
Du 9 au 11 Décembre 2024, Kaédi, la capitale de la wilaya du Gorgol a abrité, à l’instar de plusieurs wilayas du pays, les ateliers régionaux sur la planification participative, dirigés par le délégué général de Taazour, Cheikh Abdallah Bedda, assisté des conseillers respectifs de la Présidence, Mahfoudh ould Brahim, et de la Primature, Khattari Bouyé, en présence du wali du Gorgol, Mohamed Mokhtar ould Abdi, entouré des représentants des services sécuritaires et de défense. Le lancement officiel s’est déroulé dans les locaux du conseil régional. Le maire de Kaédi, Samba Ndiaye, le président du conseil régional, Ba Amadou Abou, et le wali ont, tour-à-tour, souligné l’importance de ces journées marquant la volonté politique de l’État de faire participer les populations à la définition des préoccupations majeures autour de projets impactant sur le développement de la région à court et moyen terme. Puis il revint au chef de la mission, Cheikh Abdallah Bedda, de camper l’objet de leur légation articulé autour des fondamentaux du discours de Mohamed Cheikh Ghazouani prononcé à Chinguitty dont la quintessence invitait les populations à bannir les discours haineux et sectaires pour se focaliser vers la réalisation d’une citoyenneté accomplie, gage de paix et de stabilité. Dans son développement, Ould Bedda a indiqué que l’atomisation du territoire en hameaux par-ci, en case par-là, ne favorise pas un développement intégré et soutenu. Autrement dit : les regroupements des localités est un impératif de développement. Et monsieur Bedda de faire noter à cet égard que l’on compte aujourd’hui, sur le vaste territoire de la République Islamique de Mauritanie, 8119 localités éparpillés en tous sens ; avant de conclure en invitant les participants à être exhaustifs et précis quant à la définition des priorités qui seront consignées et partagées par tous.
De l’exposé des problèmes en direction des solutions
Dans cette perspective, Ould Bedde qui connaît bien la wilaya pour avoir été le directeur de campagne de Mohamed Cheikh ould El Ghazouani a adopté une démarche pédagogique qui a permis aux représentants des cinq départements (Kaédi, Lexeïba, Monguel, Mbout et Maghama) de dresser tour-à-tour les questions qui semblent les tenir en laisse. Divers élus – députés, maires, conseillers régionaux… – ont exposé chacun, sans retenue ni censure, la cartographie de leur territoire et les problèmes y afférant. Au demeurant, on retiendra, de toutes ces interventions, le caractère agro-sylvo-pastorale de la wilaya comme une invite à valoriser ce potentiel qui pourrait bien être une des réponses aux enjeux de l’emploi des jeunes.
Au-delà de cet aspect général de la wilaya, les questions de santé, d’éducation, des femmes et des jeunes ont été amplement ressassées, avec quelques variantes, suivies de propositions de nature à les résorber. D’autres interrogations transversales liées aux couches vulnérables, aux personnes handicapées, aux filets sociaux et à celle, récurrente, des « gazra » (occupation illégale de terres pour les habiter) ont également alimenté les différentes interventions. Une véritable foire qui n’a nullement perturbé le chef de la mission dont le style a permis de donner à chacun l’opportunité d’intervenir sans aucune contrainte sur la thématique de son choix. Doublée du sens du leadership, la pondération des autorités a facilité la distribution du temps de parole, à la grande satisfaction de tous les participants. Des responsables syndicaux aux structures des parents d’élèves, en passant par les agriculteurs, les éleveurs et la Société civile, dans son acceptation la plus large, tous ont émis les problèmes auxquels ils sont respectivement confrontés. De fait et comme naturellement, la récurrente cohabitation difficile entre éleveurs et agriculteurs a marqué en boucle les ateliers. Dans ce concert bien rythmé, les chefs de services régionaux ont posé également les problèmes et surtout proposé des solutions urgentes qui leur permettraient de couvrir toute la wilaya pour mieux jouer leur partition.
S’il est clair que la rencontre a permis de mettre en face les décideurs et les populations, il est tout aussi important de souligner que l’inexistence, sur l’étendue du territoire de la wilaya, de la plus petite unité de transformation des produits de son sol, a attiré beaucoup d’interrogations sur le ciblage des investissements à court et moyen termes. Tout comme la mécanisation de l’agriculture qui souffre de la carence d’une vision holistique, à l’instar des autres secteurs-clés susceptibles de promouvoir la région et en faire un pôle de développement dont les femmes et les jeunes seraient à-la-fois les porteurs et les bénéficiaires.
Même si certaines thématiques comme le changement climatique et le tourisme, entre autres, ont été moins abordées, il n’en demeure pas moins que ces trois jours ont permis de libérer la parole comme pour laisser éclater les énergies avec des variantes d’amplitude et de rétablir un tant soit peu une confiance plus ou moins émiettée entre les gouvernants et les populations qui ont peut-être compris qu’au-delà des urnes, leurs voix comptent désormais dans la marche du pays.
Biry Diagana, CP Gorgol