilience de puissances régionales comme la Russie, l’Iran ou la Turquie contribuent à recomposer les équilibres mondiaux.
L’OTAN, autrefois soudée face au bloc soviétique, est désormais traversée par de profondes dissensions. L’élargissement vers l’Est, perçu comme une provocation par Moscou, a conduit à la guerre en Ukraine sans pour autant renforcer l’unité de l’Alliance. L’Europe, fragilisée par ses crises internes et dépendante des choix américains, peine à s’affirmer sur la scène internationale.

Nouvelles colonies et domination économique
Le Golfe illustre la permanence de la domination américaine : autant de pays, autant de bases militaires, autant de consortiums énergétiques. À l’époque, la manipulation américaine de Saddam Hussein dans son aventure au Koweït a conduit à cet état des choses. Depuis lors, les monarchies locales, conscientes de leur vulnérabilité, tolèrent cette occupation de fait. Les sanctions économiques imposées par Washington à divers pays – de Cuba au Venezuela – montrent que l’affaiblissement par l’asphyxie économique reste un instrument privilégié de contrôle. Cependant ses effets négatifs ne dépassent jamais les populations. Les gouvernements visés en sortent souvent indemnes.
Enjeux civilisationnels
Au-delà des conflits géopolitiques, le véritable enjeu est moral et civilisationnel. Si les principes de justice, de cohérence et de dignité humaine continuent d’être appliqués de manière sélective, ce n’est pas seulement l’ordre mondial qui vacille, mais l’idée même d’une humanité régie par le droit et la raison.
Le danger actuel dépasse la sphère militaire : il menace la possibilité d’un socle commun de valeurs universelles. La crise de légitimité du système international traduit une fragmentation profonde des normes et une redéfinition forcée des rapports de puissance.
A S Elmoctar-Cheddad




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