
L’Occident chrétien a aboli l’esclavage quand l’exploitation des esclaves n’est plus rentable
Il aura fallu que l'Afrique perde la moitié de ses habitants et que ses richesses soient siphonnées par les anciennes métropoles pour que les puissances occidentales abolissent l'esclavage. En réalité, cette mesure "historique" est devenue, dans les faits, inévitable. "Les auteurs européens reconnaissent, en effet, que l'Europe a aboli l'esclavage lorsque la productivité des esclaves a diminué en raison de leurs conditions de vie déplorables et de leur manque de volonté et de capacités à travailler. Le coût d'entretien et de gardiennage de l'esclave est devenu supérieur à sa productivité. En fin de compte, il ne s'agissait que d'un calcul économique de bénéfices et de pertes. Il n'y avait pas l'ombre d'une valeur humaniste de dignité du genre humain au nom de laquelle serait redonnée à l'esclave sa liberté. A ces conditions économiques et matérielles viennent s'ajouter des révoltes successives des esclaves qui empêchent la pérennité de leur asservissement"[i].
En effet, plus de mille cent ans après que l'Islam eut établi le principe de la libération des esclaves, la révolution française est venue, au XVIIIe siècle, déclarer l'abolition de l'esclavage consacrant une situation de fait. Le président Abraham Lincoln en fit de même en Amérique. L'Islam avait, quant à lui, adopté à l'égard de l'esclavage une politique de confinement et de tarissement à la source.
Alors que les autres nations, notamment en Amérique et en Europe, en faisaient un commerce lucratif et traitaient les esclaves avec barbarie en leur infligeant toutes sortes d'atrocités, l'Islam, pour sa part, ne réduisait en esclaves que les seuls prisonniers de guerre. De surcroît, ces prisonniers étaient bien traités et libres de leurs mouvements. Ils vivaient dans des familles et avaient plusieurs possibilités de s'affranchir du joug de leurs maîtres.
Mais avant d'entrer dans les détails, voyons d'abord pourquoi l'Islam réduisait en esclavage les prisonniers de guerre.
Dans la quasi-totalité des cas les musulmans réduisaient en esclavage les seuls prisonniers de guerre sans distinction de la couleur de leur peau
Les musulmans dont les armées faisaient souvent des milliers de prisonniers de guerre avaient le choix entre quatre possibilités :
1 - Libérer ces prisonniers avec l'énorme risque de les voir reprendre les armes et attaquer à nouveau les musulmans ;
2 - Exécuter ces prisonniers, une atrocité qui serait unanimement condamnée sans oublier que les prescriptions expresses de la religion musulmane interdisent, par ailleurs, un tel cas de figure ;
3 - Mettre tout le monde en prison, ce qui constituerait sur les plans matériel et humain une charge colossale pour l'Etat musulman : locaux spécialement aménagés, personnel pénitentiaire, etc. Sans parler du traumatisme que pourrait constituer cette détention pour les prisonniers eux-mêmes ;
4 - Afin d'éviter tous ces désagréments, l'Islam a opté pour la 4ème possibilité: la répartition des prisonniers de guerre entre les soldats de l'armée musulmane. Le soldat fait travailler le prisonnier à son service en contrepartie de son logement, de sa nourriture, de ses soins et de ses vêtements.
"Le Prophète a, en effet, insisté très fermement sur la préservation de leurs droits, et ordonné au maître de faire preuve d'une complète égalité avec son esclave pour ce qui est de l'alimentation, de la boisson et des vêtements au point qu'ils (les prisonniers) doivent manger avec lui à la même table"[ii].
Un éminent spécialiste occidental témoigne sur le traitement exemplaire réservé aux esclaves en terre d’Islam : "L'esclavage chez les mahométans (musulmans) est fort différent de ce qu'il était chez les chrétiens. La situation des esclaves en Orient est bien préférable en effet à celle des domestiques en Europe. Ils font partie de la famille, et peuvent parfois s'élever aux plus hauts emplois. Aucune idée humiliante ne s'attache en Orient à l'esclavage (…)"[iii].
Beaucoup d'esclaves se sont ainsi parfaitement intégrés dans la société musulmane. Nombreux sont ceux parmi eux qui ont occupé des fonctions importantes au sein de l'Etat musulman : juges, gouverneurs, généraux de l'armée…
D'autres, très nombreux également, sont devenus d'éminents hommes de lettres, des jurisconsultes célèbres, des exégètes réputés du Coran, etc. D'autres encore sont devenus des rois comme le sultan Mahmud Al-Ghaznawi qui régna de 997 à 1030 et qui islamisa une partie de l'Inde.
L’Islam contre toute forme d’asservissement des êtres humains
Faut-il rappeler que l'esclavage constitue un phénomène humain que les différentes nations et civilisations ont connu. Il ne concerne pas seulement les musulmans. Le grand mérite de l'Islam est d'avoir combattu l'esclavage au même titre que l'idolâtrie, l'enterrement des fillettes vivantes… Pour l'éradication de l'esclavage, l'Islam a arrêté une stratégie unique en son genre qui porte sur les points suivants :
- Fermer la porte devant toutes les causes qui conduisent à asservir la personne humaine à l'exception d'un seul cas, en l'occurrence, le prisonnier de guerre, bien que, même dans ce cas, l'Islam encourage l'affranchissement et la grâce ;
- L'instauration de plus de quinze formes légales qui imposent l'affranchissement de l'esclave comme la réparation du meurtre, l'expiation du serment, du parjure dans le cas de proche parenté (le père, la mère, le frère, la sœur, les oncles germains, consanguins ou utérins) ou de la répudiation définitive et dans bien d'autres affaires qui ouvrent la voie à l'affranchissement de l’esclave ;
- Les esclaves non affranchis grâce aux formes précitées bénéficient des recommandations suivantes :
* L'obligation de la nourriture, du logement, des soins et de l'habillement;
* L'obligation de ne pas les charger de travaux pénibles ;
* L'obligation de les aider à porter leurs charges…
Sur tous ces points le Hadith du Messager d'Allah est très clair : "Vos frères sont un don d'Allah qui les a mis à votre disposition. Celui qui en a un doit le nourrir de ce qu'il mange, l'habiller de ce qu'il porte comme habit, ne pas le charger d'un travail pénible et s'il l'en charge, l'aider à l'exécuter"[iv].
Parallèlement à ces faveurs, l'Islam a exhorté à l'affranchissement auquel il a ouvert un fond spécial alimenté à hauteur du huitième de la Zakat[v].
Le Prophète, lui-même, ne légua aucun esclave, homme ou femme, et son compagnon et confident Abou Bakr, achetait les esclaves pour les affranchir !
En ce qui concerne l'esclavage, les réformes introduites par l'Islam ne sont pas limitées aux seuls aspects économiques et sociaux. Elles ont aussi touché les aspects culturels. L'Envoyé de Dieu a dit : "Que nul d'entre vous ne dise mon esclave ou ma servante. Il doit dire mon garçon ou ma fille"[vi]. En plus de l'affranchissement, l'Islam instaure la relation de ce qu'on appelle la parenté par allégeance. A ce sujet, le Prophète a dit : "La parenté par allégeance est un lien comme le lien de la filiation"[vii].
Cette relation constitue une forme d'intégration sociale des affranchis de manière honorable et non à travers la vassalisation. Cette parenté par allégeance est un droit qu'on ne peut ni vendre ni acheter.
N'eût été cette spécificité inhérente aux seuls prisonniers de guerre – qui viennent pour détruire l'Etat musulman – l'Islam n'aurait probablement jamais connu l'esclavage. On peut même se demander si l'asservissement des prisonniers de guerre n'est pas destiné à avoir un impact psychologique, un effet dissuasif sur les ennemis des musulmans. Car "l'Islam est une religion fondée sur l'égalité parfaite, renvoyant l'intégralité du genre humain à une seule et même origine, et traitant tous les hommes sur un pied d'égalité, en vertu de leur origine commune"[viii]. "Vous êtes les enfants d'Adam, et Adam a été créé d'argile". Pour Allah, la piété est le seul critère d'hiérarchisation entre les hommes.
Le Prophète donna en mariage sa cousine à un ancien esclave
Le Messager d'Allah, artisan de la réhabilitation de la dignité humaine des esclaves, s'est toujours appliqué à concrétiser, dans la pratique, ce traitement exceptionnel que réserve l'Islam aux esclaves. Qu'on en juge :
* Le Prophète donna en mariage sa cousine Zaïneb Bint Jahch à son ancien esclave Zaïd. Un tel geste résume bien la portée et la signification du message de l'Islam, un message de fraternité et d'égalité. Peut-on, dans le même ordre d'idées, imaginer un seul instant un monarque européen donnant en mariage sa cousine à un esclave africain ou antillais ? Rien que poser la question est déjà, en soi, un crime de lèse-majesté.
* L'Envoyé de Dieu donna également au même Zaïd le commandement de l'armée musulmane lors de la bataille de Muta. Cette armée comptait pourtant dans ses rangs d'illustres Compagnons parmi les Mouhajirine et les Ansar. Plus tard, peu avant sa mort, le Prophète désigna Oussama, le fils de Zaïd, pour commander une autre armée qui comprenait notamment Omar Ibn Khattab, le futur calife.
* Le Prophète a dit : "Obéissez aux ordres même si vous êtes gouvernés par un esclave noir abyssin, dont la tête ressemble à un raisin sec, du moment qu'il vous dirige selon le Livre de Dieu"[ix];
Omar, sur son lit de mort, dit aux Compagnons du Prophète[x]: "Si Salim, l’ancien esclave, affranchi d’Abou Houdhayfa, était encore parmi nous, je l'aurais nommé pour me succéder".
En Occident, depuis l'empire romain jusqu'aux puissances européennes des temps modernes, les esclaves étaient considérés comme une marchandise, une race inférieure, asservis et humiliés. Dans le même état d’esprit, Ernest Renan dira : « la régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité »[xi]
L’île de Gorée reste l’un des vestiges de ce passé douloureux.
[i] cf. Le livre de Muhammed Qutb, Controverses sur l'Islam.
[ii] cf. Article Maoulana Ashraf Ali At-Tohanavi disponible en ligne sur le site islamique Dar-Al-Ulum, Deolband
[iii] Gustave Le Bon, La Civilisation des Arabes, Editions La Fontaine au Roy, 1990, Livre quatrième, chapitre deuxième, Mœurs et coutumes, p. 284.
[iv] Hadith rapporté par Ibn Majeh.
[v] Entretien avec le professeur Hamden Ould Tah.
[vi] Hadith rapporté par Al Boukhari.
[vii] Hadith rapporté par Addarimi.
[viii] cf. Muhammed Qutb, op. cit.
[ix] Hadith rapporté par Al Boukhari, Ahmed et Ibn Majah.
[x] Il s'agit notamment de Othman, Ali, Saâd Ibn Ebi Waquass, Zoubeir, Talha, Abderrahmane Ibn Awf. D’illustres Compagnons à la généalogie prestigieuse.
[xi] Ernest Renan, cité in Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955, pp.12 et 13.




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