Quand un député se hasarde à des accusations graves et infondées

30 November, 2025 - 14:57

À une époque où la crédibilité du discours et la responsabilité de la parole sont mises à l’épreuve, le député Khali Diallo revient pour recycler un vacarme ancien sous un habit nouveau, tentant de ramener la mémoire nationale vers des zones d’inflammation, comme si l’histoire n’était qu’un cahier ouvert à la surenchère, et non un registre scellé par le sang des martyrs et les actes des hommes.
Depuis des années, le député brandit le slogan de “l’État répressif”, qu’il répète chaque fois qu’il échoue à formuler une position nationale ou à proposer une vision législative digne de son mandat. L’ironie est flagrante : il reprend ce refrain depuis le lieu le plus sacré de la liberté dans le pays, l’hémicycle parlementaire — ce même lieu où il n’aurait jamais pu se tenir si l’État qu’il accuse de répression possédait ne serait-ce qu’une parcelle de ce qu’il lui impute.
Mais la contradiction n’est pas nouvelle dans un discours qui choisit la provocation plutôt que le dialogue, et l’agitation au lieu de l’argument.
 
Le marché des surenchères
Aujourd’hui, Diallo, en pleine période de tensions politiques et sociales, lance une accusation grave et tronquée contre le président de l’Assemblée nationale, Mohamed Bamba Meguett, liant son nom aux événements de 1987 — ce drame national qui a coûté la vie à des soldats mauritaniens de la communauté pulaar.
Or, la vérité est que la blessure nationale, aussi profonde soit-elle, n’est ni une marchandise livrée au marché des surenchères, ni une corde sensible que l’on pince pour régler des comptes politiques étroits, ni une grenade fumigène destinée à combler le vide d’un discours.
La justice ne naît pas des cris, l’histoire ne se recompose pas au gré des volontés, et la responsabilité ne s’acquiert pas en lançant des accusations depuis un siège parlementaire.
Suggérer que le président du Parlement — avec son poids, son parcours et son histoire connue — ait participé à ces événements, sans document, sans témoignage, sans dossier judiciaire, n’est pas une “audace politique”, comme certains se l’imaginent, mais une témérité verbale destinée à creuser une fracture dans l’unité nationale en ravivant des dossiers déjà tranchés par l’enquête, la justice et les faits.
Celui qui préserve véritablement la mémoire nationale sait qu’elle n’est pas un terrain pour attiser les incendies, mais un espace de vérité et d’équité. Parler des événements de 1987 exige connaissance, justice et responsabilité… non des voix qui se complaisent dans le vacarme plus qu’elles ne respectent la vérité.
Si Diallo se voit comme un défenseur des droits, il lui incombe de distinguer entre la défense des victimes et l’usage sélectif de leurs souffrances ; entre la revendication de la justice et la manipulation des faits ; entre convoquer l’histoire et l’exploiter comme une arme politique pour frapper des adversaires.

Élever le débat
Mohamed Bamba Meguett est resté présent dans l’État avec la discipline, l’intégrité et le sens des responsabilités qu’exige sa fonction. Il n’a jamais été de ces politiciens qui se cachent derrière les minorités ou leur font porter le poids de leurs propres conflits.
Il est regrettable que le député qui brandit l’étendard de la “vérité” n’ait pas hésité à jeter une lourde suspicion sur un homme qui n’a jamais répondu à l’injustice par l’injustice, ni cherché à instrumentaliser les institutions de l’État en sa faveur.
Jouer avec le feu du racial, réveiller la mémoire des blessures sans fondement solide, et impliquer des noms dans des événements complexes n’est ni la voie des réformateurs ni celle des patriotes.
C’est, de toute évidence, une agitation sans responsabilité, un discours sans éthique, et un investissement politique dans une douleur collective.
Le député Khali Diallo doit comprendre que l’histoire ne se convoque pas par caprice, et que les paroles prononcées sous la coupole du Parlement ne sont pas de simples tweets passagers, mais des documents politiques consignés et imputables à leurs auteurs.
Le citoyen mauritanien mérite que ses représentants élèvent le niveau du débat, au lieu de l’abaisser au rang d’accusations infondées.
La patrie demeure plus grande que les cris, plus durable que les vagues d’incitation, et trop noble pour être réduite à des discours convulsifs.
Et celui qui souhaite inscrire son nom dans le registre de ceux qui veillent réellement sur la justice doit commencer par respecter la vérité… et non par la déformer.

Souleymane Bouna Moctar
Conseiller spécial du président du parti INSAF