
Alors que beaucoup croyaient la phase préliminaire du dialogue politique mort-née, le processus semble relancé. Les blocages initiaux entre l'opposition et la majorité portaient essentiellement sur la réforme constitutionnelle, et plus particulièrement sur la limitation des mandats présidentiels. L'opposition y voyait une ligne rouge infranchissable, tandis que la majorité exigeait son inscription sur la feuille de route.
Pourtant, le président de la République avait affirmé aux partis de l’opposition son intention de ne pas briguer de troisième mandat. Malgré des rencontres au sommet et plusieurs médiations menées par des partis et des personnalités, l'obstination d'une frange de la majorité a longtemps paralysé le processus, douchant les espoirs d'une sortie de crise. C’était sans compter sur la détermination du coordinateur national. Monsieur Moussa Fall a soumis aux différents pôles politiques une nouvelle feuille de route expurgée de la clause sur les mandats. Soucieux de réussir la mission de confiance que lui a confiée le chef de l'État, le coordinateur a su débloquer la situation. L'opposition s'est immédiatement réunie et a validé cette nouvelle mouture.
La décision finale des partis soutenant le président de République, initiateur du dialogue, est reportée à une nouvelle réunion prévue mercredi prochain pour tenter de concilier les positions. À en croire diverses sources, les grands partis de la majorité ont été pris de court par une coalition de partis mineurs pro-Ghazouani. Ces derniers rejettent en bloc le document actuel et auraient même menacé de ne pas participer au dialogue politique, si la clause sur la limitation des mandats présidentiels est retirée de l'ordre du jour. Cependant, certains poussent pour un compromis rapide, afin de sauver l'unité de la majorité et de poursuivre les préparatifs du dialogue. D'autres exigent un réexamen complet et minutieux du texte avant de s'engager.
À en croire toujours lesdites sources, le principal parti de la majorité aurait proposé de rédiger lui-même une nouvelle mouture du texte pour débloquer la situation, tandis que le chef du Front national pour la justice et la démocratie a fermement refusé cette option, accusant le parti de l'Équité d'avoir introduit la question sensible des mandats en l'ajoutant en français (« Mandats présidentiels ») dans des documents antérieurs. Jamil Mansour réclame la fondation d'un comité mixte incluant tous les partis de la majorité pour élaborer collectivement une proposition partagée, plutôt que de laisser le Parti de l'Équité dicter les règles. C’est donc dire que la réunion de jeudi prochain risque d’être houleuse. Une situation incompréhensible au sein d’un camp qui soutient l’initiateur du dialogue, le président de Ghazouani dont certaines déclarations interrogent la classe politique et les observateurs. En attendant la décision finale de la majorité, les participants s'attellent déjà à l'examen du guide d'organisation, l’opposition semblant pressée de démarrer enfin le dialogue.
Résumé du guide d'organisation
Conçu par le coordinateur national, ce guide de référence rappelle d'abord les principes cardinaux et les objectifs du dialogue initié par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Le document synthétise l'essentiel des propositions formulées par les pôles politiques de tous bords, les personnalités de la société civile, des anciens candidats à l'élection présidentielle (à l'exception notable de Biram Dah Abeïd). Enfin, le guide fixe le cadre méthodologique du dialogue en détaillant son organisation pratique, son mode de gestion ainsi que le mécanisme de suivi des futures résolutions.
À l’initiative du président de la République, la Mauritanie s’apprête donc à organiser un dialogue national réunissant les partis politiques, les organisations de la Société civile, les syndicats, des personnalités indépendantes et autres acteurs nationaux. Ce processus vise à parvenir à un consensus sur les grandes réformes nécessaires pour renforcer la stabilité, la cohésion sociale et la gouvernance du pays. Il repose sur un principe fondamental : le consensus, qui devra guider aussi bien la préparation, le déroulement que les conclusions des travaux. Les recommandations qui en découleront feront l’objet d’un mécanisme de suivi destiné à garantir leur mise en œuvre.
Ses principaux objectifs sont le renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale, la consolidation du système démocratique, l’amélioration de la gouvernance publique, ainsi qu’une plus grande implication des jeunes, des femmes, des personnes vulnérables et de la diaspora dans la vie nationale. Les discussions seront ainsi organisées autour de quatre thèmes majeurs : l’unité nationale et la cohésion sociale ; le modèle démocratique ; la gouvernance publique ; l’inclusion des catégories vulnérables et la prévention des menaces. Le dialogue sera piloté par une commission de supervision composée de représentants de la majorité, de l’opposition, de la Société civile et de personnalités indépendantes. Cette structure supervisera plusieurs sous-commissions chargées notamment des différents thèmes, de la communication et du suivi des conclusions.
Dalay Lam
Encadré1
Composition de la commission de supervision du dialogue
Représentants des partis politiques à parts égales entre la majorité et l’opposition (7/7) ; représentants de la Société civile (3) ; personnalités indépendantes (3), dont le président de cette structure qui sera nommé par le président de la République, en concertation avec les parties prenantes. Les débats se dérouleront durant environ un mois sous forme d’ateliers thématiques. Parmi les sujets abordés figurent notamment l’esclavage et ses séquelles, le passif humanitaire, les discriminations et l’égalité des chances, la diversité culturelle, la gouvernance et la lutte contre la corruption, l’amélioration des services publics, le fonctionnement des institutions, le système électoral, ainsi que l’intégration des femmes, des jeunes et des personnes en situation de handicap. Le processus s’achèvera par des assises nationales, organisées sous le haut patronage du président de la République. Ce congrès aurapour mission de valider les recommandations issues des ateliers et d’adopter une déclaration finale constituant la feuille de route des réformes à venir.
Encadré 2
Attributions et prérogatives
La structure définira les critères et les conditions de participation aux ateliers. Elle aura à arrêter le nombre optimum de participants dans les ateliers et à filtrer, pour s’assurer de la crédibilité des postulants et de la qualité des débats, les listes des organisations et personnes désireuses de participer à ceux-ci. Elle devra valider les listes de modérateurs, de facilitateurs et de rapporteurs par atelier qui seront proposées. Elle devra veiller au bon déroulement des débats et, le cas échéant, arbitrer les discordances susceptibles de survenir au sein des ateliers. Elle proposera un mécanisme de suivi des conclusions du dialogue, tiendra des points de presse réguliers pour informer du déroulement de celui-ci et suivra les débats en ligne sur les réseaux sociaux et Internet.
Pour garantir l’application des conclusions, plusieurs mécanismes sont prévus, notamment un engagement solennel du Président de la République, la signature d’une déclaration d’entente par les participants, la mise en place d’un mécanisme consensuel de suivi, et la médiatisation des travaux, afin d’assurer la transparence du processus.
Encadré 3
Garanties de mise en œuvre
Plusieurs types de garanties pour s’assurer que les recommandations/conclusions du processus seront effectivement instaurées ; notamment : un engagement solennel du président de la République à les mettre en œuvre ; leur approbation formelle, par les participants, en tant qu’engagements contraignants et solidaires ; la signature, par ceux-là, d’une déclaration d'entente les engageant à tout faire pour appliquer lesditesconclusions/recommandations ; la mise en place consensuelle d’un mécanisme de suivi de cette mise en œuvre ; et la médiatisation des sessions de dialogue, par leur retransmission sur des supports audiovisuels.




.gif)








.gif)