INA : Former et promouvoir les acteurs culturels

13 September, 2023 - 08:36

L’institut National des Arts (INA) est la première institution mauritanienne en ce domaine. Fondé par décret en 2020, il a pour vocation de promouvoir la diversité culturelle du pays à travers le cinéma, le théâtre, les arts plastiques et la musique. Sa fondation entre dans le cadre des engagements du président de la République, à savoir la formation des acteurs culturels et la mise en place d’un Prix du président de la République pour les Beaux-arts dont le premier fut décerné à l’occasion du festival culturel de Djéol en 2023. L’INA se situe dans la nouvelle Maison des jeunes, près de la mosquée marocaine.  Ses locaux sont en voie de réhabilitation.

Durant ses trois premières années d’existence, l’INA s’est attelé à accomplir sa noble mission : former les acteurs culturels du pays. Réputée « pays du million de poètes », la Mauritanie regorge également de milliers d’artistes dont la majorité est formée dans leur propre famille. Un atout, certes, mais aussi un handicap car, avec l‘évolution du monde et des instruments, les artistes ont besoin de s’adapter aux nouvelles exigences de leurs métiers. L’INA y contribue en organisant diverses formations. Il en organise actuellement une session de deux mois dans les locaux de l’Institut Supérieur de la Jeunesse et des Sports de Nouakchott. Elle a démarré le 1er Août dernier et doit s’achever fin-Septembre.

Signalons que l’INA a reçu la visite des ambassadeurs et des attachés culturels des USA, de la France et son IFM, de l’UE, de l’Allemagne du Maroc, d’un groupe musical américain et du GRDR. « Ces visites ont été l’occasion », souligne monsieur Dicko Abdoul, le directeur de l’INA,« d’échanger sur les perspectives de coopération et ont permis d’organiser des sessions de formation au profit de jeunes acteurs culturels mauritaniens ».

48 jeunes à l’École des arts

Quarante-huit jeunes mauritaniens suivent ladite session de formation de deux mois sur quatre métiers de l’art : cinéma, théâtre, musique et arts plastiques. C’est une Première en Mauritanie. Elle est offerte par l’INA dont « la mission », explique monsieur Dicko Abdoul,« est de promouvoir ces métiers dans un pays riche de sa diversité culturelle et ethnique ».Elle vise à assoir les bases de ces métiers et renforcer en même temps les capacités des artistes en herbe dont beaucoup ont déjà bénéficié de formations, parfois en des centres culturels d’ambassades étrangères ou carrément hors du pays mais jamais dans une institution nationale.

Il était presque 11 heures quand nous franchissons les portes de l’École nationale de la jeunesse et des sports (ENJS) située dans l’ancienne Maison des jeunes. Un membre de l’INA nous accueille à la porte du compartiment Nord de cette grande bâtisse, fruit de la coopération chinoise. Notre guide va nous mener successivement dans les quatre salles de formation.

Théâtre

D’abord l’atelier de théâtre. Ici, les jeunes apprenants suivent les explications de leur formateur. Deux de ceux-là, Alioune d’El Mina et Lalla d’Arafat, acceptent de nous livrer leurs impressions. Bouillonnant de passion pour leur art, ils sont là pour s’y perfectionner. Lalla a déjà bénéficié de formations à l’étranger et participé à plusieurs festivals, en Mauritanie et ailleurs ; elle souhaite améliorer ses connaissances afin de faire carrière dans le théâtre qu’elle pratique avec une troupe de jeunes de son quartier. Le parcours d’Alioune est similaire à celui de Lalla. Ce jeune d’Arafat Poteau 11 a pris très le goût de cette discipline et suit les grands talents nationaux et étrangers ; il est lui aussi membre d’une troupe de quartier et se produit dans une école de cette bourgade de Nouakchott. Ces deux jeunes souhaitent renforcer leurs capacités à travers cette formation :« Quand nous avons entendu l’appel à candidatures, nous avons accouru, c’est une occasion que nous guettions. Les cours qu’on nous offre répondent à nos attentes et souhaitons pouvoir améliorer, à terme, nos prestations et, partant, nous insérer dans la vie professionnelle ».L’atelier est dirigé par un des pionniers de cet art en Mauritanie, monsieur Soulèye Abdel Vettah, qui forma plusieurs jeunes mauritaniens au Conservatoire national de musique de Nouakchott.

Cinéma

À l’atelier de cinéma, le formateur, Salem Dendou, conduit son cours au tableau en expliquant comment prendre les images, bien cadrer et régir, tandis qu’un caméraman filme. « C’est un métier difficile parce qu’il faut savoir tenir correctement sa caméra, cadrer et monter un scénario », indique le formateur. « Il faut aussi », ajoute-t-il, « connaître le droit à l’image. […] Le cinéma exige une bonne formation de base », précise-t-il. Les cours sont comme ailleurs théoriques et pratiques. Parmi les douze participants, il y a Aboubecrine et Abrakhoum mint Othman.

Le premier affiche sa détermination à magnifier, par la caméra, la diversité culturelle en Mauritanie et contribuer ainsi à rapprocher les différentes communautés. Pour lui, le cinéma peut fortement raffermir les rapports entre les gens. Il souhaite être ambassadeur culturel de son pays, en devenirun porte-étendard, à l’instar du grand cinéaste Mohamed Hondo, par exemple.

Quant à Mint Othman, elle avoue que cette session de formation est pour elle et ses amis une aubaine. « Nous attendons depuis longtemps une occasion de pouvoir renforcer nos capacités ; nous sommes sur un projet d’entreprise et il y a, dans le groupe, des scénaristes, des monteurs et des cadreurs… Il regroupe plusieurs spécialités du domaine. La session est intervenue au bon moment, nous allons, au terme des deux mois, pouvoir mettre en œuvre notre projet parce que nous aurons acquis des outils nécessaires pour nous lancer. Je profite de cette occasion pour dire à mes jeunes compatriotes que l’État ne peut pas tout donner, il leur faut oser entreprendre pour s’insérer dans la vie active », conclut la dynamique jeune fille.

Arts plastiques

De leur côté, Binta et Oumar Konaté sont venus de Mellah et Riyad (PK) pour peaufiner leurs capacités en arts plastiques. Un métier assez pu connu mais qui constitue, pour ces génies en herbe, une source d’inspiration et d’épanouissement de l’individu. « Les arts plastiques permettent de se représenter le monde », indiquent-ils.  « Notre souhait, en prenant part à cette formation, est de nous sortir de l’oubli et de la marginalisation ». Et Oumar de déplorer : « rien n’est fait par les pionniers et les aînés pour aider les jeunes artistes plasticiens à émerger. Or nous avons besoin d’accompagnement, non seulement des pouvoirs publics, mais aussi de l’expertise de nos devanciers, pour nous épanouir, conquérir le marché et non pas servir de béquilles aux autres. Nous avons un potentiel à exploiter, un avenir à construire et à garantir. » Pour ces jeunes, la formation offerte par l’INA est une belle opportunité. Ils espèrent non seulement participer aux grands évènements nationaux et internationaux mais également amener les jeunes artistes plasticiens à s’organiser pour s’imposer dans l’échiquier national. Ils reconnaissent tout de même que la tâche n’est pas facile, dans la mesure où c’est un art peu connu et que la concurrence est rude.

Musique

Il est 16 h 30 quand les douze participants à l’atelier de musique arrivent à l’ISJS pour leur master class. Avant d’aller en cours, un petit groupe se forme sur la petite cour de l’établissement. Une ardine entre les mains, la formatrice Mounina mint Seymani discute avec des apprenants, en grattant de son instrument. Questionnée sur l’assiduité et la motivation de ses élèves, elle répond que tout se passe bien et que l’avenir est devant les candidats. Parmi les participants, voici Diaté Diouwara, fille de la cantatrice Coumba Ali Diawli. « Ma maman est une grande artiste, elle est connue en Mauritanie et ailleurs. J’ai grandi dans une famille d’artistes et j’ai pris très tôt goût à la musique. Quand notre mère doit se produire quelque part, ma sœur et moi l’accompagnons en tant que choristes et danseuses. Il arrive aussi que des artistes mauritaniens d’autres communautés me sollicitent pour les accompagner. Ainsi, puis-je donner, ici et ailleurs, une touche traditionnelle spécifique lors des grandes rencontres culturelles qui doivent refléter la diversité et le brassage culturel de notre pays ».

C’est d’ailleurs pourquoi elle profite de cette formation pour apprendre à jouer l’ardine, cet instrument de la communauté arabe de Mauritanie. « Je vais être la première de ma communauté à en jouer », se réjouit-elle, avant d’indiquer avoir essayé en vain la guitare. « Cette formation est importante pour moi.  Non seulement elle me permet de renforcer mes capacités mais aussi d’acquérir une attestation prouvant que je suis passée par une école professionnelle. C’est très important pour ma carrière. »À la question de savoir si son art la nourrit, la jeune artiste répond simplement que la musique est sa vocation et qu’elle espère à travers elle contribuer à l’épanouissement de la culture de son pays. Diaté a déjà pris part à quelques manifestations culturelles ici et à l’étranger.

Mohamed Seyid est un autre participant à l’atelier « musique ». Lui aussi issu d’une famille d’artistes, il affiche son intérêt pour cette formation qualifiante. « Je suis artiste, j’ai des outils mais pas de diplôme me permettant de prouver que j’ai été formé dans une institution reconnue et c’est un handicap. »   L’homme connaît le solfège et joue de différents instruments traditionnels et modernes. « Tout le monde écoute de la musique », dit-il, « elle adoucit les mœurs, supprime les barrières et rapproche les hommes et les communautés ». Son groupe utilise plusieurs langues pour agrémenter ses chansons. Ould Seyid est aussi à la tête d’une association dénommée « Elwan Azawan pour le développement » qui a organisé diverses manifestations culturelles et artistiques, dont les foires de Medh. « Nous espérons qu’avec d’autres formations semblables », conclut-il, « la musique pourra progresser et évoluer au mieux pour le bien-être des artistes et des mélomanes ».

Reportage Athié Alassane