Inauguration du champ Grand Tortue/Ahmeyin : La Mauritanie entre dans l'ère du gaz 

26 August, 2025 - 10:15

En coopération avec la British Petroleum (BP), la Mauritanie et le Sénégal ont exporté en toute sécurité leurs premières cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL), marquant ainsi le début de l'exploitation commerciale du champ « Tortue du Grand Ahmeyim » (GTA) pour une période d'au moins vingt ans. Supervisée par Son Excellence le Président de la République, monsieur Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, accompagné de son homologue sénégalais, Son Excellence monsieur Bassirou Diomaye Faye, l'inauguration du site a bénéficié d'une large couverture médiatique, reflétant le caractère stratégique de ce projet vital.

La Tortue du Grand Ahmeyim représente une ressource naturelle, non seulement par ses retombées financières, mais aussi par le renforcement des capacités nationales, la formation, la qualification de notre main-d'œuvre et l'intégration du secteur privé pour piloter cette industrie prometteuse. Voilà notre pays entré effectivement dans le club des pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL). Il a aussi franchi une nouvelle étape vers le développement de son industrie nationale, le renforcement de sa souveraineté énergétique et de sa position d'exportateur d'énergie fiable, grâce à son climat d'investissement stimulant et à sa stabilité politique et institutionnelle.

La réalisation de ce projet qui offre des avantages considérables a nécessité du temps, des ressources financières et humaines, ainsi qu’une vaste expertise. Mais ce sont surtout ses deuxième et troisième phases qui en révèleront les plus remarquables bienfaits : retombées et recettes accrues pour le Trésor public, fourniture d’électricité aux citoyens et à l’industrie, développement local qui contribuera à une véritable transformation et accélération de la croissance économique. La formation, la créativité et l'esprit d'initiative nous permettront de tirer pleinement profit de ce contenu local, augmentant les bénéfices de l'exploitation de nos ressources naturelles, avec un impact profond sur la vie de nos citoyens et le développement économique en général.

La mise à jour du potentiel en hydrocarbures du pays n’en est qu’à ses débuts. La Mauritanie peut s’attendre à un grand avenir gazier. La généralisation de l'exploitation du GNL ouvre des perspectives fabuleuses. Un projet de gazoduc vers l'Europe est déjà dans les tablettes et notre pays pourrait d’autant plus devenir un acteur majeur de ce si stratégique marché que les membres de l'Union européenne cherchent à se défaire de leur dépendance au gaz russe. S’ils se tournent aujourd’hui vers le Qatar, guerre en Ukraine oblige, l’avenir se trouve du côté de la Mauritanie et du Sénégal. 

 

Et on fait quoi, avec l’argent ?

Dans un premier temps, notre pays attend une rente annuelle d'un milliard d'euros (pendant trente ans) du gisement GTA. Cela peut paraître peu mais cela va bien aider, à mon sens, ce pays en voie de développement. Un milliard d'euros constitue une réelle transformation des capacités de notre pays. Si cela n'implique pas une transformation totale de notre économie nationale, on peut du moins affirmer que cela n’est pas négligeable. Et ces revenus vont progresser avec la mise en exploitation des champs gaziers dans les mois qui viennent.  Comment le gouvernement va gérer l'argent des hydrocarbures ? De riches pays européens, à l’instar de la Norvège, utilisent très vertueusement le leur, en en reversant une partie dans un fonds souverain pour les futures générations.

L'enjeu pour notre pays est de constituer un vrai secteur national axé sur l'exploitation des hydrocarbures. Nous allons devoir monter en compétences pour pouvoir exploiter nous-mêmes nos ressources gazières. À cette fin, il faudra investir afin de former des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, monter des entreprises capables d'extraire et de vendre, etc. Cette montée en compétences aura des retombées pour l'économie nationale et un impact positif sur le niveau de vie des populations. Certes, l'exploitation de nos champs gaziers est pour l'instant rendue surtout possible par l'investissement de sociétés étrangères mais il ne faut surtout pas se fier seulement à leur savoir-faire : nous devons acquérir nos propres compétences. 

La stratégie énergétique nationale doit viser une sécurité d’approvisionnement et une diversification du mix énergétique, dans le cadre d’une substitution progressive des énergies d’origine fossile par les énergies vertes et durables. Énergie propre, le gaz naturel est bien adapté pour être utilisé comme un levier pour des industriels nationaux exportateurs et le développement d’autres activités annexes à la transition énergétique. C’est dans cette perspective qu’une feuille de route doit être mise en place. Ses objectifs tourneront autour de diverses orientation stratégiques, notamment la mise en place d’un marché régulé de gaz, stimulant une évolution progressive de la demande ; le développement d’un projet d’infrastructures gazières structurant ; l’accès aux industriels et à tous les autres consommateurs à une énergie compétitive, améliorant ainsi la compétitivité ; et, bien sûr, la promotion des énergies vertes et renouvelables.

 

Cheikh Ahmed Mohamed

Ingénieur

Chef du service « Études d’aménagement et de développement »

Établissement portuaire de la Baie du repos (Nouadhibou)