
La chambre criminelle près le tribunal de Nouakchott-Ouest a condamné, le mardi 25 Août, la militante des droits humains et journaliste mauritanienne, Warda Ahmed Souleymane, membre de la commission de communication de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), à cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans fermes, selon des informations rendues publiques cette semaine.
Elle était poursuivie notamment pour incitation à la rébellion et outrage au président de la République, à la suite de publications et de prises de position diffusées sur les réseaux sociaux. La militante avait été arrêtée et emprisonnée à la prison des femmes de Nouakchott, dans le cadre de cette procédure. Sa défense a contesté le caractère légal de sa détention, tandis que l’accusation a soutenu que son incarcération était liée à une violation des obligations découlant de son placement antérieur sous contrôle judiciaire.
Cette condamnation intervient après plusieurs épisodes judiciaires visant Warda Ahmed Souleymane depuis 2025. Le 31 Octobre 2025, elle avait été arrêtée à son domicile à Nouakchott par des agents de sécurité, à la suite d'une publication sur Facebook dans laquelle elle appelait à une mobilisation pacifique contre ce qu'elle dénonçait comme des discriminations systémiques. Présentée au Parquet de Nouakchott-Ouest les 7 et 8 Novembre, elle avait été inculpée notamment d’«appel à un soulèvement » et de « diffusion de fausses nouvelles par voie électronique ». Le juge d’instruction chargé des affaires liées au terrorisme et à la sûreté de l’État l’avait finalement placée sous contrôle judiciaire. Elle avait auparavant été détenue du 1er au 17 Avril 2025, pour des opinions exprimées en ligne, avant d’être libérée sans condamnation après sa comparution devant le juge d’instruction.
Des prises de position sur les discriminations
Le dossier de Warda Ahmed Souleymane est également lié à ses activités de défense des droits humains et à ses prises de parole sur les questions de discrimination raciale et d’esclavage. En Octobre 2025, alors qu’elle participait à des activités organisées en marge de la 85ème session de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) à Banjul, en Gambie, elle avait dénoncé ce qu’elle présentait comme des discriminations à l’encontre de certaines communautés noires de Mauritanie. À son retour au pays, elle avait fait l’objet de critiques et de menaces sur les réseaux sociaux, avant son arrestation quelques jours plus tard.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent un « harcèlement judiciaire »
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et l’Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH) avaient déjà dénoncé, en Novembre 2025, les poursuites engagées contre plusieurs militants de l’IRA et appelé les autorités mauritaniennes à mettre fin à ce qu’elles qualifiaient de harcèlement judiciaire contre les défenseurs des droits humains.
Par ailleurs, la nouvelle condamnation intervient deux semaines après celle de trois autres militants de l’IRA – Abdellahi Diop, El Hadj El Eïd et Bounass, pour avoir dénoncé un cas d’esclavage, condamnés à quatre ans de prison – dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités mauritaniennes et le mouvement dirigé par Biram Dah Abeïd.
TM




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