
Plus de 150 universitaires, chercheurs, élus, intellectuels et militants des droits humains ont lancé un appel urgent dénonçant une détérioration préoccupante des droits civiques et politiques des Haratines en Mauritanie, dans un contexte qu’ils qualifient de « tournant autoritaire régressif ».
Dans ce texte, les signataires expriment leur « profonde inquiétude » face à la multiplication des arrestations visant des militants abolitionnistes, des journalistes et des figures engagées, ainsi que deux députées, mesdames Mariem mint Cheikh et Ghamou mint Achour. Ils estiment que ces interpellations constituent une violation des garanties juridiques, notamment de l’immunité parlementaire, et traduisent un recul des libertés fondamentales, dont la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement. Les auteurs de l’appel pointent également une recrudescence des discours racistes et haineux visant les Haratines et, plus largement, les communautés noires du pays, notamment sur les réseaux sociaux et dans certains media. Ils alertent sur les risques de banalisation du racisme et de fracture sociale, rappelant le poids des héritages historiques marqués par des discriminations et des violences passées.
Le texte dénonce en outre des pratiques d’exclusion institutionnelle, évoquant des cas de révocations, de limogeages et de marginalisation administrative touchant des cadres haratines dans les secteurs public et privé. Selon les signataires, ces mesures traduisent un déséquilibre structurel dans l’accès aux responsabilités et aux opportunités. Les signataires critiquent par ailleurs certaines dispositions légales jugées liberticides, notamment la loi sur la protection des symboles de l’État, accusée de restreindre l’espace civique et de favoriser les poursuites à caractère politique.
Face à cette situation, ils appellent les autorités mauritaniennes à assumer pleinement leurs responsabilités en matière de respect des droits humains et des engagements internationaux. Ils exigent notamment la libération des personnes détenues pour leurs activités pacifiques, le respect des normes d’un procès équitable, la révision des lois restrictives, l’ouverture d’enquêtes sur les discours de haine, ainsi que la fin des pratiques d’exclusion. Enfin, les signataires plaident pour l’ouverture d’un dialogue national inclusif, centré sur la justice, l’égalité et la réparation historique, affirmant que la lutte des Haratines s’inscrit dans une revendication plus large pour un État de Droit fondé sur la citoyenneté et l’égalité des droits.




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