Incendies des postes électriques de Nouakchott: Une crise aux multiples ramifications

31 August, 2026 - 11:16

Une capitale plongée dans le noir révèle la fragilité d’un réseau et l’absence de vision. Deux incendies, survenus à vingt-quatre heures d’intervalle les 21 et 22 août 2026, ont ravagé deux postes de transformation 33/15 kV de la capitale mauritanienne, plongeant six des neuf communes de Nouakchott dans une obscurité et une chaleur accablante pendant plusieurs jours. Au-delà de la panne technique, cet événement – dont les causes précises restent à établir – a transformé une simple coupure d’électricité en une véritable crise nationale, mettant en lumière les failles criantes d’un système électrique fragile et l’absence de prévision stratégique.

Le vendredi 21 août, un premier incendie s’est déclaré à la sous-station Est, au nord de Nouakchott, provoquant des perturbations dans plusieurs quartiers et affectant la ligne reliant la capitale à Ouad Naga, Idini et Aouleigat. Dès le lendemain, un second sinistre, d’une ampleur comparable, a frappé le poste de transformation de Nouakchott Ouest, perturbant l’alimentation électrique de la majeure partie de Tevragh Zeina, du Ksar et de Sebkha, mais aussi de lignes desservant des infrastructures critiques comme l’aéroport international Oumtounsy et le port de Tanit.

La Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC) a immédiatement mobilisé ses équipes techniques, mais celles-ci ont dû attendre la maîtrise complète des incendies par les services de secours avant de pouvoir sécuriser les sites et évaluer les dégâts. Dans l’intervalle, des quartiers entiers sont restés privés de courant, certains pendant plus de 72 heures.

Ce qui aurait pu n’être qu’un incident technique isolé s’est rapidement transformé en une crise aux multiples ramifications. L’absence d’électricité a paralysé des services vitaux. Dans les hôpitaux, les générateurs de secours ont tourné au ralenti, rendant chaque intervention médicale incertaine. Dans les pharmacies, la chaîne du froid a été compromise, menaçant la conservation des vaccins et de l’insuline. L’accès à l’eau potable, dépendant des pompes électriques, a été sérieusement compromis, malgré les efforts de la SOMELEC pour remettre en service la ligne alimentant les puits d’Idini.

Les conséquences économiques ont été tout aussi dévastatrices. Des commerçants ont vu des tonnes de denrées périssables – viande, produits laitiers, fruits et légumes – partir à la poubelle faute de réfrigération. « On n’a pas d’autre alternative. Le gasoil pour le groupe coûte plus cher que ce qu’on gagne. Et il n’y en a pas toujours », a résumé un boucher de Tevragh-Zeina.

Fragilité structurelle

Face à l’ampleur de la crise, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a ordonné la création d’une commission d’enquête indépendante, composée d’experts reconnus pour leur compétence et leur intégrité, chargée de déterminer les causes des incendies et d’identifier d’éventuelles responsabilités. Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité d’accélérer la modernisation et la sécurisation du réseau de distribution.

Mais cette réaction, aussi nécessaire soit-elle, ne saurait masquer une réalité plus profonde. Comme le souligne une analyse, « les citoyens ne disposent pas des éléments techniques permettant d’établir les causes des deux incendies ». La source du sinistre a été identifiée par la SOMELEC, mais la cause technique détaillée n’a pas été rendue publique.

Cet événement dépasse de loin la simple question d’un incendie accidentel. Il révèle une fragilité structurelle du réseau électrique mauritanien. Comme l’a noté le président Ghazouani lui-même, le problème semble relever davantage du réseau de distribution que de la production. La Mauritanie a certes augmenté ses capacités de production ces dernières années, avec une puissance installée d’environ 615 MW en 2023, mais ces efforts restent vains si les postes de transformation, les lignes et les dispositifs de protection demeurent aussi vulnérables.

Les incendies de Nouakchott ne sont pas un simple accident. Ils sont le symptôme d’une absence de vision à long terme, d’un manque d’investissement dans la résilience des infrastructures critiques et d’une planification énergétique qui n’a pas su anticiper les risques. Une défaillance électrique dans une capitale ne devrait pas paralyser simultanément l’eau, la santé, les télécommunications et l’économie tout entière.

Certaines voix appellent à un changement de paradigme. Elles rappellent qu’au début des années 2000, la Mauritanie avait su faire le pari du numérique en allégeant massivement les taxes sur le matériel informatique, ouvrant la voie à une véritable révolution technologique. Aujourd’hui, le même geste est attendu pour l’énergie solaire – une ressource abondante en Mauritanie, avec 8 à 10 heures d’ensoleillement par jour, 300 jours par an.

La crise actuelle n’est pas une fatalité. Elle est le révélateur d’un choix politique : celui de continuer à subir les aléas d’un réseau obsolète, ou celui d’investir enfin dans une vision énergétique décentralisée, résiliente et durable.

En attendant, les habitants de Nouakchott continuent de compter les heures avant le retour du courant, tandis que les autorités promettent des solutions rapides. Mais une fois la lumière revenue, il ne faudra pas oublier que l’incendie n’est que la partie émergée d’un problème bien plus profond : celui d’un pays qui, une fois de plus, a réagi dans l’urgence sans avoir su prévoir.

                                                                      Seyid Mohamed Beibakar

                                                                          Colonel à la retraite