Docteur Ebabbe Begnouk, ancien député de Kaédi : ‘’ Le second mandat n'est plus une option pour le président de la République mais plutôt un devoir religieux, moral et politique’’

31 January, 2024 - 15:09

Le Calame : La CENI a fixé au mois de Juin prochain la date de la présidentielle. Que représente pour la  Mauritanie et sa démocratie cette échéance ?

Ebabbe Begnouk : Une autre étape pour revenir au peuple et consolider la démocratie, en plein respect des institutions. Depuis son arrivée au pouvoir, le régime actuel s'est attaché à respecter les délais électoraux et permettre aux institutions consacrées à cette tâche de remplir au mieux leur mission : la mise en place effective des trois conditions à la base du processus démocratique, le consensus, la transparence et la crédibilité. C'est ce que confirme aujourd'hui la Commission électorale nationale indépendante en annonçant la date de la prochaine élection présidentielle.

 

- Les parties de la majorité présidentielle ont demandé au président de la République qui achève son premier mandat d’en briguer un second. Pensez-vous qu'il accédera à cette requête ? Le cas échéant, pourquoi ?

- Le second mandat n'est plus une option pour le président de la République mais plutôt un devoir religieux, moral et politique auquel il doit répondre. Son Excellence le Président Mohamed ould Cheikh Ghazwani est conscient, je crois, que des milliers de citoyens issus des classes pauvres, faibles et fragiles désirent cette prolongation. Ils ne se laisseront pas priver d’une telle suite pour un président qui a réalisé la justice sociale. Après avoir longtemps croupi dans l’oubli et l’indifférence, ils ont vu leur part des ressources de l’État augmenter. Mais s’il connaissait bien ce large consensus populaire à la poursuite de son action, Son Excellence le Président de la République n’en tenait pas moins à obtenir celui de sa majorité politique. Un comportement sage et responsable qui donne une légitimité politique à la décision de se représenter.

 

- Si on vous demande de citer trois réalisations-phares du président Ghazwani, lesquelles choisiriez-vous ?

- Les réalisations de Son Excellence le Président de la République, monsieur Mohamed ould Cheikh Al-Ghazwani, sont nombreuses et variées. Elles ont touché divers aspects du quotidien des gens et se sont reflétées dans leur vie économique et sociale. On a du mal à choisir. Mais, bon, votre question m’oblige. Je choisirai donc tout d’abord le dossier social relatif aux foyers de pauvreté et de privation. Pour évoquer ce qui a été réalisé en ce domaine, voici quelques chiffres significatifs : assurance-maladie pour 600 000 citoyens ; distributions directes d'argent à 300 000 familles ; achèvement de 3 000 salles de classe et parrainage de plus de 1 000 écoles ; augmentation du système de retraite pour 300 000 citoyens…

Secondement, l'apaisement politique et l’instauration d’un climat de stabilité. Cela a permis d'aborder les problèmes dans la compréhension et la confiance entre les acteurs politiques, tout en réduisant la rhétorique de division et de conflit qui prévalait auparavant. En trois, le dossier des droits de l'Homme. Il a connu des progrès et des succès ; notre pays a réussi à surmonter de nombreux problèmes dans la lutte contre l'esclavage et le discours raciste, et à affronter la mauvaise image que certains partis et entités donnaient de l'État.

 

- Consolider l'unité nationale, lutter contre la corruption et pour la bonne gouvernance : volonté politique ou slogans ?

 - Vous vous souvenez de l’élection présidentielle de 2019 et des images de chars parcourant les rues de Nouakchott, une scène à laquelle on ne s'attendait pas. Son Excellence le Président de la République, monsieur Mohamed ould Cheikh Al-Ghazwani, s'est empressé de prendre d'importantes mesures urgentes pour remédier au déséquilibre que révélait cette situation. Il a lancé un dialogue avec tous les dirigeants politiques et donné des ordres pour affiner le discours politique, éviter toute forme de chantage et ciblage, permettre aux leaders d’opinion de circuler librement et lever toutes les barrières dressées devant eux. Ces mesures ont contribué à renforcer l'unité nationale.

 

Dans le domaine de la lutte contre la corruption, le régime a pris des mesures importantes, rattachant l'Inspection générale de l'État à la Présidence de la République pour renforcer sa position et lui permettre de travailler de manière indépendante. Dans ce contexte, l'IGE a visité des dizaines d'institutions et réalisé d'importants rapports techniques à la suite desquels de nombreux fonctionnaires ont été limogés, invitant certains à verser des centaines de millions d'ouguiyas au Trésor public.

Sur un autre sujet, le rapport de la Cour des Comptes a été publié, faisant état de violations dans la gestion de certaines institutions, et des mesures ont été prises contre toutes les personnes citées. Vous savez que ce régime est aussi celui qui a accepté de fonder une commission d'enquête parlementaire sans précédent en son genre. Elle a accompli un travail important et traité de gros dossiers relatifs à la dernière décennie.

 

- Vous avez fondé dernièrement le Mouvement du Peuple du Fleuve. Quelles nouveautés ce mouvement va-t-il apporter ? Êtes-vous toujours membre de l’AND ?

- Le Mouvement du Peuple du Fleuve est un mouvement politique né sur la rive mauritanienne du fleuve Sénégal pour ses habitants. Il cherche d'une part à consolider l'unité nationale, lutter contre le discours sectaire, tenir tête aux partisans de la sédition et d'autre part valoriser les acquis obtenus au cours du premier mandat de Son Excellence le Président de la République, monsieur Mohamed ould Cheikh Al-Ghazwani. Je suis désormais à la tête de ce mouvement et n’appartiens plus à aucun autre parti.

 

- Quels enseignements avez-vous retenus de votre législature pour la moughataa de Kaédi ?

- Le dernier mandat a été pour nous une occasion importante de servir la population, connaître ses problèmes et ses espoirs, dialoguer étroitement avec elle, surtout les plus faibles, les pauvres et les malades. Nous avons pu résoudre de nombreuses questions liées aux écoles, aux points de santé, à l'agriculture et à l'approvisionnement en eau. Lorsque Dieu vous donne l’opportunité de servir les gens, vous devez en profiter pour y travailler dur.

 

- Á six mois de la prochaine présidentielle, la scène politique ne s'agite quasiment pas, on ne compte que peu ou prou d'annonces de candidature. Est-ce à dire que le match est joué d'avance et que le scrutin ne sera qu'une simple formalité pour le président Ghazwani… si tant est qu'il décide de briguer un second mandat ?

- Il existe un large consensus sur la reconduction de Son Excellence le Président Mohamed ould Cheikh Al-Ghazwani à la tête de l’État, c’est un consensus politique et populaire.  C’est normal, compte-tenu des réalisations du Président dans les domaines social, économique, sécuritaire, militaire et diplomatique. Je pense que quiconque envisage de rivaliser avec Son Excellence le Président Ghazwani doit tenir compte des importants résultats que celui-ci a obtenus et qu'il existe une large partie de la population qui ne veut que Son Excellence le Président Ghazwani.

Tout le monde s'accorde à reconnaître que la victoire de Son Excellence le Président lors des prochaines élections ne fait aucun doute. Mais cela n’empêche pas d'autres mauritaniens de postuler à la magistrature suprême, s'ils remplissent les conditions, et il reste d’ailleurs beaucoup de temps pour ceux qui souhaitent se présenter.

 

Propos recueillis par Dalay Lam