
À l’heure où les équilibres du système international connaissent de profondes recompositions, la candidature de la Mauritanie du diplomate et ancien ministre des Affaires étrangères Ismaïl Ould Cheikh Ahmed au poste de Secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique apparaît comme bien plus qu’une simple compétition pour une fonction internationale. Elle s’inscrit dans une dynamique stratégie de repositionnement de Nouakchott sur la scène mondiale et traduit l’affirmation progressive d’une diplomatie de projection fondée sur l’influence institutionnelle et le capital politique.
Dans un contexte international marqué par l’érosion relative des hiérarchies traditionnelles de puissance et par la montée en centralité des institutions multilatérales, la Mauritanie semble opérer un ajustement stratégique de sa politique étrangère. L’objectif n’est plus seulement de préserver des équilibres diplomatiques, mais de s’insérer activement dans les mécanismes de gouvernance internationale en valorisant ses ressources diplomatiques et ses élites nationales. Cette orientation traduit la volonté d’un État cherchant à transformer sa position périphérique en capacité d’influence dans les espaces régional, africain et islamique.
La portée de cette candidature dépasse ainsi la dimension symbolique traditionnellement associée à la représentation internationale. Elle constitue un indicateur du niveau de crédibilité dont jouit la diplomatie mauritanienne auprès des acteurs influents du monde islamique et représente un test de sa capacité à mobiliser des soutiens dans un environnement multilatéral fortement compétitif. Son aboutissement pourrait marquer une inflexion significative dans la trajectoire internationale du pays, en renforçant son rôle dans la gestion des enjeux communs du monde islamique, notamment en matière de médiation politique, de coopération au développement et de régulation des crises géopolitiques.
Montée en puissance
Cette initiative s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large de montée en puissance de la présence mauritanienne au sein des institutions internationales. Elle fait écho à l’élection du cadre mauritanien et ancien ministre Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement, événement révélateur du renforcement du capital diplomatique et institutionnel du pays. Cette évolution témoigne de l’émergence d’une stratégie cohérente de projection internationale fondée sur la promotion des compétences nationales et sur l’investissement dans les structures de gouvernance multilatérale, confirmant la capacité croissante de la Mauritanie à s’imposer dans les processus décisionnels des grandes organisations internationales.
Au-delà de ces développements, on observe une transformation plus structurelle de la philosophie diplomatique mauritanienne. Longtemps centrée sur la gestion des relations bilatérales classiques, celle-ci évolue désormais vers une diplomatie d’influence privilégiant l’action institutionnelle et la présence dans les espaces de régulation internationale. Une telle orientation correspond aux stratégies adoptées par les puissances intermédiaires ou émergentes qui cherchent à compenser la limitation de leurs ressources matérielles par la mobilisation du soft power et par l’occupation des espaces de décision multilatéraux.
Cette stratégie comporte également une dimension interne non négligeable. Elle contribue à consolider la légitimité symbolique de l’État et à renforcer la représentation d’une Mauritanie pleinement engagée dans les dynamiques internationales. Elle participe ainsi à la construction d’un récit politique valorisant l’image d’un État stable, responsable et capable de défendre ses intérêts dans un environnement international en mutation.
Sur le plan géopolitique, l’éventuelle accession d’une personnalité mauritanienne à la direction de l’Organisation de la coopération islamique offrirait à Nouakchott un levier d’influence supplémentaire dans les recompositions du monde islamique. Elle renforcerait sa capacité à jouer un rôle de médiation, à développer des partenariats économiques et stratégiques et à consolider son positionnement régional, notamment dans l’espace sahélien, marqué par des transformations sécuritaires et politiques profondes.
En définitive, la candidature mauritanienne s’inscrit dans une stratégie globale de construction de statut international et de consolidation d’une présence durable dans les sphères de gouvernance mondiale. Elle illustre l’évolution progressive de la Mauritanie vers une diplomatie d’initiative et de projection, traduisant l’ambition d’un État déterminé à transformer son capital politique en influence effective et à redéfinir sa place dans l’ordre international contemporain.





.gif)








.gif)