La coopérative des Sénégalais vivant en Mauritanie : un modèle d’espoir et de solidarité transfrontalière

17 March, 2026 - 17:37

Dans un contexte où l’accès au logement demeure un défi majeur pour de nombreuses familles migrantes, la coopérative d’habitat des Sénégalais vivant en Mauritanie (COPSEM) s’impose comme une initiative exemplaire. Présidée par Papa Mendir Guèye et portée par l’élan communautaire et la volonté de bâtir un avenir stable, elle incarne une réponse concrète aux besoins de logement, mais aussi un symbole fort d’intégration et de solidarité.

 

Une réponse collective à un défi structurel

Installés principalement à Nouakchott et dans les grandes villes mauritaniennes, des milliers de Sénégalais contribuent activement à l’économie locale, à travers le commerce, la pêche, le bâtiment ou les services. Pourtant, l’accès à un logement décent reste, pour beaucoup, un parcours semé d’embûches : loyers élevés, précarité foncière, absence de garanties financières. Face à cette réalité, des membres de la diaspora sénégalaise ont choisi de mutualiser leurs ressources en fondant cette coopérative d’habitat. L’objectif est clair : acquérir des terrains, viabiliser des parcelles et faciliter la construction de logements à coûts maîtrisés pour les adhérents. « Nous avons compris que seuls, nous étions vulnérables, mais qu’ensemble, nous pouvions négocier, planifier et construire durablement », confie Cheikh Diop, le secrétaire général.

 

Une organisation structurée et transparente

La coopérative fonctionne selon des principes démocratiques : chaque adhérent contribue par des cotisations régulières et participe aux décisions lors des assemblées générales. Un bureau exécutif assure la gestion administrative, la négociation avec les autorités locales et le suivi des projets immobiliers. La transparence financière constitue un pilier fondamental du projet. Des rapports périodiques sont présentés aux membres, renforçant la confiance et l’engagement collectif. Cette rigueur organisationnelle permet à la COPSEM de dialoguer efficacement avec les institutions mauritaniennes et sénégalaises.

 

Un pont entre deux nations

Au-delà de la question du logement, la coopérative joue un rôle social et diplomatique informel. Elle favorise l’intégration des Sénégalais en Mauritanie, tout en consolidant les liens historiques entre les deux pays. Les relations entre le Sénégal et la Mauritanie sont anciennes, marquées par des échanges humains, commerciaux et culturels constants le long du fleuve Sénégal. Dans ce contexte, l’initiative coopérative apparaît comme une illustration concrète de cette interdépendance. Des représentants consulaires saluent d’ailleurs « une dynamique citoyenne responsable qui contribue à la stabilité sociale et au développement urbain ».

 

Un impact social durable

Pour de nombreuses familles, l’adhésion à la COPSEM signifie bien plus qu’un simple toit. Elle offre une sécurité, une projection dans l’avenir et une reconnaissance sociale. Posséder un terrain ou une maison constitue une étape décisive vers l’autonomie économique. Les retombées dépassent le cercle des membres : les chantiers amènent de l’emploi local, stimulent les activités des artisans et participent à l’urbanisation structurée des quartiers concernés.

 

Des défis à relever

Malgré ses succès, la coopérative doit composer avec plusieurs défis : complexité des procédures foncières, hausse des coûts des matériaux de construction et nécessité de maintenir la cohésion interne, face à une demande croissante. Les responsables appellent à un accompagnement accru des autorités et des partenaires financiers, afin de consolider les acquis et d’élargir l’accès au programme à davantage de familles.

 

Une ambition pour l’avenir

Forte de ses premières réalisations, la COPSEM nourrit désormais des ambitions plus larges : développer des infrastructures collectives (écoles, centres de santé, espaces communautaires) et promouvoir des projets économiques connexes. À l’heure où les questions migratoires sont souvent abordées sous l’angle des difficultés, ce regroupement démontre qu’organisation, solidarité et vision à long terme peuvent transformer une communauté en véritable acteur de développement. Plus qu’un projet immobilier, c’est une leçon de résilience et d’engagement citoyen qui s’écrit, pierre après pierre, au cœur du Sahel.

 

Babacar Diop

Coach d’entreprise, chargé de cours

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