A vos mémoires, Méderdrois.../par Mohamed Ould Ahmed Meiddah

4 June, 2020 - 01:24

Il s'agit bien de Sidi Niang (que son âme repose en paix)... Un visage familier... Pas pour tous, il est vrai, mais pour plusieurs générations de Méderdrois, c'est sûr...
Je pourrais ne pas en dire plus tellement ce nom est ancré dans la mémoire collective de tous ceux qui sont passés par là...
Sidi NiangHammet est né à Kaédi (Touldé) en 1923. Fils d'un noble chef de canton, il se trouva très tôt face à face avec les lourdes charges dévolues à son rang social et il s'en acquitta hautement avant de se voir incorporé dans l'armée française déjà en mauvaise posture en Indochine.
Il prit part, comme soldat-infirmier, à la célèbre bataille de DiênBiên Phu, moment-clé de la guerre d'Indochine qui se déroula du 20 novembre 1953 au 07 mai 1954 et qui opposa, au Tonkin, les forces de l'Union française aux forces du Viêt Minh, dans le nord du Vietnam actuel.
Légèrement blessé durant ces affrontements, il en gardera une forte admiration teintée de crainte pour les guerriers vietnamiens et surtout pour le GéneralGiáp.
La guerre terminée, il est muté à Méderdra comme chef du poste médical et depuis lors, c'est une véritable histoire d'amour entre lui et ce village qui ne prendra fin qu'à sa mort, au début des années 1990.
En effet, ce fut une véritable intégration sur tous les plans. Il n'était plus seulement l'infirmier du village mais le père, l'oncle, le frère de tous et le notable par lequel passaient toutes les grandes décisions de la Djemaa locale.
Il s'était forgé une place de premier plan dans cet Iguidy, célèbre par la complexité de son milieu et la diversité culturelle de ses habitants...
En effet, Sidi Niang était aussi bien intégré dans le Mahsar du Trarza que dans les cercles Tachomchas et particulièrement Ewlad Deymane.
Durant tout ce temps-là, il a gardé intact son accent d'origine mais il n'avait aucune difficulté à déchiffrer le langage subtil et codé de son entourage et savait bien se faire comprendre autour de lui en parlant à chacun dans le style qui le différenciait des autres.
Admis à faire valoir ses droits à la retraite, il choisit de s'installer à Méderdra pour de bon.
Sa maison bien implantée au centre du village ne désemplissait jamais et la diversité de ses visiteurs donnait une idée de la place qu'il occupait dans le dispositif local...
On y rencontrait de grands notables enturbannés, des bédouins aux longues touffes, des vieux oisifs autour d'une partie de "Srand" et des visiteurs de tous bords cherchant qui une "piqûre" qui des comprimés d'Aspro ou de quinine.
Les évènements de 1989 allaient douloureusement déstabiliser cette maison paisible, au grand désarroi de centaines de Méderdrois réunis pour implorer des gendarmes zélés de ne pas expatrier Madame Sidi Niang née Hawa Diallo, vers le Sénégal, son pays d'origine qu'elle n'a pas revu depuis plus de quarante années passées à Méderdra...
Peine perdue ! La cassure était inévitable et. devant des femmes et des enfants en pleurs, Madame Hawa Diallo fut renvoyée manu militari vers la rive gauche du Sénégal, un monde qui lui est devenu étranger... Elle avait plus 70 ans !
Elle en reviendra deux années plus tard mais Sidi Niang, affecté par ce déchirement douloureux, était déjà très malade... Il était hospitalisé et entouré de Méderdrois de tous bords, refusant de le laisser aux mains de ses plus proches parents
Sentant sa fin imminente, il demanda à être enterré à Méderdra. C'était son dernier désir.
Il fut vite suivi par Hawa.
Leur souvenir est aujourd'hui intact et, à travers leurs fils et petits-enfants, les relations qu'ils ont tissées avec les Méderdrois resteront pour toujours au beau fixe.