États-Unis, Israël et le monde arabo-musulman : Une stratégie de vassalisation/Par Moussa Hormat-Allah,professeur d’université,lauréat du Prix Chinguitt

31 August, 2026 - 11:14

Supposons, à titre d’hypothèse de travail, que l’Iran dispose de la bombe atomique. Pourra-t-il s’en servir pour détruire l’État hébreu comme l’affirment sans relâche les responsables israéliens ? 

Cette thèse fallacieuse a été soigneusement construite et largement diffusée. Sous le prétexte de la survie d’Israël et grâce à un travail de désinformation patient et méthodique mené par le lobby sioniste, elle s’est imposée dans de nombreuses chancelleries et médias occidentaux.

Pourtant, cette affirmation ne résiste ni à l’examen rationnel ni aux réalités stratégiques, religieuses et géopolitiques de la région.

Pourquoi l’Iran n’utilisera pas l’arme atomique

Trois raisons majeures rendent en effet hautement improbable, sinon impossible, une hypothétique attaque nucléaire iranienne contre Israël. 

            1.        L’Iran ne pourra jamais se servir du feu nucléaire pour attaquer Israël, car aucun pays musulman ne pourra avoir l’idée de détruire la mosquée sacrée Al – Aqsa qui se trouve dans la même aire géographique. Cette mosquée représente le troisième lieu saint de l’islam et le point de départ de l’ascension nocturne du Prophète dans les sept cieux.

            2.        Une telle explosion atomique provoquerait un méga-Tchernobyl. Outre la destruction de l’entité sioniste, les retombées radioactives feraient, au gré des vents, de très nombreuses victimes dans les pays voisins : Égypte, Jordanie, Syrie et territoires palestiniens (Cisjordanie et Gaza). Sans oublier la contamination de l’air, des sols, de l’eau et des cultures. «Des centaines de milliers de victimes musulmanes pour la plupart en subiraient les conséquences sanitaires, notamment des cancers, un tel scénario serait politiquement et moralement suicidaire pour Téhéran.»([1])

 

            3.        En représailles, l’Iran serait vitrifié. Israël dispose d’une centaine de bombes A et de bombes H (thermonucléaires).([2]) Sa riposte serait immédiate avec le feu nucléaire. C’est dire que, dans les trois cas de figure cités plus haut, les conséquences pour l’Iran seraient cataclysmiques. Sans oublier que les voisins de ce pays, à savoir notamment l’Irak, le Pakistan et les pays du Golfe, seraient victimes de retombées radioactives, avec de graves conséquences sur les plans de la santé et de l’environnement, ainsi que des déplacements massifs de populations fuyant les lieux sinistrés.

A cela s’ajoute un effet systémique : en cas d’agression nucléaire hypothétique de l’Iran contre Israël et de représailles de l’État hébreu avec les mêmes armes contre l’Iran, cela provoquerait un choc sans précédent sur le marché mondial des hydrocarbures et le blocage des routes maritimes (détroit d’Ormuz, Bab el-Mandeb, canal de Suez). Une telle situation induirait naturellement des répercussions dévastatrices pour l’économie mondiale.

Tout cela, les gouvernants israéliens le savent très bien. Ils sont parfaitement conscients que si, par extraordinaire, l’Iran venait à se doter de la bombe atomique, Israël, pour ces raisons, serait à l’abri de toute attaque nucléaire venant de Téhéran.

La bombe atomique israélienne

Israël a très tôt compris qu’il était un corps étranger implanté au cœur du monde arabe et a anticipé toutes les dispositions pour préserver sa sécurité.

Après la nationalisation du canal de Suez par le président Gamal Abdel Nasser et la confrontation militaire qui s’ensuivit le 29 octobre 1956 entre l’Égypte et une coalition comprenant Israël, la France et la Grande-Bretagne, l’État hébreu a décidé d’accélérer son programme nucléaire pour se doter de la bombe atomique.

L’accord au terme duquel la France devait fournir à Israël un réacteur nucléaire a été signé en novembre 1956, autrement dit quelques jours seulement après la fin des hostilités.

La bombe atomique israélienne a été conçue, au départ, comme un moyen de dissuader l’Égypte d’attaquer l’entité sioniste.(3)

C’est dire qu’Israël, une fois de plus, est à l’abri de toute attaque nucléaire d’où qu’elle vienne dans la région.

Après l’Irak, la Syrie, c’est le tour de l’Iran

Mais, pour l’État hébreu, le problème est ailleurs. Les États-Unis et Israël, lors de guerres asymétriques, avaient déjà considérablement affaibli les potentialités, notamment militaires, de l’Irak et de la Syrie, qui constituaient une menace pour la sécurité de l’entité sioniste.

Sous le prétexte mensonger d’empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, il s’agit maintenant de s’attaquer au régime des mollahs, un autre ennemi.

L’Iran est une puissance régionale disposant d’importantes ressources humaines et économiques et maîtrise désormais un certain nombre de technologies de pointe. Ses capacités balistiques, missiles sophistiqués et drones constituent une puissante force de frappe.

Netanyahou avait déjà essayé, en vain, de convaincre des présidents américains d’attaquer l’Iran. Il aura fallu attendre l’arrivée de Trump au pouvoir, poussé par le puissant lobby sioniste, notamment son gendre Jared Kushner, pour franchir le pas. Une guerre par procuration livrée par les États-Unis, alors que les intérêts existentiels américains n’ont jamais été, à aucun moment, menacés.

« Si l’Iran cherche effectivement à se doter de la bombe atomique – ce que Téhéran dément officiellement -, ce n’est pas pour anéantir Israël. »(4) les motivations sont ailleurs :

            1.        Pour une question de prestige et de leadership régional ;

            2.        Se protéger contre des agressions militaires des grandes puissances, un peu comme le Pakistan ou la Corée du Nord. La bombe atomique est une arme de dissuasion et non une arme d’emploi.

Même doté de l’arme nucléaire, l’Iran ne pourra jamais, pour les raisons développées plus haut, attaquer Israël ou un autre pays de la région. Soutenir le contraire est une vue de l’esprit, une affabulation.

Une précision : croire à la fin des agressions des États-Unis et d’Israël contre le monde musulman après une guerre en Iran relèverait de la naïveté.

La Turquie, prochaine cible ?

Dans le monde arabo-musulman, nous avons, pour utiliser la terminologie d’Hubert Védrine, deux catégories d’États : les États « carnivores » et les États «herbivores ». Les gouvernants israéliens et américains classent ces États en fonction de leur degré de dangerosité. Après l’Irak, la Syrie, et l’Iran, un autre État « carnivore » se retrouve désormais dans la ligne de mire de l’État hébreu et de ses soutiens. Un État qui pourrait menacer, à terme, sous une forme ou une autre, la sécurité d’Israël. Il s’agit de la Turquie(5). Un État industrialisé, fortement peuplé, doté d’une puissante armée et qui, de surcroît, est membre de l’OTAN.

Il ne s’agira probablement pas d’une guerre ouverte entre Tel-Aviv et Ankara, mais sans doute d’une déstabilisation de l’intérieur de l’État turc par le Mossad, passé maître dans les coups tordus. Pour Israël, il faut freiner la montée en puissance de ce pays qui a une propension affichée à renouer avec les velléités hégémoniques de l’Empire ottoman. À cette fin, il s’agira d’exacerber les tensions internes, d’infiltrer l’armée et la classe politique, d’encadrer, voire de fournir des armes à l’opposition radicale. Tout cela d’autant plus que le président Erdogan, leader incontesté, est au crépuscule de sa vie politique.

Les accords d’Abraham et l’islam

Toutefois, on se méprendrait lourdement si l’on pensait que les États-Unis et Israël allaient se contenter seulement d’affaiblir militairement certains États musulmans qui représentent un danger avéré ou potentiel pour l’entité sioniste ou les intérêts américains. Les accords d’Abraham constituent une deuxième sûreté autrement plus redoutable. Ces accords vont s’attaquer à ce qu’il y a de plus sacré chez les musulmans : leur foi. Accords d’Abraham et Islam ne sont pas seulement incompatibles : Ils sont antinomiques.

Les oulémas sont déjà vent debout contre ce qu'ils qualifient d'hérésie. Et leurs fatwas rencontrent un large écho dans la rue arabe.

A la base de cette levée de boucliers des oulémas contre les accords d’Abraham, on avance plusieurs versets du Saint Coran et des hadiths authentiques : « Pour Allah, la vraie religion c'est l’Islam »(6). Avec Mohammed, sceau des prophètes, toutes les autres religions sont devenues, pour les musulmans, caduques. Allah n’agrée plus que le seul Islam.

Cette interpénétration des cultes au motif qu’Abraham serait le prophète de tout le monde, toutes confessions confondues, n’a aucune base religieuse. On peut lire dans le Coran : « Abraham n'était ni juif ni chrétien(...)(7). Et Allah, dans un verset qui suit d’ajouter : « O gens du Livre (Juifs et chrétiens), pourquoi habillez-vous le Vrai par le faux et dissimulez-vous la vérité que vous connaissez ? »(8).

Par ailleurs, la tentative de fédérer les lieux de cultes sous l'étendard de la pseudo-religion d'Abraham sera vouée à l'échec. Dans une monarchie du Golfe, on trouve, dans l'enceinte du même complexe, côte à côte, une mosquée, une église et une synagogue. A ce sujet, l’injonction divine est sans appel : « Sachez que les mosquées appartiennent à Allah Seul. N’adorez donc personne en dehors de Lui ! »(9).

Dans un autre verset Allah dit : « O ! Vous qui croyez, ne prenez pas les Juifs et les Chrétiens pour alliés. Ils sont les alliés les uns des autres [contre vous]. Ceux d’entre vous qui s’allient à eux seront considérés des leurs. Allah ne guide pas les injustes sur le bon chemin ».(10)

Ce verset signifie que tout musulman qui prend les juifs et les chrétiens pour alliés, s’est détaché de la communauté des musulmans pour rejoindre leur camp.

Dans un autre passage du Coran, Allah dit à l'adresse de Son prophète : « Juifs et chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi tant que tu n'auras pas suivi leur confession, Dis alors : ‘La direction d'Allah est la seule direction du Salut”. Si tu suis leurs passions, après avoir reçu la révélation de la science, tu n'auras ni allié ni défenseur contre [le courroux d’] Allah. »(11)

Si Allah met aussi fermement en garde Son prophète contre toute alliance avec les juifs et les chrétiens que dire alors du sort réservé aux autres musulmans -fussent-ils chefs d’Etat-, s’ils venaient à transgresser cette injonction divine ?

Le prophète a bien fait passer le Message divin : « Je vous ai laissé sur le droit chemin, sa nuit est comme son jour, nul ne s’en écarte, sauf les damnés. »(12).

Cette mise en garde de l'Envoyé d'Allah a été réitérée à plusieurs reprises : Abou Said rapporte que le Prophète a dit : « Vous suivrez le chemin de ceux qui vous ont devancés pas à pas au point que s’ils rentraient dans le trou d’un lézard, vous y rentreriez aussi ». On lui dit : « O Messager de Dieu ! Tu fais ici allusion aux juifs et aux chrétiens ?” Il dit : ‘A qui d'autre pourrai-je faire allusion ? »(13)

Cette mise en garde du Prophète n’a pas été respectée par les dirigeants arabes. Les Accords d’Abraham en sont une triste illustration.

Des accords voués à l’échec

Toutefois, la Providence a voulu que les évènements du 7 octobre marquent un coup d’arrêt à une mécanique bien huilée susceptible de conduire le monde arabe à la catastrophe. Dans le même contexte, la guerre asymétrique que mènent les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est un autre facteur qui pourrait également remettre en cause ces Accords d’Abraham.

Par ailleurs, les accords stratégiques de défense conclus entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie pourraient, eux aussi, contrarier ce projet. Les pays du Golfe, Riad en tête, ont compris que le parapluie américain ne leur offre pas une protection fiable.

‘’En normalisant les relations entre Israël et plusieurs États arabes sans résoudre la question palestinienne, ces accords enterrent de fait la solution à deux États. Ils renforcent la mainmise israélo-américaine sur les ressources et les équilibres du monde arabe et, sur le plan symbolique et identitaire, entrent en profonde contradiction avec les fondements de la conscience collective musulmane’’.(14)

Le prétexte de la fabrication éventuelle d’une bombe atomique n’est pas la cause de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran.

Pour peu qu’on se rappelle la comédie de la fiole exhibée ostensiblement par Powell devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour justifier l’attaque américaine contre l’Irak, on se rendrait aisément compte que dans un cas, comme dans l’autre, il ne s’agit que d’un prétexte pour affaiblir un autre ennemi d’Israël.

L’honneur, la dignité et les intérêts supérieurs de la Oumma ne sont plus à monnayer. Ce temps est révolu.(15)

Le monde musulman se retrouve, plus que jamais, confronté à une situation existentielle susceptible de compromettre son avenir. Aura-t-il la lucidité, la volonté et les moyens d’y faire face ?

 

 

                                                             

 

Notes :

[1] IA

2 Source : SIPRI Yearbook 2024 et 2025, rapports de la Federation of American Scientists, International Panel on Fissile Materials.

3 Mémoires Shimon Peres, travaux d’Avner Cohen (Israël and the Bomb), archives françaises.

4 Une fatwa du Guide suprême Ali Khamenei (2003, réaffirmée depuis) interdit les armes nucléaires au nom de l’Islam.

5 Turquie comme menace émergente. Depuis 2023-2026, des cercles sécuritaires israéliens qualifient ouvertement la Turquie de « nouvel Iran ». Tensions maximales : rupture commerciale, arrestations d’agents du Mossad en Turquie, rhétorique très dure des deux côtés. Analyses israéliennes et turques (Al Majalla, Türkiye Today, déclarations de responsables israéliens.) IA

6 Hadith rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Maja et Ahmed, authentifié Par Al Albani.

7 Hadith rapporté par Boukhari et Mouslim.

8 cf. Le livre de Moussa Hormat-Allah, Mohammed / Le vrai visage du prophète de l’Islam

9Hadith rapporté par Abou Daoud, Tirmidhi, Ibn Maja et Ahmed, authentifié Par Al Albani.

10Hadith rapporté par Boukhari et Mouslim.

11cf. Le livre de Moussa Hormat-Allah, Mohammed / Le vrai visage du prophète de l’Islam.12 Sourate la Table servie, Verset 51

12Sourate la Vache, Verset 120

13-Hadith rapporté par Abou Daoud et autres, authentifié par Al-Albani.

14-IA

15-cf. Le livre de Moussa Hormat-Allah, Les gouvernants arabes et l’Islam.