
Le rapport 2024-2025 de l’Inspection générale de l’État mérite d’abord d’être lu pour ce qu’il est : un document technique de contrôle, et non un jugement. Sur 39 missions recensées, 35 ont été exécutées, dont 28 clôturées, portant sur 32,862 milliards Mru. Sur ce périmètre, l’IGE établit à 2,375 milliards Mru l’impact financier des dysfonctionnements constatés, soit environ 7% des montants audités.
Le résultat est substantiel : 524,48 millions Mru , soit 22 % de l’impact financier constaté, sont annoncés comme réparés ou en cours de réparation ; 1,298 milliard Mru de mesures préventives ont permis soit de rationaliser des dépenses (603,76 millions), soit de suspendre des paiements (694,69 millions). Le rapport mentionne également des versements au Trésor de 45,65 millions MRU, des réparations en nature de 141,64 millions, ainsi que 1,217 milliard Mru de dossiers transmis aux autorités judiciaires et juridictionnelles compétentes. Deux dossiers ont été transmis à la Cour des comptes et deux au parquet.
Sa valeur technique tient surtout à sa méthode. L’IGE ne confond pas irrégularité, faute de gestion et infraction pénale. Elle distingue les fautes de gestion, les frais susceptibles de revêtir une qualification pénale et les dysfonctionnements administratifs ou organisationnels, avec ou sans impact financier établi. Elle précise expressément que cette classification n’est qu’une analyse juridique préliminaire et que la qualification définitive appartient à l’autorité judiciaire. Le contradictoire est intégré à la procédure : rapport provisoire, réponse de l’entité contrôlée, analyse de ses justificatifs, revue par un comité de contrôle qualité, puis rapport final.
Autre élément important : le rapport ne se contente pas d’additionner des sommes. Il identifie ou se concentre le risque. La commande publique représente à elle seule 1,419 milliard Mru, soit 60 % de l’impact financier ; viennent ensuite le recouvrement des recettes et créances avec 316,69 millions, les obligations fiscales avec 197,81 millions, puis la gouvernance et le contrôle interne avec 144,34 millions. Ces quatre domaines concentrent environ 87% de l’impact financier constaté. Enfin, le rapport permet une conclusion moins spectaculaire mais probablement plus importante : la majeure partie du préjudice financier identifié provient des fautes de gestion et du non-respect des règles et procédures, davantage que des faits susceptibles de qualification pénale. C’est une indication essentielle : la protection des deniers publics ne relève pas seulement du juge et de la répression ; elle dépend d’abord de la qualité quotidienne de la gestion.
Techniquement, ce rapport a donc une réelle valeur parce qu’il mesure, classe, documente, distingue et commerce à suivre les suites données aux contacts. Sa prochaine épreuve sera celle du résultat dans le temps : sur les 771 recommandations formulées, 420 avaient été transmises, 348 actions planifiées et 231 exécutées.
Haroun Rabani




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