
Il est des départs qui laissent un silence si profond qu'aucun mot ne semble pouvoir les combler. Celui d'Ayoub est de ceux-là. Bien plus qu'un ami, nous avons perdu un frère, dont le souvenir restera gravé à jamais dans nos mémoires et dans nos cœurs. Ayant grandi ensemble, sur les bancs de l'école, nous avons partagé les rêves de ces années insouciantes. Nous avons partagé de nombreux engagements, au sein des organismes caritatifs et des mouvements contestataires. Ayoub était de toutes les bonnes causes. Nous avons, surtout, tissé des liens qui résistent au temps et à la distance.
Ce qu'il était, Ayoub le devait pour beaucoup à l'homme qui l'avait élevé. Fils d'un enseignant et directeur d'école, figure respectée, ayant formé des générations de Mauritaniens, il a grandi dans un environnement d’une rigueur morale exigeante, qui en a forgé la personnalité. De cette éducation, il a hérité une discipline intérieure, un sens inflexible du devoir et un puritanisme frisant parfois la rigidité. Cette formation spartiate l’a beaucoup aidé à éviter les errements et les égarements de la jeunesse. Alors que d’autres se laissaient aller, à la poursuite des chimères de la vie, Ayoub a toujours su rester sur le droit chemin.
Ayoub était un homme d'une rare droiture et d’une modestie infinie. Il n'a jamais recherché les honneurs, ni les intérêts personnels ; une seule ambition l'animait, être utile aux autres. L'humanisme et la bonté n'étaient pas chez lui des oripeaux, mais une manière d'être.
Sa vie a connu un tournant décisif lorsqu'il s'est engagé dans la daawa, à la suite de son départ pour les Etats Unis. Pendant plus de deux décennies passées en exil, il a consacré le plus clair de son temps à transmettre un message de foi, d'espérance et de droiture, convaincu que la meilleure invitation vers le chemin de Dieu passait par la vertu de l'exemple. Pour Ayoub, servir l’Eternel passait par le service des hommes. Ni le froid, ni l’exil, ni la distance, ni les difficultés de toute sorte ne l'en ont jamais détourné. Alors que d’autres s’engageaient dans une quête effrénée pour amasser biens et richesses, parfois en vendant leur âme, Ayoub avait choisi la voie exigeante de la rigueur et de l’ascétisme, convaincu que son idéal n’était pas de ce monde.
Une vie guidée par la Foi
Revenu en Mauritanie après de longues années d'absence, il était arrivé à temps pour accompagner son père dans ses derniers instants, comme si Allah lui avait réservé cette ultime faveur, avant de le rappeler à Lui, peu après. Le temps qu'il lui restait à vivre, il l'a consacré à l’éducation des jeunes dans la mosquée du quartier où il habitait et aux œuvres de bienfaisance, donnant sans compter, ni attendre la moindre reconnaissance en retour.
Nous garderons le souvenir d'un homme d'une bonté infinie et d’une rigueur morale confinant à l’austérité. Toutefois, derrière sa haute stature et son exigence parfois sévère, se cachait aussi une âme généreuse et enjouée. Il accueillait chacun avec le même sourire, la même écoute, le même respect, donnant de son temps sans compter. Sa force n'était pas dans la rigueur héritée de son éducation, mais dans la sincérité de ses engagements.
Aujourd'hui, son absence laisse un vide immense, dans le cœur de sa famille, de ses amis et de tous ceux qui, en Mauritanie ou ailleurs, ont eu le privilège de croiser sa route. Elle laisse aussi un exemple et un héritage précieux, celui d'une vie guidée par la foi, l'intégrité et l'amour du bien.
Puisse Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonner, accepter ses bonnes œuvres, faire de sa tombe un jardin du Paradis et lui accorder la plus haute rétribution.
Adieu, cher frère. Tu nous quittes beaucoup trop tôt, mais l'exemple de ta vie continuera de guider et d'éclairer ceux qui t'ont connu. Ta vie, consacrée à la quête du Bien et au service d’autrui, restera à jamais un modèle à suivre pour les futures générations. Ton souvenir demeurera vivant dans nos cœurs, et nous continuerons de prier pour toi jusqu'à notre rencontre, insha Allah.
Qu'Allah t'accorde Sa miséricorde, t'accueille dans Son vaste Paradis, et te réunisse un jour avec ceux qui t'aiment. Amine.
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Abderrahman El Yessa - Mohamed El Mounir




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