Le dialogue au service de l’État, non à la place du peuple

22 January, 2026 - 01:32

Dans les périodes de tension ou de transition, le dialogue politique s’impose naturellement comme un instrument de stabilisation, d’apaisement et de prévention des fractures. Il permet de désamorcer les crispations, de maintenir ouverts les canaux de communication et de préserver la cohésion nationale. À ce titre, il constitue un outil précieux de bonne gouvernance, dont aucun État responsable ne saurait se passer.
Dans le contexte mauritanien, les efforts engagés pour réunir la majorité et l’opposition autour d’une même table, y compris avec les composantes les plus radicales, participent de cette logique d’apaisement et méritent d’être reconnus. Ils contribuent à installer une culture politique fondée sur l’échange civilisé plutôt que sur des confrontations contre productives.
Cependant, l’efficacité du dialogue comme mécanisme de stabilisation ne doit pas conduire à une confusion de nature. Le dialogue est un outil de gouvernance ; il ne peut devenir une source de légitimité politique. Il accompagne l’État dans la gestion des équilibres, mais ne saurait se substituer à la volonté populaire, seule détentrice du pouvoir de délégation politique.
La légitimité ne se construit ni par la présence médiatique, ni par la répétition des prises de parole, ni par la participation à des forums, aussi inclusifs soient-ils. Elle procède exclusivement du suffrage universel libre, transparent et crédible.
Si le dialogue est indispensable pour préserver la paix civile et organiser la concertation, les élections demeurent l’unique voie permettant de mesurer le poids réel des acteurs politiques, de distinguer ceux qui disposent d’un mandat populaire de ceux qui exercent simplement un droit d’opinion.
Un dialogue sans élections crédibles apaise les conjonctures, mais ne fonde pas l’État.
Ce sont les urnes qui établissent la légitimité ; le dialogue vient ensuite pour  améliorer la gouvernance.

AKM