Du rififi politique : un climat politique éclaté/Par Ahmed Salem Elmoctar-Cheddad

19 August, 2026 - 13:27

Depuis plus d’une année, le président Ghazouani a lancé une initiative de dialogue national. Le paysage politique s’est aussitôt mis en mouvement. Un coordonnateur du dialogue a été désigné en la personne de Moussa Fall, un vétéran de la scène politique nationale, reconnu pour son talent et sa longue expérience des rouages de l’État.
Pour certains, les politiques de dialogue constituent surtout une manière habile d’occuper l’opinion publique. Si tel était l’objectif premier de cette initiative, force est de constater qu’il est largement atteint.
Les partis politiques — ou plutôt lesdites forces politiques — se sont réveillés d’une longue léthargie. Depuis, ils ne cessent de s’agiter, espérant obtenir, à travers le dialogue, ce qu’ils n’ont pu conquérir par le jeu politique ordinaire. Ces mêmes acteurs avaient pourtant progressivement abandonné la confrontation politique classique au profit de la politique de “pacification” et d’apaisement inaugurée par le président Ghazouani dès le début de son premier mandat. Leur participation au dialogue nourrit aujourd’hui l’espoir d’en retirer des dividendes politiques.
Sans surprise, Biram Dah Abeid s’est démarqué de cette ruée vers un dialogue dont les objectifs demeuraient, au départ, insuffisamment définis. Il semble avoir craint que l’un des objectifs inavoués de cette démarche ne soit son isolement politique. Depuis lors, il n’a cessé de prendre ses distances. Les maladresses répétées du pouvoir à son égard n’ont fait que renforcer ses suspicions.
Au début de son premier mandat, le président Ghazouani avait manifesté un intérêt particulier pour la Question haratine. Son premier gouvernement comptait une proportion importante de ministres haratines, auxquels furent confiés plusieurs portefeuilles stratégiques. Le premier porte-parole du gouvernement appartenait également à cette composante sociale. Malheureusement, s’agissant précisément de la communication gouvernementale, ce choix ne s’est pas révélé pleinement convaincant.

 

Controverses identitaires

Cet intérêt pour la Question haratine n’a cependant pas duré. Il semble s’être heurté à la résistance de certains cercles du pouvoir, traditionnellement hostiles à un partage plus équilibré des responsabilités avec les autres composantes longtemps marginalisées de la société.
Depuis, la scène politique continue de s’animer autour de cette perspective de dialogue. La Question haratine, le passif humanitaire et, plus récemment, l’après-deuxième mandat du président Ghazouani occupent désormais le devant de la scène. Les débats suscités par ces sujets constituent, en réalité, une forme de dialogue avant l’heure.
Les divergences sont parfois si profondes qu’elles menacent la fragile dynamique du dialogue lui-même.
Certaines sensibilités négro-africaines mettent presque exclusivement l’accent sur la question du passif humanitaire. Elles demeurent profondément marquées par les tragiques événements de 1989-1991. Elles sont rejointes sur ce point par des personnalités indépendantes ainsi que par d’autres courants qui ne se réclament pas d’une logique identitaire.
À l’inverse, certaines sensibilités nationalistes arabes s’emploient à empêcher que cette question figure à l’ordre du jour du dialogue. Ce faisant, elles rappellent malgré elles que leurs orientations idéologiques de l’époque ont, selon leurs détracteurs, contribué au drame. De leur côté, certaines sensibilités proches des FLAM sont également accusées de minimiser leur propre responsabilité dans ces événements.
Pendant ce temps, d’autres questions d’intérêt national majeur, telles que la corruption, la mauvaise gouvernance ou les défaillances de l’administration, passent au second plan, éclipsées par ces interminables controverses identitaires.
Une multitude de petits partis, plus proches de « partillons » que de véritables formations politiques, rivalisent de déclarations pour rappeler leur existence. Certains annoncent avec fracas qu’ils boycotteront le dialogue, tout en laissant entendre qu’ils souhaitent surtout être conviés à y participer.
Parallèlement, l’opinion publique semble désormais absorbée par la question de l’après-deuxième mandat du président Ghazouani, autrement dit par le débat récurrent autour d’un éventuel troisième mandat. Une « troisième voix », paraissant presque cautionner cette perspective, s’est fait entendre cette semaine à Aleg, en présence de la Première dame.
La récente conférence de presse du président Ghazouani — la deuxième de son mandat — a abordé, directement ou indirectement, la plupart de ces interrogations, sans toutefois leur apporter de réponses précises.
Le dialogue tant attendu permettra-t-il enfin de dissiper les nombreuses incertitudes qui planent sur l’avenir de notre pays ?
D’ici là wait and see.

« Une troisième voix » pour un troisième mandat !