Signature du référentiel et guide du dialogue : Vivement la prochaine étape !

22 July, 2026 - 19:48

La signature officielle, à Nouakchott, du « Guide de référence pour l’organisation du dialogue national » par les pôles de la majorité, de l’opposition et le coordinateur national Moussa Fall marque le déblocage définitif d'un processus paralysé depuis Mars dernier. C’est du moins l’avis des observateurs et des acteurs politiques. Cet accord scellé après d'intenses tractations lève le principal obstacle qui hypothéquait l’avenir de la concertation : la clause controversée sur « les mandats et les missions ». En écartant ce point de friction, la classe politique mauritanienne pose les bases d'un compromis d'envergure nationale sous l'égide du président de la République.

 

Les grands axes

Le guide de référence synthétise les contributions structurelles des différentes sensibilités politiques de Mauritanie. Les travaux du futur dialogue s'articuleront autour de quatre piliers stratégiques fondamentaux : Unité nationale et cohésion sociale : réponse définitive aux questions mémorielles et aux inégalités sociales pour renforcer le vivre-ensemble ;  Gouvernance et réformes politiques : refonte globale du système électoral, révision de la composition de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et libéralisation effective de l'espace médiatique ; Souveraineté et sécurité nationale : sanctuarisation du territoire mauritanien face aux défis géopolitiques complexes de la sous-région du Sahel ; Amélioration des conditions de vie : réformes économiques urgentes pour répondre directement aux attentes sociales des populations.

 

Architecture

Pour s'assurer que ce processus ne devienne pas une simple « vitrine institutionnelle », le coordinateur national Moussa Fall a formalisé une structure rigoureuse : PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE : Arbitre suprême & Garant de l'État, en relation directe avec la COORDINATION NATIONALE : Moussa Fall & Équipe, reliant le PÔLE DE LA MAJORITÉ (partis de la mouvance) et le PÔLE DE L'OPPOSITION (Coalitions démocratiques), réunis au sein de COMMISSIONS THÉMATIQUES PARITAIRES : Débats, consensus et expertises.

 

Gestion paritaire

Le dialogue ne se concevra pas comme une négociation conjoncturelle, mais comme un laboratoire paritaire où les représentants de la majorité et de l'opposition siégeront à égalité dans des commissions spécialisées. L'objectif est de substituer, à la logique de confrontation, une dynamique participative. Une tâche guère aisée qu’il faudra voir se traduire en actes, au lendemain du démarrage des travaux. En effet, même si la clause des mandats a été retirée, des divergences peuvent apparaître en chemin. Le processus préparatoire a longtemps été grippé à cause de l'introduction de l'expression « les mandats et les missions » dans les propositions initiales de la majorité. Cette dernière souhaitait ouvrir le débat sur l'ensemble des institutions, alors que l’opposition, redoutant une tentative de modification des dispositions constitutionnelles intangibles limitant le nombre de mandats présidentiels, exigeait le retrait pur et simple de cette mention qui permettrait à l’actuel Président de briguer un 3ème mandat. Certains de ses partisans étaient montés sur leurs grands chevaux pour défendre cette hypothèse, paraissant ainsi oublier la fin de mandat chaotique du prédécesseur de Mohamed Ghazouani, Mohamed Abdel Aziz. Face au risque d'enlisement, la clause a été retirée du document de référence. Ce recul pragmatique a-t-il démontré la volonté mutuelle de privilégier l'intérêt supérieur du pays au détriment des calculs partisans ?

 

Implication du président de la République

L'échec des précédents forums politiques nationaux a nourri une profonde méfiance au sein de l'opposition mauritanienne. Pour rompre avec les « dialogues sans lendemain », le guide intègre des mécanismes qui apparaissent, aux yeux de certains, comme un système de verrouillage. Il s’agit de l'implication directe du président de la République, initiateur du projet. Le président Mohamed ould Cheikh El Ghazouani se positionne comme l'arbitre suprême et le garant de la neutralité de l'État. Les pôles politiques de l’opposition ont réclamé, à l’occasion de leur rencontre avec le Raïs, son implication et des garanties de mise en œuvre des résolutions consensuelles. Il semble acquis, selon le guide, que les résultats des commissions thématiques seront directement remis au chef de l'État. Celui-ci s'est engagé à user de ses prérogatives constitutionnelles pour traduire les consensus en lois et décrets applicables. Le texte consacre aussi le consensus comme règle d'adoption, tout en précisant que le refus isolé d'une faction ne pourra paralyser la mise en œuvre des décisions majeures validées par la collectivité. Les dialogues précédents n’avaient pas réussi un accord de ce niveau. La majorité avait réussi à peser sur les débats.

 

Prochaine étape ?

La signature du guide de référence n'est pas le point d'arrivée, mais le coup d'envoi officiel du processus politique. Pour y arriver, les parties prenantes doivent désormais franchir des étapes décisives. D’abord, le président de la République doit officiellement fixer, par décret, la date d'ouverture solennelle des assises, puis chaque pôle devra désigner formellement ses négociateurs pour composer les tables rondes, et réussir, enfin, un test de sincérité.  Le démarrage des débats mettra à l'épreuve la réelle volonté politique des acteurs face aux réformes électorales et de gouvernance exigées par l'opposition. Mais toujours est-il qu’en dépit des accidents de parcours, la préparation du dialogue a réussi à obtenir un assentiment des parties prenantes. Le succès de cette dynamique pilotée par le coordinateur Moussa Fall dépendra de la capacité des acteurs à transformer ce consensus de méthode en un accord de fond pour le pays.

 

Des abonnés absents

Il faut souligner cependant que le processus a connu quelques autres ratés. En plus de ce long blocage et de la méfiance de l’opposition, des acteurs politiques majeurs l’ont boycotté : Biram Dah Abdeïd, président de l’IRA et de la Coalition antisystème, député à l’Assemblée nationale, ainsi que l’AJD/MR et la coalition des Forces du Salut, tandis que les FPC qui y avaient participé s’en sont retirées au lendemain de la signature du référentiel. Tous doutent de la « sincérité » du dialogue et de la mise en œuvre des résolutions qui en sortiront. Pour la coalition des Forces du Salut, le contexte politique, économique et social ne se prête pas à la tenue de telles assises. De son point de vue, il ne s’agit que de manœuvres de diversion, alors que les Mauritaniens sont préoccupés par d’autres problèmes : restriction des libertés, flambée des prix, corruption…

 

Dalay Lam