
Le Calame : Votre parti a récemment obtenu son récépissé des services du ministère de l’Intérieur. C’est un gros ouf de soulagement, compte-tenu de la nouvelle loi sur les partis politiques ?
Yacoub Lemarabott : Effectivement. L’obtention de notre récépissé constitue sans nul doute une étape importante et une source de grande satisfaction, notamment au regard des sacrifices qu’il comporte, à la lumière de la nouvelle loi régissant les partis politiques, des conditions et procédures de celle-ci susceptibles d’être complexes. Toutefois, cette satisfaction ne signifie pas que nous nous contentons seulement d’être autorisé. Bien au contraire, elle nous met devant une responsabilité plus grande : celle d’être dignes de la confiance que le peuple mauritanien a placée en nous, en soutenant le TAHADI (RMD), et de contribuer véritablement à la vie politique. Au sein de notre parti, nous considérons cette étape comme le point de départ d’un travail sérieux visant à consolider les pratiques démocratiques, à défendre les droits des citoyens et à contribuer à l’édification d’une vie politique plus efficace et responsable.
- On vous connaissait à la tête du mouvement Kavana de la Société civile, très critique du pouvoir en place, et vous voilà aujourd’hui à la tête d’une formation politique. Comment s’est effectué cette mutation ? Que pourrait apporter TAHADI à une arène politique nationale qui compte déjà des dizaines de partis ?
- Cette mutation n’a pas été un bond surprenant, mais plutôt le prolongement naturel d’une longue lutte entamée avant le mouvement « Kevana ». Grâce son rôle notable en matière de droits humains, sa défense de ceux-ci et des justes causes, en lien étroit avec les citoyens, « Kevana » a constitué une phase essentielle. Mais il nous est apparu clairement, avec le temps, que le travail du mouvement et son discours critique sur les politiques publiques, demeureraient, malgré leur importance, limités dans leur impact, s'ils n’étaient pas complétés par une action politique organisée, capable de transformer les idées et les revendications en programmes et politiques concrets.
C'est de là qu'est née l'idée du parti. Privé de reconnaissance officielle, de 2017 à aujourd’hui, il est désormais reconnu en cadre structuré qui traduit ces visions en un projet national clairement défini, fondé sur le sérieux, l'engagement et la proximité avec les préoccupations des citoyens. Concernant sa contribution au débat politique, nous privilégions la qualité à la quantité. Nous nous efforçons de présenter un modèle différent qui restaure la confiance entre les citoyens et l'action, grâce à un discours transparent, des programmes réalistes et une pratique responsable.
- Il y a quelques semaines, votre parti a organisé des sorties sur le terrain à Nouakchott. Comment les Mauritaniens ont-ils accueilli la naissance de TAHADI et comment évaluez-vous ces premières sorties ?
- L'accueil réservé par les Mauritaniens à la fondation de « TAHADI » (RMD) a été extrêmement positif et encourageant. Nous avons constaté en effet un vif intérêt de la part de différents segments de la société, notamment les jeunes et les femmes, qui ont exprimé leur souhait d'une alternative politique sérieuse répondant à leurs préoccupations quotidiennes.
Quant à nos activités sur le terrain à Nouakchott, elles ont marqué une étape importante, démontrant la préparation et la force organisationnelle du parti. Elles se sont caractérisées par leur diversité et leur excellente organisation, allant de rencontres directes avec les citoyens à des campagnes de sensibilisation et des événements supervisés par la branche féminine du parti, dont la présence fut remarquable et qui a joué un rôle efficace dans la mobilisation et la communication.
Cette dynamique sur le terrain a confirmé que le RMD n'est pas simplement un nouveau cadre politique, mais une organisation dynamique dotée d'une vision claire, de membres actifs à la base et d'une réelle capacité à dialoguer avec les citoyens et à écouter leurs soucis. Notre évaluation de ces activités est positive, mais celles-ci constituent également un point de départ pour un travail plus vaste et étendu dans la phase à venir.
- Votre parti est reconnu en pleins préparatifs du dialogue national auquel vous avez décidé de participer en dehors des pôles politiques de l’opposition. Pourquoi cette posture en ni-ni ? Qu’attend TAHADI de cet évènement ? Avez-vous le sentiment, après une année de gestation et les dernières rencontres entre les différents pôles, qu’il va se tenir, ce fameux dialogue ?
- Notre position n'est pas neutre, mais plutôt indépendante, découlant d'une ferme conviction, au sein des instances du RMD, que l'intérêt national doit transcender les clivages traditionnels. Nous pensons que la forte polarisation entre le parti au pouvoir et l'opposition, et même au sein de l'opposition elle-même, n'est plus suffisante pour relever les défis auxquels le pays est confronté. En réalité, cela peut parfois limiter les possibilités de parvenir à de véritables solutions consensuelles, comme cela s'est produit à plusieurs reprises et dont l'histoire récente du pays est le témoin vivant. C'est un fait. Par conséquent, notre volonté de participer découle de cette compréhension ; toutefois, nous rejetons catégoriquement tout amendement de la Constitution ou toute discussion relative au mandat présidentiel ; une position que le parti au pouvoir a rejetée, notamment après avoir inclus une clause relative à ce mandat dans son programme. Cela pourrait faire dérailler les discussions, malgré les espoirs du pouvoir.
Quant à nos attentes envers le dialogue, celui-ci devra être sérieux et exhaustif ; dans le cas contraire, il restera une simple formalité sans résultats concrets et applicables, un point contre lequel nous avons mis en garde tous les partis d'opposition. Concernant la probabilité de la tenue de cet évènement, je crois, malgré certains indicateurs négatifs, que l'objectif du pouvoir est clair et que tout repose sur la réelle détermination politique de toutes les parties. Nous espérons que cette volonté sera présente et que le dialogue sera organisé dans des conditions propices à son succès et à la réalisation de ses objectifs, que nous y participions ou non.
- On a assisté, récemment, à une montée de tension à la frontière avec le Mali où des exactions ont été commises à l’encontre de ressortissants de notre pays. Face à cette situation, le gouvernement a demandé aux éleveurs mauritaniens de ne pas transhumer dans ce pays voisin. Que pensez-vous de cette conjoncture ?
- Nous suivons avec préoccupation l'évolution de la situation à la frontière avec le Mali, pays-frère, et nous constatons que la protection des citoyens est une priorité absolue. La demande du gouvernement aux éleveurs de s'abstenir de tout déplacement vers les zones concernées témoigne de son souci pour la sécurité de ses citoyens, mais cette mesure est temporaire et doit s'accompagner d'un dialogue diplomatique actif avec les autorités maliennes, afin de protéger les intérêts mauritaniens et de garantir leurs droits.
De notre point de vue, toute solution doit concilier le maintien de la sécurité et la protection des activités économiques traditionnelles des éleveurs, tout en renforçant la coopération régionale pour prévenir la répétition de telles violations. Cela servira l'intérêt national suprême, assurera la stabilité régionale et renforcera les relations de coopération entre les deux pays.
Propos recueillis par Dalay Lam




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