Il s'agira formellement d'une élection présidentielle. À la fin, les fédérations membres de la FIFA choisiront un nom : celui d'un homme ou d'une femme appelé à diriger l'organisation.
Mais derrière ce nom, il y a beaucoup plus qu'une présidence à attribuer. Il y a une certaine idée du football — de la manière dont il doit se développer, être représenté et gouverné dans les années qui viennent. Cette question se pose aux 211 fédérations membres de la FIFA. Elle mérite peut-être une réflexion particulière en Afrique.
On parle beaucoup, à l'approche des grandes décisions de la FIFA, du «vote africain ». L'expression est pratique : elle permet de compter 54 fédérations, 54 voix. Elle permet aussi d'imaginer des blocs, des alliances, des rapports de force.
Mais à force de parler du « vote africain », on finit par oublier qu'il n'existe pas un football africain unique.
Il suffit de regarder les matches. Les 54 fédérations africaines ont chacune leur histoire et leurs moyens propres — et donc des réalités footballistiques différentes, qui se voient dans leurs championnats, leurs systèmes de formation, jusque dans leurs styles de jeu.
Le Maroc a, par exemple, développé une stratégie nationale de formation très structurée, notamment autour de l'Académie Mohammed VI.
Au Ghana, Right to Dream est né d'une initiative indépendante associant dès l'origine formation footballistique et éducation. Deux pays, deux histoires et deux modèles qui ont produit des joueurs au plus haut niveau.
Et ce ne sont que deux exemples parmi 54.
C'est l'une des richesses du football africain, à l'image de la diversité de ce continent multiple. Pourquoi cette diversité, si évidente dès qu'un ballon commence à rouler, devrait-elle disparaître au moment de décider de l'avenir du football mondial ?
Il n'y aura pas un vote africain. Il y aura 54 votes
Ces 54 votes peuvent converger. Ils peuvent tout aussi bien diverger. Ce qui importe, c'est ce qu'ils représentent. Chaque fédération devrait pouvoir se demander, avant de choisir un candidat : quel football représentons-nous, et où voulons-nous l'emmener ?
C'est finalement de football qu'il devrait être question.
Le football international est aujourd'hui traversé par la politique, les intérêts économiques et les rapports de force. Ce n'est un secret pour personne, et ce n'est pas propre à l'Afrique. Les responsables des fédérations doivent écouter, négocier, défendre les intérêts de leur football et chercher les ressources nécessaires à son développement. Cela fait partie de leur responsabilité.
Mais décider aussi.
Et au moment de décider, la question redevient simple : qu'est-ce qui est bon pour le football que nous représentons, et pour celui que nous voulons construire ?
Partout sur le continent, les ambitions sont immenses : développer les championnats, améliorer les infrastructures, renforcer la formation, faire progresser le football féminin, donner davantage de possibilités aux jeunes talents. Tout cela demande des investissements, des partenariats et des ressources. Les programmes internationaux comptent. Les relations avec la FIFA et la CAF comptent. Il serait absurde de demander aux dirigeants africains de l'ignorer.
Mais en tenir compte ne signifie pas renoncer à une question plus large : quelle organisation voulons-nous pour gouverner le football mondial demain ?
On peut être reconnaissant pour ce qui a été accompli et demander davantage pour l'avenir. On peut reconnaître l'apport d'un président et souhaiter, malgré tout, que l'institution évolue. C'est précisément pour cela que cette élection devrait être plus grande qu'un choix entre « pour » et « contre» Gianni Infantino.
Il ne s'agit pas de dire aux fédérations africaines pour qui voter —ce serait contredire l'idée même de ce texte —, mais de leur reconnaître pleinement la responsabilité de ce vote.
J'ai vécu à Bangui pendant deux ans et, pendant plus de dix ans, mon travail m'a conduit à voyager régulièrement à travers le continent.
Cela ne me donne certainement pas le droit de parler au nom de l'Afrique — peut-être même le contraire. Cette expérience m'a surtout appris à me méfier des phrases qui commencent par « l'Afrique pense », « l'Afrique veut », « l'Afrique soutient ».
Quelle Afrique ?
Le continent est multiple. Ses sociétés le sont. Son football aussi. Et cette diversité devrait être vue comme une force au moment de décider.
Il y a aussi quelque chose de plus fondamental, que les débats institutionnels font parfois oublier : le football africain ne commence pas dans une salle de réunion de la FIFA ou de la CAF.
Il commence sur les terrains des clubs et des académies, mais aussi dans les écoles, les quartiers, les villages, les rues — sur d'excellentes pelouses comme sur des terrains improvisés, avec les meilleurs équipements ou avec ce que des enfants ont réussi à transformer en ballon.
Ce n'est pas une image romantique de l'Afrique. C'est une réalité du football. Et elle rappelle pourquoi ces institutions existent : pour le jeu, et pour ceux qui le pratiquent.
L'Afrique n'est pas seulement un continent auquel le football mondial apporte des programmes et des financements. Elle apporte elle-même énormément au football mondial. Elle est l'un des grands viviers de talents du football mondial. Ses joueurs font vivre des clubs et des championnats sur tous les continents et sont des références pour des millions de jeunes.
Et parmi les enfants qui jouent aujourd'hui dans une rue de Dakar, de Kinshasa, d'Abidjan, de Lagos, de Johannesburg, du Caire ou dans un village bien moins connu, certains porteront demain les couleurs d'un grand club ou d'une sélection nationale.
C'est aussi leur football dont il est question.
Quand une fédération nationale vote à une élection de la FIFA, elle accomplit un acte institutionnel qui ne prend que quelques instants. Mais derrière cette voix se trouvent des joueurs, des clubs, des entraîneurs, des arbitres, des supporters, des enfants — toute une culture du football.
C'est pour eux que le choix devrait d'abord être fait.
Le bulletin de vote portera le nom d'une personne. Le choix, lui, peut porter sur bien plus : quel football voulons-nous dans dix ou vingt ans ? Quelle place pour les fédérations nationales dans les grandes décisions du jeu ? Quels mécanismes pour que ceux qui dirigent le football rendent compte de la manière dont ils exercent cette responsabilité ?
Chaque fédération a sa propre réponse. Et c'est très bien ainsi.
Mais il serait dommage que cette élection se réduise au choix d'un nom, car chaque fédération aura aussi l'occasion d'exprimer quelque chose de beaucoup plus important : le football qu'elle veut pour demain.
Pas d'abord : qui voulons-nous à la tête de la FIFA ?
Mais : quel football voulons-nous, et de quelle FIFA ce football aura-t-il besoin ?
Alors seulement : qui est le mieux placé pour la diriger ?
Les 54 fédérations africaines ne représentent pas seulement 54 voix dans une élection présidentielle. Elles représentent 54 footballs, avec leurs réalités, leurs besoins, leurs ambitions et leur avenir.
Et c'est peut-être pour ces footballs-là, avant tout le reste, qu'il faudra voter.
*Hervé Verhoosel est un ancien haut fonctionnaire des Nations Unies, spécialisé dans la communication, les médias et les affaires publiques internationales. Au cours d’une carrière de plus de vingt ans, il a travaillé notamment à Genève, New York et en Afrique. Il a vécu deux ans à Bangui et ses fonctions l’ont conduit, pendant plus d’une décennie, à travailler et voyager régulièrement à travers le continent africain. Depuis son départ des Nations Unies en avril 2026, il intervient régulièrement dans le débat public sur la gouvernance du football international.
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