
La Banque africaine de développement, institution phare du développement du continent, s’apprête à élire son nouveau président en mai 2025 à Abidjan. Plus qu’un scrutin de routine, cette élection s’annonce comme un moment de vérité pour redéfinir la gouvernance financière du continent africain.
Fondée en 1964, la BAD regroupe aujourd’hui 81 membres (54 africains et 27 non-africains) et agit comme un catalyseur stratégique pour les grands projets d’infrastructures, d’intégration régionale et de transition énergétique. Son président, élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, incarne la vision de développement de l’Afrique face au monde.
Une procédure électorale exigeante et équilibrée
Le président de la BAD est élu par le Conseil des gouverneurs, constitué des ministres des Finances ou des gouverneurs des banques centrales des pays membres. Le système de vote repose sur une double majorité :
- Une majorité des voix de tous les pays membres,
- • Une majorité des voix spécifiques aux pays africains membres.
Le poids de chaque voix est fonction de sa participation financière au capital de la Banque, ce qui confère une influence particulière à des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie, le Maroc ou l’Égypte.
Cinq candidats, une compétition stratégique
Les profils retenus témoignent de la qualité du vivier africain. Mais au-delà de la technicité individuelle, ce sont les dynamiques géopolitiques, les alliances régionales et la capacité de fédération qui feront la différence. Voici un tour d’horizon des forces en présence, selon une synthèse des analyses en partie relayées par la presse spécialisée.
1. Sidi Ould Tah (Mauritanie) – Un compétiteur crédible et rassembleur
Directeur général de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) depuis 2015, ancien ministre de l’Économie de la Mauritanie, Sidi Ould Tah est un technicien aguerri, avec une parfaite maîtrise des instruments financiers et des partenariats afro-arabes. Sa candidature n’est pas seulement crédible : elle est pleinement compétitive et constitue une réponse stratégique aux enjeux contemporains de la BAD.
Il incarne une convergence puissante entre le monde arabe, le Sahel et les partenaires du Golfe, avec une capacité réelle à fédérer des blocs régionaux autour d’une vision pragmatique, inclusive et moderne du développement. Il connaît parfaitement les rouages des institutions multilatérales, parle le langage des bailleurs, et bénéficie d’un soutien croissant de pays africains et arabes qui aspirent à un leadership renouvelé et équitable au sein de la BAD.
Sidi Ould Tah est le candidat d’un pays et d’un peuple. Il porte la voix et les ambitions de toute une nation. C’est précisément cette dimension nationale qui explique le niveau exceptionnel d’engagement du président de la République en faveur de sa candidature. Cet appui, à la fois institutionnel et populaire, confère à sa démarche une légitimité renforcée et une force politique singulière.
La candidature mauritanienne, portée avec discernement et vision, est aujourd’hui perçue comme une véritable alternative gagnante, capable de briser les clivages traditionnels entre zones d’influence et de proposer un consensus panafricain ambitieux. Elle n’est pas une carte d’appoint : elle est une carte maîtresse.
2. Amadou Hott (Sénégal) – Un compétiteur très exposé
Ancien ministre de l’Économie du Sénégal et ex-vice-président de la BAD en charge de l’Énergie et du Climat, Amadou Hott bénéficie d’un profil équilibré entre expérience politique et connaissance interne de l’institution. Il est soutenu par une diplomatie sénégalaise active et influente, notamment en Afrique de l’Ouest. Son parcours inspire respect, mais son positionnement très exposé pourrait aussi susciter des contre-coalitions chez les pays qui cherchent à rompre avec les équilibres habituels.
3. Bajabulile Swazi Tshabalala (Afrique du Sud) – La technocratie rassurante
Vice-présidente principale et directrice financière de la BAD, elle dispose d’une expertise incontestée. Soutenue par l’Afrique du Sud, pays au poids capitalistique fort, elle représente une option de continuité interne et rassurante pour les bailleurs. Mais son profil très institutionnel pourrait manquer de souffle politique face aux attentes croissantes d’une BAD plus audacieuse et plus représentative des équilibres régionaux.
4. Abbas Mahamat Tolli (Tchad) – Un profil régional respecté
Gouverneur de la BEAC, M. Tolli est reconnu pour sa rigueur monétaire. Il pourra s’appuyer sur la zone CEMAC. Toutefois, son aura demeure essentiellement régionale et son profil, moins internationalisé, limite ses marges de coalition à l’échelle continentale.
5. Samuel Munzele Maimbo (Zambie) – L’option multilatérale lointaine
Vice-président à la Banque mondiale, Maimbo possède un carnet d’adresses prestigieux dans les cercles multilatéraux. Mais son profil international, détaché des dynamiques africaines profondes, pourrait le desservir dans une élection où l’ancrage continental, la capacité d’écoute des réalités africaines et l’équilibre géopolitique sont des critères décisifs.
Une élection au-delà des apparences : la force des coalitions africaines
Le futur président de la BAD devra allier vision économique, intelligence diplomatique et leadership stratégique. Les voix ne se gagneront pas uniquement sur les CV, mais sur la capacité à créer des ponts entre régions, à incarner une nouvelle équité africaine et à porter une BAD plus ambitieuse, plus audacieuse et moins polarisée.
À cet égard, la candidature de Sidi Ould Tah est une option centrale. Elle offre un point d’équilibre entre les blocs régionaux, entre les grands contributeurs et les pays émergents, entre les exigences des bailleurs et les réalités africaines. Elle est capable de surprendre non pas en arbitrant une compétition entre puissances, mais en l’emportant par la construction d’un nouveau consensus africain.
Une candidature pour diriger, pas pour figurer
La Mauritanie ne postule pas pour le symbole, elle postule pour diriger. L’audace mauritanienne dans cette élection est une démonstration de maturité politique, de compétence technique et de vision stratégique. Elle montre que les nations dotées d’une diplomatie structurée et d’un leadership éclairé peuvent aspirer aux plus hautes fonctions, quelles que soient leur taille ou leur poids économique.
Dans cette bataille d’idées et de coalitions, la voix mauritanienne doit être écoutée. Elle peut, et doit, être portée vers la victoire.