Manœuvres des Forces Armées Nationales à l’Est du pays : Evaluer les capacités opérationnelles de nos unités

15 May, 2024 - 14:34

La dégradation de l'environnement sécuritaire au Sahel depuis la disparition de la Force G5 avait sonné l’alarme en remettant en cause notre politique de défense et la nécessité de la repenser dans le contexte de l’accélération de la détérioration de la situation sécuritaire au Sahel et en particulier sur nos frontières où depuis quelques temps les exactions des forces armées maliennes et leurs alliés les mercenaires de la Force Wagner sont terriblement ressenties par nos populations.   

Le changement des données tactiques avec la présence sur les frontières d’une armée classique impose des mesures urgentes pour faire face à cette situation préoccupante. Il devient plus que jamais urgent de revoir notre concept de défense et en particulier le besoin d’adapter nos capacités et notre stratégie sécuritaire dans un environnement sécuritaire en détérioration constante avec toutes ces alliances qui se font et se défont autour de nous (naissance de l’Alliance des Etats du Sahel, l’arrivée des Mercenaires de Wagner puis des troupes russes au Sahel, le départ des pays de l’OTAN).

Sur le plan international le centre de gravité de la confrontation Est-Ouest semble se déplacer de l’Ukraine vers le Sahel dont la ligne de démarcation se dessine clairement, divisant le Sahel en deux blocs se regroupant derrière les deux puissants belligérants, entrainant par effet de domino les pays du Sahel dans leur sillage, ramenant à l’esprit le démon du Rideau de Fer du temps de la guerre froide.

 

Revoir la stratégie de défense

Ce changement inattendu a remis sur la table la problématique d’une mise à niveau de la disponibilité opérationnelle avec un regain de tension dans un contexte stratégique et tactique différent de la lutte contre le terrorisme sur laquelle le format actuel de notre armée a été conçu.

C’est ainsi que, consciente de ces changements accélérés qui surviennent au Sahel, l’Etat-major Général des Armées a aussitôt réagi en déclenchant des exercices de manœuvres à l’Est du pays, engageant toutes les composantes terrestres et aériennes des Forces Armées Nationales.

L’objectif de ces manœuvres vise à évaluer la capacité des Forces Armées et de Sécurité en volumes de forces, de mobilité, d’appuis-feux, d’appui aérien, de soutien en renseignements et de la conduite, de la coordination des combinaisons et des actions des différentes composantes des Forces Armées et de soutien logistique au niveau stratégique et tactique.

La nécessité s’impose de revoir la stratégie de défense conçue initialement dans le cadre d’une alliance sous-régionale face à un ennemi asymétrique commun, en évaluant les capacités opérationnelles de nos unités tenant compte des facteurs déterminants dans la réussite des actions stratégiques et tactiques, notamment, les effectifs, les équipements, le soutien logistique, la mobilité, disponibilité opérationnelle et en axant l’effort sur les qualités des ressources  humaines.

Au cours de ces manœuvres, l’Etat-major Général des armées pourra évaluer la capacité des unités à mener la guerre ou à préserver la paix par la dissuasion, mettre à l’épreuve les capacités liées à l'interopérabilité des procédures et des matériels, les capacités de déploiement rapide, mettre le doigt sur les lacunes doctrinales et les faiblesses capacitaires ou organisationnelles.

Ces manœuvres qui n’ont nécessairement pas un caractère belliqueux sont l’occasion d’évaluer la politique de défense, la doctrine d’emploi et la crédibilité de la dissuasion. Elles constituent l’aboutissement d’un cycle de préparation, de formation et d’entrainement des Etats-majors et des forces. S’il arrive que ces manœuvres deviennent une source d’inquiétude pour un voisin, elles n’en portent pas la responsabilité, car elles ne constituent que le reflet d’une politique pacifique de notre pays.

Mohamed Lemine Taleb Jeddou

Colonel à la retraite