
Nouakchott ville-campagne, asphyxiée par une pollution galopante, consécutive notamment à la vétusté du parc automobile et, surtout, aux innombrables dépôts de briques qui jalonnement tous les axes routiers de la capitale, provoquant un épais nuage de poussière au-dessus de celle ville ainsi assombrie et peu ou prou correctement lotie, (sur)vivant constamment dans un brouillard de poussière. Les rues sont grignotées de toutes parts jusqu’à devenir impraticables, leur sol est quasiment invisible, masqué par les ordures légères, matières en plastique, carcasses de bouteilles d'eau minérale, plumes de volaille et autres charniers animaux, empuantissant l’air des passants. Ajoutez à cela le lavage des tapis sur les voies publiques, augmentant la quantité des ordures liquides par des mares stagnantes, au grand bonheur des moustiques qui envahissent la ville en période de chaleur...
Cet environnement de plus en plus dangereux ne semble pourtant pas préoccuper les autorités concernées, en l’occurrence le ministère de la Santé et celui de l'Environnement que j'ai pris le soin de contacter à propos de ces questions de salubrité essentielles pour le bien-être des populations. Aucun responsable n'évoque ces problèmes vitaux, les gens ont l'esprit ailleurs, chacun vaquant à ses propres intérêts. Constat amer : plus on augmente le staff des responsables, plus les services deviennent médiocres. Du temps où Nouakchott ne constituait qu’une seule région, la ville était beaucoup moins polluée et sale. Au lieu d'entrer en concurrence pour l'amélioration des services, surtout en matière d’éducation, santé et propreté environnementale, les trois wilayas aujourd’hui censées gérer notre capitale nationale vivent plutôt dans une hibernation sans précédent et une indifférence totale. Il en est de même pour nos élus qui passent leur temps à se répandre en éloges envers certains ou insultes envers d’autres. La question qui mérite d'être posée : pourquoi tant de responsables pour rien ?
Il faut que les régions se mettent au travail pour améliorer les services aux citoyens ; ou, à défaut, que Nouakchott redevienne une seule région, comme par le passé. Réduire également le nombre de députés à l’Assemblée nationale, passant ainsi de cent soixante-quinze à quarante-cinq, soit trois députés par wilaya. Cela suffit largement. Si nous voulons ressembler un tant soit peu aux autres pays, il faut surtout miser sur la qualité des élus. Et réduire également de moitié le nombre de départements ministériels. Certains de nos politiciens nous comparent avec les pays voisins, je crois que cela semble irréaliste, en l'état actuel des choses. Pour la simple raison qu'aucun pays de la région n'envoie ses malades pour se faire soigner chez nous, ni ses élèves pour fréquenter nos universités.
Kigali comme exemple
Pour ce qui est de la modernisation de Nouakchott, Il faut dégager d'abord les marchandises des places publiques et des axes routiers et organiser le transport dont les prix sont négociés à la criée et qui coûte excessivement cher. Les vieux taxis doivent passer à la casse et des prêts à 0% d’intérêts doivent être accordés à leur chauffeur pour l'acquisition de véhicule répondant aux normes et à prix fixe, tout comme le nombre de passagers à bord qui ne doit pas dépasser quatre personnes. Il faut également casser tous les monopoles, surtout en ce qui concerne les hydrocarbures et le ciment qui se vend trois fois moins cher et est de qualité supérieure dans les pays limitrophes. Le rôle des autorités, c'est de tout faire pour alléger la pression qui s'exerce sur les citoyens, surtout en période de crise. Mais, tant que Nouakchott reste soumise à l'arnaque du FMI qui met les pays à genoux et les oblige à prendre des mesures « punitives » à l’encontre des services sociaux, contribuant ainsi à élargir la sphère de la pauvreté endémique, les conditions de vie des populations continueront de se dégrader.
La plus propre capitale d'Afrique, Kigali, capitale du Rwanda, salue Nouakchott, en lui disant que toutes les capitales peuvent faire de même et que le succès est au bout de l'effort. Le Rwanda, ce pays de 14,8 millions d'habitants a dû subir une guerre civile fratricide – Que Dieu nous en préserve ! –, mais, après dix ans de régime responsable, est aujourd'hui parvenu à rivaliser, en termes de services, avec les pays les plus avancés de la planète. Alors que Nouakchott, capitale d’un million de poètes et quatre millions de politiciens, peine encore dans sa guerre contre la gabegie ; une guerre qui rappelle, ni plus ni moins, celle des intestins et qui finit toujours par un bien quelque part, mais pas par un succès définitif. En tout cas, Nouakchott restera dans la précarité, tant que l'élite courra derrière ses intérêts personnels, refusant le changement, tant que les relations personnelles et la loyauté primeront sur la compétence et l'intégrité et, surtout, tant que les complaisances et les mauvaises pratiques piétineront la rigueur et l'éthique.
Mohamed Ahmed Cheikh Ingénieur




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