
Les attaques répétées aux frontières, notamment des drones marocains et de l'armée malienne, qui coûtent la vie à d’innocents citoyens ; une administration qui s'effiloche ; l’échec d’un gouvernement face aux défis du siècle ; sans oublier ces taxes et ces impôts qui écrasent des épaules déjà bien courbées… Le tableau semble de plus en plus sombre.
Cette litanie de la fatigue nationale s’accompagne de nos propres horreurs : incivilités, replis identitaires et cette fierté mal placée qui préfère le clan à la nation. Ce sont là des maux réels. Mais soyons lucides : la liste de nos malheurs n’a jamais constitué un argument constitutionnel.
Elle appelle à une refondation urgente, non à une perpétuation par dépit. On ne soigne pas une fièvre en prolongeant indéfiniment le bail du médecin.
La diplomatie n’est pas une école
Certes, on nous vante la bonté et la sagesse du président son excellence Mohamed Ould El Ghazouani, qui auraient permis d’éviter les conflits et de préserver la stabilité du pays. Reconnaissons-lui ce mérite. Mais repousser sans cesse les contradictions ne constitue pas une stratégie : c’est de la procrastination politique.
La véritable sagesse ne se mesure pas au seul silence des armes. Elle se mesure aussi à la dignité retrouvée des citoyens : une école qui éclaire enfin, un hôpital qui soigne véritablement, des forces de l’ordre qui veillent efficacement à la sécurité des citoyens et une justice qui protège aussi bien le puissant que le faible, et surtout sans accorder des circonstances atténuantes pour les criminels.
Dès lors, faut-il ouvrir le dialogue sur un troisième mandat ? Poser la question de cette manière, c’est déjà risquer d’y répondre de travers. Un mandat ne se légitime pas par les périls que l’on brandit pour susciter la peur, mais par le droit qui l’encadre et le limite.
Si la Constitution limite le nombre de mandats, la contourner sous prétexte que «c’est la situation délicate qui l'oblige » constituerait une rupture de confiance, et non une continuité institutionnelle.
Dialogue national ou plébiscite déguisé ?
Si un dialogue national est convoqué uniquement pour organiser une succession sur mesure, ce n’est plus un dialogue : c’est un plébiscite déguisé.
En revanche, s’il s’ouvre sur les véritables causes de nos fragilités — la sécurité, la redistribution des richesses, la cohésion sociale, la lutte contre la corruption et les discriminations — alors la question du mandat retrouve sa juste place. Elle cesse d’être une obsession pour redevenir une question institutionnelle, soumise au droit et à l’intérêt général.
Le cœur d’un authentique dialogue national ne peut être la longévité d’un homme, mais le contrat social qui lie la nation à ses institutions.
Ce qui justifie d’ouvrir le débat, ce n’est pas la peur du chaos, mais l’exigence de justice. La Mauritanie n’a pas besoin d’un troisième mandat pour être sauvée d’elle-même. Elle a simplement besoin d’un dialogue qui regarde la nation dans le miroir, sans fard ni complaisance, et qui pose enfin la seule question qui vaille : Le pouvoir est-il fait pour durer, ou pour servir ?
Eléya Mohamed




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