
Quand le président Trump se trompe et me rappelle un souvenir d’enfance, un événement anodin de déplacement arbitraire de population par rapport à celui qu’il envisage pour Gaza.
En 1970, la Ville de Rosso constituait encore le principal centre névralgique de notre pays. Une fois, on apprit que des commerçants avaient réussi à obtenir des autorités de Rosso l’attribution d’un espace situé entre le quartier Ndiourbel et le camp de la Garde.
La piste du camion de transport des élèves du Lycée passait par là. Les autorités décidèrent de déplacer de nombreuses familles pauvres habitant le lieu. On les somma de le libérer avant le lendemain matin. Au niveau de la direction locale clandestine du mouvement scolaire, on décida d’agir.
Le matin de bonne heure, une centaine d’élèves envahit la place. On organisa un meeting de solidarité avec les habitants du quartier. Plusieurs orateurs se succédèrent, dont de nombreux habitants. Des chants et des danses complètent l’animation. Feu Sidi Mohamed Ould Babana, un élève, faisant fi de son origine aristocratique, dirigeait l’orchestre improvisé pour l’occasion: « dhe chaab ekhlat…kadih miskine…yourahal baat beyn elainine », un morceau d’une chanson exprimant la pitié et la compassion d’un pauvre peuple, aux origines ethniques diverses, mais complémentaires dans la misère, qu’on déloge arbitrairement et en plein jour.
La chanson était titrée « middou leydine lelkadihine: Soutenons les Kadihines: les masses laborieuses». Le meeting fut suivi d’une marche qui sillonna les principales artères de la ville. Les femmes tapaient sur leurs instruments de cuisine. Une unité des forces armées, armée d’épées, encadrait la marche et lui donnant plus d’éclat.
À la fin de la marche, une délégation composée des représentants des élèves et des habitants fut reçue aussitôt par les autorités. Un accord fut conclu entre les deux parties. Il stipulait que les habitants acceptaient de se retirer de la place litigieuse pour une période déterminée, le temps de procéder au lotissement du lieu. Les choses se déroulèrent comme prévu. L’événement fut relaté dans « Libération », une publication éditée par des étudiants mauritaniens en France.
A S Elmoctar