Vaccination contre la rougeole : Vaste campagne de sensibilisation

11 December, 2014 - 00:44

Après l’introduction des vaccins contre les pneumonies (pneumocoque), la poliomyélite, au mois Septembre 2014, et de la méningite, en Octobre (Menafrivac), les pouvoirs publics viennent d’organiser une vaste campagne de quelques jours contre la rougeole. Elle ciblait le tiers de la population mauritanienne. Nouvelle étape, soutenue techniquement et financièrement par les partenaires : l’OMS et l’UNICEF, dans la lutte contre la mortalité et la morbidité infantile.

Nous voici au centre de vaccination ouvert à l’école Ibn Sina, dans le quartier Las Palmas de Tevragh Zeïna. Assise dans un froid glacial,  Zeïnabou mint Mohamed surveille attentivement l’administration de l’antigène anti-rougeoleux à ses trois enfants, âgés respectivement de cinq, sept et neuf ans. « J’ai parfaitement confiance en l’efficacité du vaccin et en l’expertise de l’agent vaccinal. Sinon, je ne serais pas là. L’expérience nous a montré que la vaccination constitue le meilleur moyen d’éviter l’infirmité et les pathologies mortelles. Aisément disponible, elle est aussi gratuite », souligne-t-elle, en souriant et passant la main sur la tête de son enfant qui vient d’être vacciné.

Kadia Sow, infirmière à la Polyclinique, se félicite de la collaboration des parents et de la famille scolaire, soulignant que la direction de l’école Ibn Sina a offert une classe permettant à ses collègues et elle de travailler dans de satisfaisantes conditions. « L’opération se déroule activement, les parents amènent leurs enfants et respectent la queue, tandis que le matériel vaccinal est disponible (vaccin, diluant seringues). Je salue l’engouement des parents et leur collaboration qui nous permettent d’aller vite et de couvrir ainsi un plus grand nombre d’établissements scolaires », précise cette infirmière vêtue d’un gilet jaune.

Nous sommes à deux jours de la fin de la campagne. A l’école privée Sanabelle (SOCOGIM Tevragh Zeïna), les parents insistent auprès de l’administration pour que leurs enfants soient vaccinés. C’est notamment le cas de Mme Mah qui demande l’immunisation de ses deux enfants. Le directeur de l’école déclare avoir reçu la confirmation que son établissement sera visité le jour même par les vaccinateurs. Le choix des écoles pour accueillir les sites de vaccination est salué aussi bien par les parents que le personnel enseignant, réunis dans le même souci d’éduquer des enfants sains, aptes à apprendre et comprendre.

 

Des résultats tangibles…

Commentant le déroulement des opérations, le docteur M’Bareck ould Houmeïd, coordinateur national du Programme Elargi de Vaccination (PEV) au ministère de la Santé, est satisfait : « Tout se déroule parfaitement. Les wilayas enregistrent, aux premiers jours, des taux encourageants variant entre 55 et 60 %, ce qui augure de très bons résultats. […] Cette campagne de masse contre la rougeole est organisée tous les trois ans et devra toucher tous les enfants de 9 mois à 14 ans, quelque soit leur emplacement, villes ou campements, par des équipes fixes et mobiles bien formées et suffisamment équipées ».

Quelle est l’ampleur de la rougeole en Mauritanie ? Le docteur Houmeïd nous apprend que cette pathologie est en voie de disparition dans le pays. Il en existe seulement des cas latents qui nécessitent davantage de vaccination et de contrôle. Il se réjouit également de l’absence de Manifestations Adverses Post-Immunisation (MAPI) et de l’afflux considérable des populations vers les centres de vaccination, avant d’ajouter : « Aucune rupture en vaccins, seringues ou diluant n’a été signalée, en dépit de l’immensité du territoire national et l’enclavement de nombreuses localités ».

Le coordinateur vante alors l’expérience et la compétence de son staff qui a su organiser plusieurs campagnes de vaccination dans un temps record, ce qui va accélérer l’atteinte des OMD sanitaires : « Au PEV, notre force, c’est que nous disposons d’équipes techniques aguerries et d’une crédibilité assurée, auprès des partenaires et organismes spécialisés en la matière ». Et de conclure en annonçant l’introduction, le 5 décembre, dans le PEV de routine, du vaccin Rotarux contre les diarrhées.

Pour sa part, le docteur Nacerdine ould Zeïdoune, responsable de la vaccination et de la nutrition à l’OMS-Nouakchott, a d’abord détaillé les symptômes de la rougeole. « Virale, très contagieuse, elle se manifeste par éruption cutanée, fièvre, écoulement nasal, conjonctivite, toux et taches blanchâtres dans la bouche. En dépit des couvertures administratives en vaccins anti-rougeoleux, cette maladie survient, le plus souvent, sous forme d’épidémie, entraînant un taux très élevé de décès. Lorsqu’elle n’est pas traitée précocement, la rougeole peut engendrer d’autres pathologies graves comme la cécité, la surdité, des perturbations cérébrales, et même la mort ».

Le responsable de l’OMS précise qu’entre 1980 et 1989, une moyenne annuelle d’un million de cas présumés de rougeole était enregistrée dans la région africaine. Dans la décennie suivante, elle a chuté à 450 000, pour atteindre 250 000, entre 2000 et 2009. Entre 2006 et 2009, la moyenne annuelle de cas de rougeole signalés était même inférieure à 100 000 pour toute la région. Le docteur Nacerdine ould Zeïdoune explique que ces évolutions sont le fruit d’un acte vaccinal soutenu et que quatre cent quarante- cinq millions enfants, issus de quarante-cinq pays membres, ont été vaccinés grâce aux AVS (vaccin) entre 2001 et 2010. Et de noter que les activités de vaccination anti-rougeole supplémentaires ont fourni une plateforme pour les prestations avec un bon rapport « coût-efficacité », à haut impact pour la survie de l’enfant.

 

… mais il faut faire mieux

Où en est-on dans la réalisation des OMD sanitaires ? Le docteur répond : « La région africaine a adopté les objectifs de réduction de la mortalité rougeoleuse à partir de 2001 et, depuis lors, suit les stratégies recommandées par l’OMS et l’UNICEF. Leur mise en œuvre a entraîné une réduction de 92 % du nombre estimé de décès dus à la rougeole dans la région entre 2000 et 2008. Malgré cette réduction, considérable, il reste que la couverture par le vaccin anti-rougeoleux, la qualité des activités supplémentaires de vaccination et de la surveillance de la maladie n’ont pas atteint, dans la région africaine, les niveaux requis pour prévenir la résurgence de toute épidémie ». Et le responsable de l’OMS d’ajouter qu’en 2010, vingt-huit pays africains ont connu des flambées de rougeole.

En ce qui concerne la Mauritanie, il précise que la campagne se déroule encore et cible une population de 1 417 788 enfants de 9 mois à 14 ans et qu’à ce jour, aucun cas de MAP n’a été enregistré. « Les résultats préliminaires montrent qu’un bon nombre des régions ont dépassé l’objectif ciblé, 95 % de couverture, mais il nous manque les résultats définitifs de quelques wilayas pour établir un bilan global ». Le responsable de l’OMS se félicite de l’adhésion généralisée à la vaccination, au sein de la population mauritanienne, et qualifie cette agrément populaire du vaccin d’atout majeur et point de force, pour le pays, qui suscite espoir quant à la réussite de la démarche.

Il estime que les succès enregistrés, ces derniers temps, par l’OMS, en de multiples campagnes, résultent d’un engagement politique fort, en faveur la santé, de manière générale ; celle de l’enfant et de la mère, en particulier. « La vaccination », dit-il, « constitue un pilier essentiel de celle-ci, grâce au dynamisme et au savoir faire de l’équipe de la direction de la santé de base et de la nutrition, notamment le PEV, et à la bonne coordination avec les partenaires, y compris l’OMS ». Et le docteur Nacerdine ould Zeïdoune de conclure : « En bref, une campagne très utile qui vient renforcer et consolider toutes les initiatives que le ministère de la Santé avait déjà pris en faveur du bien-être de l’enfance. L’engagement politique des décideurs et le soutien des partenaires doivent servir de levier pour accélérer les progrès en terme de contrôle des maladies évitables par la vaccination ».

K.T