Quarante après "la descente du droit sur le terrain": Philippe Marshesin en visite en Mauritanie, invité de l'université de Nouakchott du 17 au 21 mars 2025.

26 March, 2025 - 09:42

Fin 1983 ou début 84, je me souviens de ce professeur blanc comme neige, au sens propre et figuré, qui avait l'air d'être moins âgé que nous autres jeunes étudiants de la toute jeune  fac de droit de Nouakchott, abîmés par la dureté des temps et réprimés, en permanence, par les vents ..
C'était un jeune français spontané qui nous interpella, devant la modeste cafétéria de l'ENA (en réalité buvette) jadis, plantée au milieu d'une cour dont le paysage a complètement disparu, comme pour tester notre intérêt à sa passion de savoir et de connaître (cherchez la nuance) tout sur et de nous..
Je garde en mémoire la formule par laquelle il nous indiqua la direction de sa recherche qui se voulait comme étant " une descente du Droit sur le terrain pour bien saisir les difficultés de son adaptation aux réalités africaines ".
A vrai dire le discours de ce jeune africaniste venu de la côte d'Azur avait quelque chose de captivant mais, en ce qui me concerne, j'avais déjà fait mon choix. J'étais en passe de finir mon droit privé en maîtrise juste avant d'avoir l'heureuse opportunité de l'approfondir en DEA, mention droit social, sous le contrôle du Doyen Henri Blaise (université Rennes 1) ..
Possédé par une tendance à la comparaison qui n'est pas raison par la logique du droit privé, plus proche de celle du Fiqh ou droit musulman, je n'étais pas en état de suivre les publicistes  et autres politologues sur un terrain glissant.
Néanmoins, je ne sais pas si le choix du thème de ma thèse inachevée sur l'adaptation du droit du travail aux réalités mauritaniennes n'a pas été influencé, inconsciemment, par la fameuse  invitation à faire descendre le droit sur le terrain.
En  tout cas j'ai bien suivi la descente qui donna, au début de la décennie des années 90 "tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie" et qui suscita un débat, peut-être pas dépassé, juste dépassionné mais je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer son illustre auteur .
Quarante après la furtive rencontre de la buvette, j'ai eu, en compagnie de son Excellence Daha ould Teiss, notre ambassadeur en France, l'honneur de rencontrer en septembre 2023, l'ancien jeune professeur français, dans un café situé place de la Sorbonne, juste à côté de la librairie " Maisonneuve", un autre lieu de mémoire.
 L'ancien jeune professeur à la fac de droit de l'université de Nouakchott, était blanchi, vieilli mais, paradoxalement, encore jeune, en termes d'idées novatrices, toujours prêt à descendre davantage sur le terrain.
Il a su  garder  un bel esprit critique qui bouleverse l'air du temps, un regard lucide qui justifie la comparaison des incomparables et, par-dessus tout, une approche  sincère qui jette la lumière sur les échecs du dogme de la coopération...
C' est  un plaisir de savoir que l'auteur du l'ouvrage controversé, à l'époque, a tenu la promesse qu’il nous a faite  à la place Sorbonne,  de redescendre sur le terrain mauritanien après que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts...

AKM