
La répression des opposants : une vieille pratique coloniale
Chez nous, comme sous bien des régimes de notre sous-région, la répression des oppositions a longtemps constitué une pratique courante, particulièrement sous les pouvoirs les plus autoritaires. Dans notre espace africain, cette tradition répressive est en grande partie héritée du système colonial.
Un système colonial fondé sur la répression
Partout dans le monde, le système colonial s’est imposé par la violence et la répression des peuples autochtones. L’esclavage, notamment dans sa forme transatlantique, a eu recours aux méthodes les plus sanguinaires et les plus inhumaines. Des millions d’êtres humains furent massacrés, déportés ou réduits en servitude.
L’Afrique subsaharienne fut profondément dépeuplée par la traite transatlantique. Les morts et les disparus se comptent par millions, tandis que les survivants et leurs descendants constituent aujourd’hui une part importante de la population du continent américain.
Les travaux forcés, les châtiments collectifs et les multiples formes d’humiliation ont laissé des stigmates durables dans la mémoire des peuples africains.
À la veille des indépendances, la répression coloniale s’intensifia sans pour autant parvenir à freiner les aspirations des peuples à une véritable souveraineté. De nombreux opposants furent éliminés, empoisonnés, emprisonnés ou contraints à l’exil. Pourtant, les peuples africains poursuivirent leur lutte pour la pleine maîtrise de leurs États, de leurs ressources naturelles et de leurs relations extérieures.
La Mauritanie ne fit pas exception.
La Mauritanie combattante
Notre pays a connu toutes les formes de la répression coloniale, mais également toutes les formes de résistance.
Dans chaque région de Mauritanie subsistent des récits, des chants et des souvenirs évoquant les luttes menées contre la domination étrangère.
L’épopée du MND
Lorsque le colonialisme se transforma en néocolonialisme, il crut avoir définitivement assuré sa domination. Cette illusion fut de courte durée.
En Mauritanie, les accords dits de coopération, conclus dans la précipitation en 1961, à peine un an après l’indépendance, furent dénoncés en 1972, une décennie plus tard.
Le choix de la lutte pacifique
À cette époque, nous avions fait le choix conscient de la lutte pacifique.
Le tournant décisif fut la répression sanglante de la grève des ouvriers de la MIFERMA.
L’ensemble du territoire fut alors traversé par des mouvements de contestation contre un régime qui s’était laissé entraîner dans une répression exercée au profit d’intérêts coloniaux.
Nos luttes furent multiples, mais elles ne recoururent jamais à une violence préméditée.
Garder le bon droit de notre côté
Au Sénégal et dans plusieurs pays voisins apparurent des mouvements comparables au nôtre. Nous estimions alors que leur principale faiblesse résidait dans le recours à la violence. Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’équipe actuelle dirigée par Sonko, la violence a souvent accompagné les mobilisations politiques au Sénégal.
Chez nous, nous avons constamment veillé à préserver les biens publics, notamment les établissements scolaires, que nous considérions comme notre patrimoine commun. Notre objectif n’était pas de détruire, mais de défendre et de construire.
Ce fut probablement l’un des secrets du succès de notre mouvement il y a plus d’un demi-siècle. Ce succès se traduisit notamment par la révision des accords de coopération dans un sens plus favorable à notre pays.
Nous avons été arrêtés, torturés, licenciés ou renvoyés par centaines. Pourtant, les autorités de l’époque ne sont jamais parvenues à convaincre l’opinion du bien-fondé de leur répression. Nous avons toujours veillé à conserver le bon droit de notre côté.
Notre démarche s’inspirait largement des expériences victorieuses d’autres peuples.
Pourquoi ne pas tirer les leçons du passé ?
À ma connaissance, les principaux mouvements politiques militants mauritaniens ont continué à privilégier cette tradition de lutte essentiellement non violente. Tout indique que c’est devenu une tradition.
En revanche, les différents régimes qui se sont succédé depuis 1978 semblent ne pas avoir tiré les enseignements de l’histoire.
Leur origine militaire a sans doute favorisé le recours à la répression. Leur instabilité également : chaque nouvelle junte agit souvent comme si elle inaugurait une expérience inédite, persuadée de réussir là où les précédentes avaient échoué.
La répression dont sont aujourd’hui victimes les militants du mouvement anti-esclavagiste IRA s’inscrit malheureusement dans cette continuité.
Tout indique que ces militants privilégient, dans la plupart des cas, des formes d’action pacifiques, voire pacifistes. Pourtant, ils sont régulièrement confrontés à une répression qui paraît souvent préparée à l’avance.
Paradoxalement, cette stratégie semble renforcer leur visibilité. L’audience nationale et internationale de leur principal dirigeant ne cesse de progresser. Une répression perçue comme injustifiée contribue inévitablement à cette montée en puissance.
Taper de façons répétées dans un milieu socialement fragile, sensible et susceptible ne peut servir de source de fierté ou de démonstration de force effective.
L’illusion de la victoire
En politique, toute décision devrait être précédée d’une évaluation rigoureuse de ses conséquences et de ses résultats attendus.
Or, les autorités semblent trop souvent privilégier un semblant de résultats immédiats sans mesurer les effets à long terme.
Hier comme aujourd’hui, ici comme ailleurs, le chef de l’État s’appuie souvent sur un « fusible », généralement le ministre de l’Intérieur, afin de préserver sa propre responsabilité politique.
Mais l’histoire montre que les événements finissent souvent par déjouer ces calculs.
La répression peut donner l’illusion d’une victoire immédiate. En réalité, lorsqu’elle ne repose ni sur le droit ni sur une justification convaincante, elle affaiblit la légitimité du pouvoir, renforce la détermination de ses adversaires et prépare souvent les victoires politiques de demain.
L’histoire coloniale comme l’histoire contemporaine de nombreux États africains en fournissent de multiples illustrations.


Taper de façons répétées dans un milieu social sensible et susceptible ne peut servir de source de fierté ou de démonstration de force effective




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