
En Mauritanie, la retraite est malheureusement perçue par beaucoup comme une véritable mort sociale. Au lieu d'être l'aboutissement honorable d'une vie consacrée au service de la Nation, elle devient souvent le début d'un parcours marqué par les difficultés matérielles, l'oubli, le mépris et la précarité. Cette réalité, profondément préoccupante, contraste avec ce qui se pratique dans de nombreux pays où la retraite est synonyme de reconnaissance, de dignité, de sécurité et de repos bien mérité.
Cette situation est certes pénible pour l'ensemble des retraités, mais elle apparaît encore plus injuste lorsqu'elle concerne les autorités administratives. Pendant toute leur carrière, celles-ci ont incarné l'État sur le terrain. Elles ont représenté le président de la République, le gouvernement et l'administration centrale dans les wilayas, les moughataas et les centres administratifs. Elles ont veillé au respect des lois, à la préservation de l'ordre public, à la protection des citoyens, à l'organisation des élections, à la gestion des crises, ainsi qu'à la défense permanente de l'autorité et du prestige de l'État.
Souvent appelées à servir dans les régions les plus reculées, dans des conditions difficiles et parfois au détriment de leur vie familiale, ces femmes et ces hommes ont accompli leur mission avec loyauté, discipline et dévouement. Ils ont pris des décisions parfois impopulaires, uniquement parce que l'intérêt supérieur de l'État l'exigeait. Ils ont assumé des responsabilités lourdes, exposées et souvent ingrates, sans rechercher ni richesse ni privilèges.
Pourtant, une fois admis à la retraite, nombre d'entre eux tombent dans un oubli presque total. Ils deviennent invisibles, confrontés à des pensions insuffisantes qui ne leur permettent pas de vivre dignement. Certains, hier respectés en tant que représentants de l'État, se retrouvent aujourd'hui exposés à l'indifférence, voire parfois aux humiliations de ceux-là mêmes auxquels ils appliquaient la loi au nom de la République.
Une telle situation ne porte pas seulement atteinte aux retraités concernés ; elle affecte également l'image et la crédibilité de l'État lui-même. Comment convaincre les jeunes générations d'embrasser cette noble carrière lorsqu'elles constatent le sort réservé à leurs aînés ? Comment exiger un engagement total, une loyauté sans faille et un sens élevé du devoir lorsque l'horizon de la retraite apparaît comme une sanction plutôt que comme une récompense ?
Un investissement dans la continuité de l’Etat
La valorisation des autorités administratives retraitées ne relève donc ni d'un privilège ni d'une faveur. Elle constitue un investissement dans la continuité de l'État, dans la préservation de son prestige et dans le respect de ceux qui l'ont servi avec fidélité durant plusieurs décennies.
À ce titre, il devient indispensable d'engager une réforme ambitieuse visant à reconnaître leur statut particulier. Cette réforme pourrait notamment prévoir :
- l'adoption d'un statut spécifique des autorités administratives retraitées, à l'image de celui dont bénéficient d'autres grands corps de l'État ;
- une revalorisation substantielle de leurs pensions afin qu'elles garantissent une vie digne ;
- l'octroi d'avantages sociaux permanents, notamment en matière de couverture sanitaire et d'assistance médicale ;
- une prise en charge adaptée des enfants mineurs encore à leur charge;
- des facilités en matière de transport, de logement et d'accès aux services publics ;
- la création d'un fonds de solidarité destiné à accompagner les retraités confrontés à des situations sociales difficiles ;
- l'association des anciens responsables administratifs aux réflexions nationales, afin de mettre leur expérience au service de l'administration et de la formation des nouvelles générations.
De nombreux pays ont compris depuis longtemps que les anciens serviteurs de l'État constituent un capital humain précieux qu'il convient d'honorer et de préserver. La Mauritanie gagnerait à s'inspirer de ces expériences, non pour accorder des privilèges excessifs, mais pour rendre justice à celles et ceux qui ont consacré leur existence au service exclusif de la République.
Honorer ses anciens serviteurs, c'est honorer l'État lui-même. Une Nation qui oublie ceux qui l'ont fidèlement servie fragilise son autorité morale, décourage les vocations et affaiblit les fondements de son administration. À l'inverse, un État qui protège et respecte ses retraités renforce la confiance, nourrit le patriotisme et transmet aux générations futures la certitude que le dévouement envers la Nation sera toujours reconnu.
Il est donc temps que la retraite cesse d'être vécue comme une condamnation à l'oubli et à la précarité. Elle doit devenir ce qu'elle devrait toujours être : la juste récompense d'une vie entière consacrée au service de la République et de la Nation.
Cheikh Tijani Balla Cherif
Administrateur civil




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