
Le Calame : Vous venez de présider le meeting de lancement officiel des activités de votre parti, le FCJ. Quelles sont les impressions au sortir de ce baptême de feu ?
Mohamed Jemil Mansour : Merci pour l’occasion que vous donnez pour nous exprimer sur l’actualité de notre parti et de notre pays. Mais permettez-moi d’abord de remercier le journal Le Calame pour le rôle pionnier qu’il a joué et continue de jouer dans l’ancrage de la démocratie. Il a beaucoup contribué à l’avènement de la démocratie dans notre pays.
Le FCJ a reçu son agrément définitif le 18 Novembre 2025, et a entrepris, depuis, de s’implanter à Nouakchott. Nous y avons mis en place neuf sections dans les différentes moughataas de la capitale et trois fédérations dans ses wilayas. Aujourd’hui, nous venons d’achever le grand meeting auquel vous avez assisté. Il intervient après un grand rassemblement organisé en Décembre dernier par les femmes du parti à l’hôtel Mauri-Centre. Comme vous le savez, la légitimité populaire des formations politiques se mesure aux résultats des élections ou à leur capacité de mobilisation lors des rassemblements qu’ils organisent et ce meeting du 7 Février est venu consacrer la nôtre. Il a envoyé plusieurs messages. D’abord, celui de la légitimité populaire : le parti a réussi la mobilisation ; puis celui de sa force en la matière et en organisation ; ensuite, sa position et son positionnement sur l’arène politique. Le dernier message important est adressé aux acteurs de la majorité et de l’opposition pour leur faire savoir qu’il y a un nouvel intervenant politique avec lequel il faudra désormais compter. Nos premiers pas sont appréciables, très positifs. Nous avons prouvé notre capacité d’organisation, mais aussi de propositions. Le FCJ est le seul parti qui a fini d’élaborer des prolégomènes pour les trois ateliers du dialogue national en préparation. Un document sur l’unité nationale et la cohésion sociale, le second sur la gouvernance administrative et économique, et le troisième sur les réformes institutionnelles et politiques.
- Pouvez-vous nous brosser brièvement le projet de société dont le FCJ est porteur ? En quoi diffère-t-il des autres partis de la place ?
- Vaste question. Mais, pour faire bref, je vous dirais que, si nous avons fondé le FCJ, c’est parce que notre ambition pour la Mauritanie ne se lisait pas dans les partis politiques de la place. Notre décision découle d’une profonde réflexion, une évaluation objective de l’arène et de la situation politiques du pays. Le FCJ compte différentes figures : anciens ministres, anciens députés, anciens maires, grands directeurs… Il est donc fort de ces expériences diverses et nous les avons capitalisées pour avancer.
Notre parti est fondé sur trois bases de diversité. Nous nous sommes dit que nous nous ne pouvions pas le lancer si ces trois aspects n’étaient pas réunis et c’est cet assemblage aujourd’hui visible dans nos instances qui permet à certains de voir, en cette formation, une particularité, pour ne pas dire singularité. Diversité nationale en trois volets : ethnique, sociale et régionale ; diversité politique : dès le départ, nous nous sommes dit que nous ne sommes pas un parti idéologique, mais que nous restons ouverts à toutes les doctrines et à toutes les écoles de pensée, à condition que les uns et les autres fassent preuve de dépassement, aient évolué et soient ouverts aux autres, mettant l’intérêt du pays et du parti au-dessus de l’intérêt personnel. C’est pourquoi on retrouve la diversité et l’ouverture politique au sein du FCJ. La troisième base, c’est la diversité professionnelle. Au sein du parti, vous trouvez non seulement des hauts cadres, des professeurs d’université, des médecins, des ingénieurs, mais aussi des cadres moyens, des ouvriers, des agriculteurs, des éleveurs…
En fonction de tout cela, nous nous sommes fixés cinq objectifs pour la première étape. Celui de l’unité nationale, de l’élargissement de la démocratie, la défense des intérêts des citoyens, le suivi et évaluation sans complexe de l’action gouvernementale, la promotion des femmes et des jeunes, deux segments essentiels de la société. Dans sa déclaration politique, le parti a développé une force de proposition et a fixé les orientations pour les différents secteurs.
- Votre parti a pris part aux rencontres des pôles politiques dans le cadre des préparatifs du dialogue. Pouvez-vous nous dire où en est le processus de celui-ci ? Quand pourrait-il démarrer ? Serait-il différent des précédents ?
- Je tiens d’abord à rappeler que le dialogue a été initié par le président de la République. Il figure même dans son programme « Mon ambition pour la Patrie ». Je fais remarquer également que les échecs des dialogues précédents sont imputables au premier responsable du pays. Au vu de ce qui s’est passé depuis le lancement du processus et les contacts établis par l’actuel président de la République, nous pensons que nous sommes sur la bonne voie. Comme vous le savez, celui-ci a choisi, pour mener les concertations, une personnalité expérimentée en la personne de Moussa Fall qui a rencontré beaucoup d’acteurs politiques et de la Société civile, ainsi que des personnalités indépendantes. On parle de plus de mille six cents personnes. Lors de son dernier entretien avec les pôles de la majorité et de l’opposition, monsieur Fall a tenté de fixer une date pour le démarrage et les modalités des débats, mais il n’a pas réussi. C’est décevant de la part des partis politiques qui disent n’être pas prêts à mettre en route la causerie. Pour notre part, nous disons que celle-ci doit démarrer et qu’il est nécessaire et urgent qu’elle le fasse avec le mois de Ramadan de cette année. Je rappelle que ce fut lors du mois béni du Ramadan 2025 que le processus de ce colloque a été engagé par le président de la République ; nous devons donc lancer la conférence pour prouver à l’opinion que nous voulons organiser la rencontre et que nous y sommes prêts. C’est notre cas, au FCJ : nous avons élaboré, comme je l’ai dit tantôt, trois documents pour chaque atelier du dialogue. Nous souhaitons que toutes les conditions soient réunies et que les dispositions soient rapidement prises pour la tenue de celui-ci.
- Un commentaire sur le discours-bilan du Premier ministre Moctar Djay devant les députés, il y a quelques semaines ?
- Il ne vous a pas échappé que nous avons réagi, à l’époque, au niveau du parti. Le Premier ministre a parlé des réalisations et évoqué les perspectives d'avenir, avançant des chiffres pour les actions accomplies, les actions en cours, les retards accusés et aussi les programmes pour l’année à venir. Au vu de cela, on peut affirmer que le bilan du PM est largement positif. Certes, il y a des insuffisances et des manquements, mais on peut dire que nous sommes face, pour la première fois, à un résultat global de 92% d’exécution totale ou partielle. Avec les informations ainsi fournies, le PM permet aux députés et aux acteurs politiques de pouvoir suivre et évaluer l’action du gouvernement. Nous avons cependant quelques observations et critiques sur certaines insuffisances ou retards.
- Nous sommes à quelques jours du mois béni du Ramadan. Quel message avez-vous à l’endroit du gouvernement ?
- Effectivement, nous sommes à la veille du mois béni du Ramadan. Et c’est l’occasion de demander aux autorités publiques, au gouvernement en premier lieu, de prendre en considération les préoccupations des populations, en priorité les plus démunies. C’est une requête adressée au gouvernement tout au long de l’année, mais le Ramadan étant un mois particulier, un mois sacré pour les populations musulmanes, un mois qui demande plus de charges et de sacrifices, il requiert plus d’efforts et d’attention à l’endroit des citoyens. Aussi faut-il établir les meilleures conditions possibles pour les aider. Cela demande une véritable politique sociale, une politique d’aide et, donc, une bonne préparation. J’ose espérer que le gouvernement s’y attèlera. Je vous remercie.
Propos recueillis par Dalay Lam





.gif)








.gif)