Disparition d’un grand combattant: Regrettable disparition d’un grand homme ! Disparition d’une âme généreuse !

18 March, 2026 - 17:30

Je viens d’apprendre, avec une profonde tristesse, le rappel à Dieu de Boubakar Ould Messaoud, fondateur de SOS-Esclaves.
Bouba, comme l’appelaient affectueusement certains de ses proches, ne saurait être réduit à son courageux et légendaire combat pour la libération et l’émancipation des esclaves en Mauritanie. Sa vie fut bien plus vaste, riche d’engagements humains et politiques.
À l’âge de sept ans à peine, il se présenta devant le directeur de l’école primaire de Rosso  (il serait un français à l’époque) pour le supplier de l’inscrire en première année. Le petit Bouba tenait à rester avec ses amis, accompagnés par leurs parents, déjà dans le rang pour s’inscrire. Touché par l’insistance et la détermination de cet enfant, le directeur finit par accéder à sa demande. C’était au tout début des années 1950.
Depuis lors, Bouba n’a cessé d’escalader, avec courage et détermination, les échelons des valeurs humaines les plus nobles.
Militant de la première heure du Mouvement National Démocratique (MND), depuis les bancs de sa première grande école, l’Institut d’architecture de Moscou. Fidèle compagnon de son beau-frère et intime ami Ladji Traoré, il se trouvait toujours à l’avant-garde des manifestations, des mouvements de grève et des protestations contre toutes les formes d’arbitraire et d’injustice.
À la fin des années 1980, alors qu’il occupait le poste de Directeur général de la SOCOGIM, Bouba — le seul DG à ma connaissance à l’avoir fait — n’hésita pas un instant à rejoindre une grève générale pour protester contre l’implication de l’État mauritanien dans une escalade de répression à caractère génocidaire et pour exiger la démocratisation immédiate des institutions du pays. Il figurait parmi les premiers signataires des lettres ouvertes appuyant les mêmes doléances.
Ce fidèle fils de la ville de Rosso n’accepta jamais de douter un seul instant de sa fidélité à cette ville qui l’avait sauvé de l’errance et des incertitudes de la vie.

 

Un franc-parler rossossois

Je me souviens d’une rencontre avec Bouba dans la pharmacie d’un parent et ami commun. En me voyant, il bondit de joie : cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas vus. Dans son franc-parler typiquement rossossois, il me confia qu’il éprouvait de la nostalgie pour ce qu’il appelait mes « petites provocations verbales ».
Je lui répondis aussitôt que je n’étais plus content de lui.
— « Et pourquoi ? », me demanda-t-il, surpris.
Je lui répondis :
— « À cause de ton infidélité à ta mère, toi et tes frères germains Tayvour et Dah Elewa, cette généreuse mère qui vous a élevés et que vous avez abandonnée. »
Déconcerté par ma « petite provocation », il me répliqua :
— « Mais ces gens-là ne sont pas mes frères et nous n’avons pas la même mère ! »
Je lui dis alors :
— « Si ! Rosso n’est-elle pas votre mère ? »
Dans sa spontanéité bon enfant, il répondit :
— « Wallahi, Rosso est bien notre mère commune… et nous avons eu tort de l’abandonner ».
Né dans une famille pauvre, Boubakar Ould Messaoud nous quitte aujourd’hui, aussi pauvre au plan matériel mais parmi les plus riches au plan moral. Bouba a très bien accompli sa mission: servir pleinement son pays. C’est pourquoi, Rosso, sa maman, doit cesser de le pleurer. Il serait déjà avec les siens dans le meilleur des mondes dans l’au-delà!
En cette douloureuse circonstance, je présente mes sincères condoléances à sa famille, à sa combattante femme Elmaalouma Mint Bilal et à leurs enfants, à ses nombreux amis et compagnons de lutte, ainsi qu’à sa sœur Fatma, l’aimable mère et épouse du doyen Ladji Traoré.

A S Elmoctar