
L’analyse de la trajectoire politique mauritanienne est souvent prisonnière d'une sémantique de la suspicion, articulée autour de l'idée d'un "système militaire" qui, pour se maintenir, "se recyclerait à travers les urnes". Cette vision présente l'élection non comme un choix souverain, mais comme un simple artifice visant à pérenniser une "capture du pouvoir" par la force des armes. Pourtant, une lecture rigoureuse des processus institutionnels nuance fortement cette perception.
De la rupture à la norme : la mutation de la légalité
Bien qu'un coup d’État constitue initialement une brèche dans l'ordre constitutionnel, l'analyse juridique doit prendre en compte l'évolution post-putsch. Lorsqu’un dirigeant issu de l'armée se soumet au suffrage universel et que son élection est validée par le Conseil Constitutionnel, une véritable mutation juridique s'opère. L’acte de force originel s'efface devant la légitimité des urnes, conférant au pouvoir une légalité formelle incontestable.
En droit, la légalité n'est pas un concept statique, mais le résultat du respect des procédures institutionnelles en vigueur. En Mauritanie, l'organisation de scrutins, sous la supervision d'observateurs nationaux et internationaux, ne « recycle » pas, mais transforme radicalement le statut du dirigeant. Il quitte la figure du « chef de junte » pour devenir le président de la République. Cette onction populaire, au-delà des débats politiques, établit un cadre juridique solide qui lie l'État et garantit la continuité de ses institutions.
Une transition vers la maturité institutionnelle
La récurrence des interventions militaires en Mauritanie ne doit pas être interprétée comme le signe d'un système bloqué, mais plutôt comme une phase de transition vers une maturité institutionnelle. En choisissant la voie électorale, les dirigeants ont réinséré le pays dans la légalité internationale, permettant la levée des sanctions et la pleine restauration des traités diplomatiques.
La déconstruction du ‘’système militaire’’
L’expression « système militaire » apparaît aujourd'hui comme une coquille vide. La réalité du pouvoir mauritanien actuel repose sur une architecture complexe et plurielle, associant formations politiques, société civile, cadres civils, notabilités sociales, technocrates et forces économiques.
En somme, la pratique historique de l'intervention militaire ne définit plus la nature profonde de l'État. La capacité de la Mauritanie à convertir des moments de crise en stabilité électorale prouve que le pays a dépassé l'ère du « pouvoir capturé ». Le passage par les urnes devient ainsi l'acte fondateur qui substitue la primauté du droit à la loi des armes, rendant caduque la vision d'un régime purement prétorien.
Mohamed Lemine Taleb Jeddou





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